‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 127 sur 265 · CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE l'eMPIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE l'eMPIRE

et nous communiquent leurs biens. Ils sont nos archivistes et nos libraires. Ils portent nos titres avec eux et rendent témoignage à la foi chrétienne... Ainsi, loin de cherchera exterminer ce peuple, nous devons nous intéresser à sa conservation. » Je ne sais si, au XIX* siècle, Hugues Métel serait encore dans les mêmes sentiments: cette raison mystique lui lait grand honneur ; mais les preuves de l'authenticité des Livres saints sont assez nombreuses pour que nous puissions nous passer de ce genre de services. Métel semble lui-môme en convenir : em[)orté par son zèle, il oublie qu'il n'écrit ni à un rabbin, ni à un Israélite, mais à un moine, et il adresse au peuple juif une éloquente apostrophe: « liesipisce tandem, Judœe, resipisce et ad fidemnostram convertere (1). » Et, après lui avoir cité la prophétie de Malachie : « Quid ad hœc respondebis ? non habes quid grunnias; audis manifestam tui sacrificii reprobationem ; andis apertam gentium vocationem; obmutesce, tandem obmutesce (2). » Mais, si le Juif se convertit, il ne sera plus Juif ; s'il se tait, il ne nous rendra plus service; notre chanoine a-t-il remarqué ces contradictions ?

Les croisés français s'étaient donné rendez-vous à Metz, pour la Pentecôte de Tannée 1147. Le mercredi 11 juin, Louis VII partit de Saint-Denis ; Henri de Lorraine le rejoignit, après avoir pris ses dispositions testamentaires et cédé au cliapitre, pour fonder son anniversaire, l'église Sainte-Geneviève et un moulin près de Toul (3). Il avait avec lui Hugues de Vaudémont, Simon de Parroy et plusieurs autres chevaliers (4). Il prit part, eu 1148, au concile de Ptolémaïs (o) et fut de retour l'armée suivante (6).

A son départ, il avait laissé sa cathédrale entièrement terminée ; mais il n'avait pas eu l'occasion de procéder à sa cojisécration

(1) « Reviens à de meilleurs sentiments, ô Juif, et convertis-toi. »

(2) « Que répondras-tu à ceci? tu n'as rien à grogner. Entends la manifeste réprobation de ton sacrifice ; entends l'appel fait aux Gentils ; tais- toi, tais-toi. »

(3) Lem., I, 61.

(4) Othon do Frisingue, Gesta Frederici imperatoriHy dans .S.S., XX, 375.

(5) Guillaume de Tyr, édition Paulin-Paris, II, 137.

(6) Henri de Lorraine était revenu avant le mois d'août 1149, puisque, le 10 de ce mois, il signe à Varangéville un diplôme qui confirme la fondation de L'Étanche (Calmet, V, cccxxxiv).

solennelle. Cette cérémonie devait avoir lieu durant son absence, du moins si l'on en croit les historiens toulois (1). Le pape Eugène III se rendit à Trêves, en novembre 1147, et tint un concile dans cette métropole. En revenant, il passa par Toul et, sur la demande de Tabbé de Clairvaux, il consacra Féglise Saint-Étienne. Ce fut une brillante solennité : dix-huit cardinaux, Albéron de Montreuil, Albéron de Ghiny, évoque de Verdun, Amédée de Lausanne, Hasluin de Genève, la rehaussèrent de l'éclat de leur présence : il ne manquait que le propre successeur de saint Mansuy. Quelque singuliers que nous paraissent cet événement et l'ingérence de saint Bernard dans les affaires touloises, il est permis de penser que le maître d'Eugène III a cru, en cette circonstance, interpréter un désir du prélat et procurer à notre Eglise une exceptionnelle distinction.

Rendu à son diocèse, Henri de Lorraine eut tout d'abord à protester contre un empiétement de son neveu Mathieu I. Profitant de son éloignement et oublieux des privilèges accordés par les empereurs, le duc s'était établi à Gondreville, y avait construit un château et posté une garnison (2). Or Gondreville appartenait au temporel de l'évéché; il se trouvait compris dans le ban royal, jadis concédé par les diplômes, et il ne pouvait être fortifié au préjudice du patrimoine de Saint-Etienne. L'évêque croisé fit d'abord entendre de paternelles remontrances ; mais, comme il n'obtenait point satisfaction, il excommunia le duc de Lorraine et jeta l'interdit sur ses états. Mathieu, ne se possédant plus, déclara la guerre à l'évèque et à son chapitre, s'empara du château de Vicherey et dévasta plusieurs domaines ecclésiastiques. Henri et les chanoines portèrent leurs plaintes devant le pape Adrien IV (1154-Ho9) et, en 1155, ils virent confirmée par lui la sentence qu'ils avaient fulmi-

(1) Bcn.-Pic, 417 ; Dom Calmel, II, 427 et 428. — Ni la Vita Bernardi, donnée par les Acia Sanctorum (IV Augusli), ni M. Vacandard, dans son Hùdoire de aaint Bernard, ne parlent de celte cérémonie. — Dom Galmet (p. 427, note m) donne, comme garant de son affirmation, la Chronologie de saint Bernard {ann. 1147, t. I, ad finem^ p. IX), — Cette cérémonie, si elle a eu lieu, a dû se faire au retour de Trêves, au commencement de 1148, ou de Reims, vers Pâques de cette même année (Cf. Vacandard, op. cit.y II, 315 et 3i3).

(2) Ben.-Pic, CXXVl.

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