CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE L'eMPIRE
née. Enfin le duc rentra en lui-môme, rendit Vicherey, promit de faire un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle et obtint sa réconciliation (1).
En môme temps qu'il défendait son temporel, l'évoque dut consoler son peuple, désolé par une horrible famine, et il lit des merveilles de charité pour venir en aide à tous les besoins : il vendit ses meubles et présida lui-même aux distributions de grains (2).
Il ne méritait plus alors les critiques de saint Bernard : il avait exposé sa vie pour le tombeau du Christ et prodigué ses biens pour le salut de son troupeau ; malheureusement, il se trouva bientôt môle à une regrettable aflaire, où il ne sut point garder son indépendance et sa dignité.
Adrien IV mourut le l^r septembre 1159 et le conclave se divisa pour rélection de son successeur. La grande majorité du Sacré- Collège élut le chancelier Roland qui prit le nom d'Alexandre III, tandis que le cardinal Octavien, soutenu par deux de ses collègues, se couronnait lui-uiôme sous le nom de Victor III. Le sceptre impérial se trouvait alors entre les mains du neveu de Conrad III, Frédéric de Souabe, plus connu sous le nom de Frédéric Barberousse (1152-1189). Ce prince ambitieux avait eu de graves difficultés avec le souverain pontife défunt et se trouvait tout disposé à soutenir un pape qui fût entièrement à sa dévotion. Il se porta juge du conflit, convoqua un concile à Pavie et y cita les deux prétendants (3). Cinquante évoques d'Allemagne et d'Italie, Henri de Lorraine entre autres, répondirent à cet appel et, comme Alexandre III ne s'était poiut rendu à la sommation, le synode se prononça pour son compétiteur, entraînant ainsi dans le schisme l'Allemagne, le Nord de l'Italie et la province de Trêves.
Mathieu, duc de Lorraine, embrassa chaleureusement la cause de Victor III: c'était, de sa part, sympathie pour l'empereur et
(1) Rcn.-Pic.,41«.
(2) Ibid., Calmct, II, 428.
(3) Hardouin, Concilia, VI, § 2, p. 1572. — Othon de Frisinguo, Gesta Frede^ rici imperatoris, SS., XX, 489. — L'6v(*îqun de Verdun, Albert de Mercy, s'y trouvait aussi ; le métropolitain avait été arrêté, durant son voyage, par la maladie, mais il souscrivit aux décisions du concile, avec ses sulTragants.
258 LIVRE m r— LES GRANDS ÉVÊQUES DE TOUL
ressentiment contre le pape Eugène III qui s'était opposé à ses empiétements sur le temporel de Remiremont. Les Prémontrés et les Cisterciens se déclarèrent pour Alexandre III. La lutte était vive et les esprits fort excités: Bn certains endroits, les laïcs ne voulaient plus avoir de relations avec les prêtres qu'ils considéraient comme schismatiques, et des seigneurs cupides ne se faisaient pas faute d'invoquer un si beau prétexte pour s'emparer des biens de l'Eglise. L'égarement de l'évéque ne fut heureusement pas de longue durée. Il reconnut le pape légitime, obtint de lui son pardon et s'employa dès lors à calmer son neveu et à pacifier son diocèse. Il mourut quelques années après, le six juin H65 (1), et fut inhumé dans sa cathédrale, devant l'autel de saint Biaise. Ses restes furent transportés plus tard dans la chapelle de sainte Madeleine (2).
(1) Bcnolt-Picart (p. 419) et Dom Calmet (II, 431) donnent, comme année de la mort de Henri de Lorraine, 1167. — Mais M. Dufresnc avait dans sa collection (Robert, Sitjillogr.^ 65) un titre authentique de Pierre de Brixey, évôque-e/M, avec sceau pendant, lequel portait la date du 2i avril 1166. — Les nécruloges cl les Schedulœ (Calmet, I, ccxxv) nous fournissant, comme jour du décès, le huit des ides de juin (6 juin) : nous devons donc reporter le décès de Henri de Lorraine, au plus tôt, en 1165. C'est, du reste, cette dernière date que donne le livre des Schedulœ / /oc. cif. '. — Albéric des Ïrois-Fontaines (i)\S., XXllI, 8i7, indique la date de 116i<; mais il se contredit lui-même, puisqu'il écrit ailleurs {Ibid.^ 86Î)) qu'Eudes de Vaudémunt fut nommé évéque de Toul en 1192 et, ici, que l'épiscopat de Pierre de Brixey dura environ vingt-sept ans. La date qui ressort logiquement de cette double allirmation, est 1165. Je crois donc pouvoir accepter cette date.
(2) Schedulœ^ loc. cit.