‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 132 sur 265 · CHAPITRÉ VI. — LA FIN DU XII® SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ VI. — LA FIN DU XII® SIÈCLE

Barberousse, Philippe-Auguste et Riciiard Cœur de Lion étaient partis pour la Terre-Sainte, au commencement de 1190, avec un grand nombre de prélats et de barons, parmi lesquels nous pouvons remarquer Henri I, comte de Bar, Godefroy de Longeville, Renauld de Montiers, et d'autres. Comme Henri, son prédécesseur, Pierre de Brixey prit aussi la croix ; il confia son diocèse à son neveu, Frédéric, doyen de la cathédrale, et à Richard, abbé de Saint- Epvre, et il quitta la Lorraine, en compagnie de Gobert, sire d'Apremont, de Henri, comte de Salin, et de Régnier de Montreuil (1). H mourut dans ce pieux voyage, le 27 août 1191 (2), et il fut inhumé à Jérusalem. L'Eglise de Toul pleura en lui un vaillant défenseur, un bon père, un habile et sage administrateur.

H eut pour successeur l'archidiacre Eudes de Vaudèmont, fils de Hugues I, comte de Vaudèmont et arrière-petit-fils de Gérard d'Alsace (3). C'était, depuis cinquante ans à peine, le second membre de la maison de Lorraine qui montait sur la chaire de saint Mansuy : la famille ducale s'habituait déjà à considérer les évôchés comme des fiefs quasi-héréditaires.

Selon toute apparence, le diocèse se trouvait alors dans un état lamentable. Les seigneurs, toujours en guerre les uns contre les autres, entretenaient dans le pays une agitation, une inquiétude continuelle ; leurs olTiciers commettaient vexations sur vexations, au préjudice des églises, des monastères et des sujets ecclésiastiques, volaient leurs biens, emmenaient leurs troupeaux, sacca-

(1) Ben, -Pic, 423. — M. Chatton (L'abbaye de Saint-Sauveur, 75) croit que Pierre de Brixey partit pour la Palestine avant 1189. En effet, une charte des archives de Clairlieu (Arch. de M.-et-M., II, 468), dat«'îe de 4488 et réglant une contestation entre Saint -Sjuiveur et Clairlieu, mentionne que l'abbé de Saint- Sauveur, Othon IV, se fait fort d'obtenir la ratification de Pierre de Brixey, alors retenu par un voyage [qui tune temporis erat peregrej. — Ce terme vague ne me parait pas faire allusion à un pèlerinage aussi important que celui de la Terre-Sainte ; aussi n'oserais-je affirmer que Pierre devança de deux ans l'expédition des trois souverains.

(2 Le jour est donné par les Schedula* ; quant à la date, on l'infère de ce que nous dit .Mbéric tios Trois-Fontainos (SS., XXIII, 869 , « aOi. Àpud Tullum institutus fuit Odo, frater comitis Gcrardi de Wandanimonte », et de la date des statuts d'Eudes de Vaudèmont (Calmet, VI, lxii), lesquels furent publiés le 10 mai 1192.

(3) Voir les tableaux généalogiques, pp. 206 et 223. — Ben.-Pic, 426.

266 LIVRE ni. — LES GRANDS ÉVÂQUES DE TOUL

geaient leurs champs, prenaient leurs chevaux ou leurs bœufs pour conduire leurs chariots ou leurs voitures. Les prêtres étaient peu instruits, quelquefois peu recommandables, généralement peu respectés. Le peuple des campagnes croupissait dans Tignorance et souvent dans le désordre, et les Vaudois, à Toul, comme à Metz et dans la plupart des diocèses, profitaient de Tinsuffisance du clergé pour propager leurs erreurs, menaçaient la foi chrétienne et troublaient la société.

Pieux et zélé, le nouveau prélat résolut de signaler ses débuts par une mesure énergique, et de chercher à ramener au devoir les seigneurs et les ecclésiastiques par la crainte et par le châtiment. Dès son premier synode, le 8 mai 1192, il publia des statuts fort rigoureux et il fit entendre ainsi à tous qu'il saurait faire respecter les droits de l'Église, de la justice et de la morale (1).

L'interdit était lancé sur les lieux où Ton recevrait, ne fût-ce qu'en passant, des voleurs de biens ecclésiastiques ; où l'on recèlerait, vendrait ou consommerait, les objets volés aux églises, ainsi que sur les terres des princes ou des seigneurs coupables de ces rapines. L'excommunication majeure était fulminée contre les spoliateurs et leurs aides; contre ceux qui leur donneraient l'hospitalité^ môme pour une nuit ; contre les receleurs, les vendeurs et jusqu'aux acheteurs de biens dérobés aux églises; contre les violateurs de rinterdit. Ceux môme qui, à leur escient, auraient reçu chez eux des ravisseurs, devraient payer une amende de dix sous, par jour et par tôte.

L'excommunication majeure était aussi prononcée contre les religieux apostats ou concubinaires, contre leurs épouses et leurs enfants.

Les clercs et les moines qui négligeraient l'excommunication et l'interdit portés par ces statuts, seraient pour toujours privés de leurs bénéfices et de tout office dans le diocèse.

Eudes terminait en ordonnant à tous les fidèles, clercs ou laïcs,

de courir sus aux Vaudois, de les charger de liens et de les amener dans les prisons de l'Evôché, où Ton instruirait leur procès et,

(1) Le texte de ces statuts est donné par Dom Calmet, VI, lxti.

Page 1