CHAPITRE V. — LA LUTTE DIT SACERDOCE ET DE L'eMPIRE
Le plus souvent, à côté d'une abbaye d'hommes, se créait un couvent de religieuses qui suivaient la même règle et obéissaient au même supérieur. Près de Riéval, s'éleva la Maisondes-Dames, Domus Dominarum ; près de Sainte-Marie-aux Bois, la (îrange-aux- Dames, Cella Vominarum; prèsde Jeandheures, le Plainmont; près de Flabémont, la Granges-aux-Dames, (irangia Dominarum; près de Jovilliers, Nantel (1) ; près de Rangéval, le Val-des Nonnes (2).
Le mouvement cessa tout d'un coup, dès la seconde moitié du XII® siècle : Mureau fut la dernière abbaye fondée par Tordre de Prémontré, dans le diocèse de Toul ; elle datait de Ho7. Tous ces monastères subsistèrent jusqu'à la Révolution ; mais les maisons des religieuses disparurent, les unes après les autres, dans le courant du xiïi® siècle.
Cette expansion rapide de l'ordre de Prémontré ne fut point sans causer quelque émotion dans les monastères des Chanoines- Réguliers de Saint-Augustin : nous pouvons, du moins, le soupçonner, d'après une lettre, pour ne pas dire une diatribe, qu'éorivit Hugues Métel aux cardinaux de l'Eglise romaine, « aux pivots sur lesqttels Dieu a placé le globe (3) ». « Si j'avais les ailes de Dédale, leur mande-t-il en son style emphatique, ou si je pouvais voler sur l'aile des vents, je passerais fréquemment les Alpes, pour voir et être vu, connaître et être connu, apprendre et être enseigné... Par vous, toute controverse est terminée, et tous les doutes sont levés ; et cela n'a rien d'étonnant : vous n'êtes point de simples mortels : vous êtes des demi-dieux... Votre demeure n*est pas sur
la terre, ajoute-t-il et ceci est assez drôle, votre demeure est dans les airs, entre le ciel et la terre » (s'imagine-t-on les cardinaux ainsi suspendus comme des marionnettes ?). Mais passons ; un aussi ' pompeux début annonce une importante requête et, en eflet, Métel dénonce « un scandale odieux » : les Prémontrés, quoiqu'ils
(i) Nantel, écart de Slainville (Meuse).
(2) Le Val-des- Sonnes, écart de Pagney-derrière-Barrine, c. de Toul Nord, fut au xvui* siècle le noviciat des Ermites de la Congrégation de Saint-Antoine, et leur premier supérieur, le F. Pierre, y mourut vers i7Wj (Lepage, Statistique).
(3) Hugo, Sac. intiq. Mmivm., II, 380.
se prétendent disciples de saint Augustin, ne portent.point le surplis et lin, mais une tunique de laine ! Et le zélé champion de la discipline canoniale, heureux, peut-être à son insu, de susciter des difficultés à ces frères nouvellement nés, conclut par cette véhémente apostrophe : (( Votre prudence est engagée à ne point tolérer une telle diversité de costumes. ...Les Norbertains sont des centaures, ni hommes, ni chevaux... ; ils étonnent le peuple chrétien... ; qu'ils se retirent dans la solitude et qu'ils fassent cesser un tel abus. Notre-Seigneur n'a-t-il pas dit:(( Celui qui scandalise un de ces petits, devrait être jeté dans la mer une meule au cou. » Pourquoi donc tant s'échauffer ? Métel pour se calmer aurait dû simplement se rappeler la vérité qu'il cite lui-même dans cette même lettre « Quasi regnum Dei obtineatur vestibus, non moribus ! » Traduction vulgaire: « L'habit ne fait pas le moine. » Vraiment, tant d'éloquence était digne d'une meilleure cause I
Du reste, les disciples de l'archevêque de Magdebourg n'absorbaient point toutes les sympathies qui se manifestaient alors pour l'ordre canonial. En 1130, Albéron de Montreuil bâtit, près du château de ses pèreS (1), l'abbaye de Belchamp (2) et y installa des Chanoines-Réguliers de Saint-Augustin et, vers 1150, Etienne de Bar, évêque de Metz, fit une fondation analogue, à Autrey, près de Rambervillers (3).
A cette époque, plus qu'à toute autre peut-être, le diocèse de Toul se revêtit de la « blanche parure des églises ». N'avons-nous point vu s'y bâtir sept abbayes de Cisterciens, seize de Prémontrés et deux de Chanoines-Réguliers?
Les ordres de Chevalerie s'y installèrent aussi, au retour des Croisades. Quoique destinés, avant tout, à tenir la guerre contre
(i) Le château de Montreuil dominait Belctiamp. Ses ruines situées sur une éminenco, à un kilomètre du monastère et t'i cinq de Bayon, appartiennent au territoire de la commune de Méhoncourt.
(2) Calmet, V, ccclx. — Belchamp, comm. de Méhoncourt» c. de Bayon. — C'est aujourd'hui une simple forme. — Cf. Lepage, IMhhaye de Belchamp ^A^ns Mém. Soc. ArcK lorr., 1867.
(3) Autrey^ c. de Rambervillers (Vosges). — Les bâtiments sont occupés, depuis 1859, par un petit séminaire du diocèse de Saint-Dié. L'église possède une phalange de l'un des doi«rts de saint Hu])ert ; elle est le centre d'un pf'lerinage très fréquenté.