CHAPITRE VI. — LA FIN DU XII® SIÈCLE
comme cette commission n'était point sans péril, une indemnité était promise aux gens qui prêteraient main forte.
Ce dispositif sévère atteste à la fois, et la grandeur du mal, et rénergie de révoque. Peut-être eût-il été plus utile de préférer à l'excommunication qui souvent jetait dans Timpénitence les coupables opiniâtres, et surtout à l'interdit qui laissait les peuples sans instruction et sans pasteurs, les moyens plus humains, plus salutaires que préconisera le saint concile de Trente ; mais, tout en regrettant qu'Eudes de Vaudémont n'ait point abouti à un sérieux résultat, nous devons reconnaître son zèle et sa bonne volonté et ne point le blâmer d'avoir subi les idées de son temps.
Il eût été surprenant que la mort de Thierry de Lorraine eût complètement terminé l'affaire de la princerie. L'archidiacre Simon, issu de l'une des premières familles du pays, invoqua bientôt ce précédent, surprit le Saint-Siège et obtint une bulle d'institution. Les chanoines protestèrent ; ils en appelèrent au pape mieux informé ; mais Simon s'installa de force, appuyé par sa famille et par le duc Simon II, son parent. La Cour romaine désigna pour instruire l'affaire, les évoques de Langres et de Chàlons, les abbés de Haute-Seille, de Beaupré et de Clairvaux ; mais ces commissaires apostoliques, se laissant gagner par de si puissantes influences, déclarèrent que le primicier était régulièrement pourvu. Sans se laisser déconcerter, le chapitre fit une nouvelle instance, dévoila les manœuvres de Simon et obtint enfin l'annulation de la sentence des commissaires. La princerie, depuis lors, ne fut plus l'objet de brigues et de contestations (1).
(1) L'union des revenus de cette dignité à la mense capitulaire avait grossi le rapport des prôbondos; mais, à en croire Bonolt-Picart (p. 427', les guerres continuelles, les rapines, les dévastations avaient tollemcnt appauvri le chapitre qu'il ne pouvait sulïire à l'entretien de ses soixante chanoines, de ses vicaires, de ses officiers et à toutes ses autres charges. Une réduction s'imposait : Eudes la demanda au pape Célostin IIÏ ; le nombre des prébendes canoniales fut porté à cinquante et le produit des dix bénéfices supprimés fut consacré à l'entretien des vicaires, aux réparations du cloître et à des distributions aux chanoines assidus au chœur : on pensait ainsi les obliger à no point manquer l'oflice pour des raisons futiles.
Selon le môme auteur (p. 428), Eudes profita do cette réduction pour assurer aux régents de son école un traitement convenable. H décida que les deux pre-
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C'est peut être pour défendre les intérêts de son chapitre qu'Eudes de Vaudémont entreprit le voyage de Rome (1). Il vint aussi retremper sa foi et sa ferveur au milieu des religieux de Cluny ; puis, pressé par son ardente piété, il prit la croix, en 1196, à l'assemblée de Spire et partit pour la Terre Sainte, vers la lin de Tannée suivante (2) ; mais, comme Pierre de Brixey, il ne devait plus revoir son peuple. Il mourut en chemin, le 26 novembre 1197 ou 1198 (3). Sou corps, ramené à Toul, fut inhumé au milieu du chœur de la cathédrale, et transporté plus tard dans le tombeau de son neveu, Hugues II, comte de Vaudémont (4).
Son successeur, Mathieu de Lorraine, fils de Ferry I de Bitche, duc de Lorraine (1205-1206), pelit-fils du duc Mathieu I et frère du duc Ferry II (1206 1213), avait été poussé fort jeune dans TÉglise (5). A six ans, il était pourvu de^eux canonicats, l'un à Toul, l'autre à Saint Dié, et il pouvait signer des actes avec cette curieuse mention (( puer canonicus » (6). Prévôt de Saint-Dié, archidiacre de Toul, il réussit à se faire élire, malgré la mauvaise réputation qu'il s'était attirée et la forte opposition d'une partie des chanoi-
miers maîtres, après l'écolAtre, auraient chacun une prébende et que les autres clercs qui y professaient les humanités, seraient assimilés aux vicaires du chapitre.
Mais Lemoine (I, 70) et Pressuti [Reg. lion. III, n» 2.')76) citent la date et le résumé de cette charte de réduction. Ce fut, d'après eux, le 21 juin 1220. — Benoît-Picart aura donc confondu, comme le fait le livre des Schcdtilœ (Calm., I, ccxxvi), Eudes de Vaudémont avec Eudes de Sorcy qui tint le siège épiscopal de Toul, de 1219 à 1228.
(1) Ben. -Pic, 428. — L'auteur, si l'appui de son assertion, cite un titre qu'il a eu sous les yeux, mais selon son habitude regrettable, il n'en donne, ni le texte, ni la référence.
(2) Ben. -Pic. [ibifij rapporte qu'il a vu deux titres d'Eudes de Vaudémont, datés de Toul et de l'année 1107; il conclut donc fort justement que notre évéque n'a dû quitter le pays que vers la fin de cette année U97.
(3) Albéric des Trois-Fontaines iSS., XXIIÏ, 873), « 1190. Epùcnpm Odo TuUensis moritiiï' in itinere Jerosnhjnniano. » — Cette date de 1196 est évidemment fautive : il faut lire, au plus tùt, 1197... Comme le Nécrologe de saint Mansuy ^Ben.-Pic, 429i donne, comme jour anniversaire du décès, le 26 novembre, il est permis de conclure qu'Eudes a dû mourir à l'aller. — Rien ne s'oppose pourtant à l'adoption de la date 1198 : Eudes serait alors décédé au retour.
(4) Ben.-Pic, 429.
(ii) Voir le tableau généalogique, p. 208. (6) Ben.-Pic, 430.