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CHAPITRE VI. — LA FIN DU XIF SIÈCLE

chapitre résolut de lever une armée et de se faire justice luimôme. Le duc Mathieu était mort en 1176 et Simon II, son fils aîné et son successeur (1176-1205), épousa la querelle de son frère: dès lors, la partie ne fut plus éfçale. Les deux armées réunies tinrent en échec les troupes touloises, pillèrent les villages, saccagèrent le temporel et firent de cette guerre un véritable brigandage ( i).

Chaque jour, les chanoines, réunis à Saint-Etienne, excommuniaient solennellement Mathieu et ses fauteurs, au son des cloches et à la lumière des cierges ; mais ces armes spirituelles s'émoussaient contre des cœurs endurcis. Ce ne fut qu'au bout de trois ans que Pierre de Brixey parvint à terminer cette lutte sauvage. Le traité de paix fut signé par Mathieu et les chanoines, en présence de Simon II, de Henri, comte de Bar, de Simon de Commercy, de Simon de Bourlémont, d'Albert de Darney, de Savarie de Belrain et de Renard de Dampierre. Nous n'avons malheureusement, ni le texte, ni même la date exacte de ce document (2); plus tard, en 1192, Henri VI, roi des Romains, mit à cet acte le sceau de son autorité souveraine et défendit au comte de Toul d'inquiéter le chapitre et les chanoines (3).

Un troisième conflit avait failli surgir entre Pierre de Brixey, le duc de Lorraine et l'évoque de Verdun (4). L'antique citadelle épiscopale de Liverdun, fièrement campée sur sa colline, était alors en fort mauvais état. Pour parer à un coup de main, le prélat entreprit d'en reconstruire les remparts. Or ce bourg fortifié est à une faible distance de Nancy, capitale du duché, etdeDieulouard, château que les évéques-comtes de Verdun possédaient sur la Moselle. Simon II s*émut, ainsi qu'Arnoud, évéque de Verdun, et tous deux résolurent de s'opposer aux travaux; mais la sage entremise de Simon de Commercy, parent de l'évôquc de Toul, calma toute inquiétude. Pierre s'engagea à ne jamais donner asile aux proscrits et aux bandits des deux états voisins ; Arnoud relira son opposition et Simon II permit même à ses sujets de s'embaucher

(1) Ben.-Pic, 422.

(2) Lem., I, 64.

(3) Lem., I, 144.

(4) Ben.-Pic, 423.

dans les chantiers. Liverdun se couvrit ainsi de solides murailles et ses bourgeois reçurent, dès 1178, une charte d'affranchissement (1). Sécurité et libertés, tels furent donc les avantages que la forteresse dut à Pierre de Brixey ; nous verrons bientôt que cène furent point les seuls.

Le successeur de Henri de Lorraine avait ainsi, par sa vigilance et par son énergie, ramené et maintenu, dans son diocèse, une paix relative ; il sut de même, sans toutefois déroger à son devoir, se tenir à Técart des graves démêlés qui continuaient à diviser TEmpire et la Papauté. Il ne se rendit point, il est vrai, au troisième concile de Latran, onzième œcuménique (1179), mais il reçut avec déférence deux lettres d'Alexandre III : Tune l'exhortait à faire observer dans son Eglise les canons du concile et Tautre lui donnait une réponse sur une difficulté relative au mariage (2). De son côté, Frédéric Barberousse lui reconnut le droit de battre monnaie dans son château de Liverdun (3).

Notre prélat pouvait donc se féliciter de sa réserve ; mais vint un moment où l'excès de circonspection le mit dans une position fort ennuyeuse (4). Arnoud, archevêque de Trêves, était mort en 1183 et deux compétiteurs se disputaient le siège métropolitain. L'archidiacre Folmar, élu le premier et par la saine partie du chapitre, était soutenu par le pape Lucius III (1181-1185), successeur d'Alexandre III ; le prévôt Rodolphe était appuyé par l'empereur. Folmar dut céder devant la force : il vint à Rome, où le souverain pontife lui donna raison, le sacra lui-même et l'encouragea à faire valoir ses droits. Folmar reprit alors le chemin de Trêves et s'arrêta dans la cité touloise, comptant y rencontrer sympathies et hospitalité. Mais évêque, chanoines et bourgeois, soucieux de ne point se compromettre, ne voulurent point recevoir, même pour une nuit, l'ennemi de Frédéric : l'exilé dut continuer sa route et

(1) Cette charte très curieuse est donnée par Lepago dans sa Statistique de la Meurthe, II, 306,

(2) « De eo qui consanguineam uxoris suce^ vel sponsam patris sui, vel consanguineam sponsœ propriœ cognovit. »

(3) Calmet, VI, xvi.

(4) Brouwer, Ànn, trev., II, 79-85. — Ben.-Pic, 424.

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