‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 131 sur 265 · CHAPITRE VI. — LA FIN DU XII® SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — LA FIN DU XII® SIÈCLE

put enfin trouver un asile auprès de Bertrara, évêque de Metz.

Obstinément repoussé par les Trévirois, mais honoré du titre de légat par le pape Urbain III (il8o-1187), Folmar réunit un concile à Mouzon. Seul de ses suffragants, Bertram répondit à sa convocation ; Pierre de Brixey et Henri, son collègue de Verdun, restèrent dans leurs villes épiscopales, redoutant d'encourir la disgrâce impériale et d'attirer sur leurs diocèses de nouvelles catastrophes: craintes malheureusement justifiées, car Bertram expia par Texil le crime d'avoir fait son devoir.

Irrité de ce qu'il regardait comme une lâcheté coupable, Folmar lança contre les absents une sentence d'excommunication. Pierre, effrayé, rentra bientôt en lui-même; il demanda l'absolution de cette censure et il se rendit à Rome, pour témoigner hautement de son repentir et de sa fidélité. Il apprit en chemin la mort d'Urbain III, put encore assister à ses funérailles et fut témoin de rélection de Grégoire VIII (1187). Le nouveau pape lui fit un paternel accueil et, sans blâmer ouvertement la conduite de l'archevêque de Trêves, il laissa suffisamment entendre que la bonne réputation de l'évoque de Toul n'avait subi d'atteinte, ni par son excès de prudence, ni par cette sentence un peu précipitée.

De retour en Lorraine, Pierre s'appliqua plus que jamais à favoriser les état)lissements pieux. Son épiscopat, peu fécond en créations monastiques, fut marqué par l'érection de plusieurs collégiales : tant à cette époque, on sentait la nécessité du recours à Dieu et la force invincible des prières liturgiques !

Lui-même donna l'impulsion et l'exemple. Pour desservir la chapelle de son château de Liverdun et pour veiller sur le tombeau de saint Euchaire, il avait demandé des religieux à son frère, Simon, abbé deRangéval (1) ; mais, en 1184, il reprit cette chapelle aux Prémontrés, leur donna en échange l'église paroissiale Saint-Martin, située au pied de la colline (2), et installa, en leur

(1) Lepape, Corn m., 1, 599. — Mirguet, Saint Euchaire, 60.

(2) Cette église, desservie par un prieuré, fut ruinée dans la suite. Le nom en reste à Tune des rues du bas Liverdun.

place, un chapitre, composé d'un prévôt, d*un doyen et de quatre chanoines (1).

L'année suivante, Viard de Reynel fonda à Reynel une collégiale de treize prébendes et la consacra à Notre Dame (2), et Simon de Broyés dota Commercy d'une institution de môme genre et d'égale importance, qu'il mit sous le vocable de Notre-Dame et de Saint- Nicolas (3). Enfin, quelques années plus tard, en 1191, Agnès, comtesse de Bar, et Thiébaut, son fils, érigèrent, dans leur château de Ligny, un chapitre dédié aussi à Notre-Dame (4). Les chanoines, disait la charte de fondation (5), auraient le droit de choisir leur doyen et ne répondraient qu'à lui de leurs fautes et de leurs délits; chacun d'eux aurait droit exclusif de justice sur les gens de sa maison et, si son cheval ou son bœuf causait quelque dégât, il ne serait tenu qu'à réparer le dommage, sans encourir d'amende. Les douze chanoines de Ligny étaient donc de véritables seigneurs.

Pierre de Brixey souscrivit à tous ces établissements et, non content de sa fondation de Liverdun, il donna aux chanoines de la cathédrale, les cures de Naives (6) et de Vicherey, le fief de Crépey (7) et les dîmes de Saulx ; au chapitre de Saint-Gengoult, la terre de Minorville (8), et à ses successeurs sur le siège de Toul, la part qui lui revenait de la seigneurie paternelle de Brixey (9).

Cependant la douloureuse nouvelle de la prise de Jérusalem par Saladin (1187) avait imposé une trêve momentanée aux différends qui séparaient Rome et l'Empire, la France et l'Angleterre. A l'appel de Grégoire VIII et de Clément III (1188-1191), Frédéric

(i) Arch. deM.-et-M., G. 132. — Ben.-Pic. (XCIII) et Dom Calmet (II, 550; VI, Lviii) donnent la date de 1188; mais M. E. Duvernoy (Journ. Soc. Àrch. lorr., février 1896) montre que la véritable date est 1184. — Le nombre des prébendes fut plus tard porté h douze.

(2) Reynel, c. d'Andelot (Marne). — Ben.-Pic., XCVI ; Calmet, VI, xlix.

(3) Calmet, VI, l. — Dumont, Hiat. de Commercy, I, 25 ; II, 391.

(4) Ben.-Pic, Vie de saint Gérard, 8i. — Fourlor de Bacourt, Vie du B, Pierre de Luxembourg, 2G. — Gillant, Fouillé, II, 418.

(5) Ben.-Pic, XCVII.

(6) Schedula», dans Calmet, I, ccxxvi. — Ben.-Pic, XCV. — Naiveseti-Blois, c. de Void « Meuse).

(7) Crépey, c. de Colombey (M.-et-M.).

(8) Minorville, c. de Domôvre (M.-et-M.).

(9) Brixey, c. de Vaucouleurs (Meuse).

CJ

Page 1