‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 134 sur 265 · CHAPITRE V[. — LA FIN DU Xll® SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V[. — LA FIN DU Xll® SIÈCLE

lies (1). Dès lors, il ne mit plus de frein à ses passions : incontinence, simonie, dilapidation des biens de Tévèché, tout fut un jeu I)our lui.

Dès 1202, le chapitre dépôciia à Home, Pierre, le grand archidiacre, pour exposer la situation et réclamer la déposition du prélat (2). Innocent III, pris entre son devoir et le désir de ménager la famille de Lorraine, voulut temporiser. Il nomma trois commissaires qui instruiraient la cause : c'étaient le cardinal-évôque de Prenesle, légat du Saint-Siège, et les abbés de Beaulieu-en-Argonne et de Saint Benoît en-Woêvre. Entrant dans les vues du souverain pontife, les trois mandataires firent promettre à Mathieu d'être plus correct à Tavenir et de ne plus aliéner les biens de Tévèché. Mais les actes ne furent point conformes aux paroles, et bientôt le doyen du chapitre put accuser Tévêque de nouvelles dilapidations. Mathieu furieux (it saisir le doyen, le jeta dans un cachot et ne lui rendit la liberté que sur la menace d'un interdit général. Alors, le cardinal-légat, désespérant de le ramener et jugeant le scandale à son comble, lui enleva toute juridiction et le frappa de suspense et d'excommunication (3).

L'évoque ne tint aucun compte de cette censure, continua à faire les fonctions sacrées et dépêcha de ses amis à Rome pour y soute-

ji) Bon.-Pic, 4^)0. — Mathieu n'était point encore sacré en 1200, puisqu'il donne, en cette année, comme « epiacopus electus », une diarte de conllrmation des privilèges du chapitre (Calmet, VI, lxxi). — Mais il dut recevoir en cotte môme année la consécration épiscopale car, en 1203, il date uno charte, en faveur du prieuré de Lay, de la troisième année de son épiscopat [Ibid,^ Lxxir.

[i) Cf. Richer de Senones -III, 1-3) dans .SS.. 28oetsq., et Jean de Hayon (ch. 1)6-97), dans Calmet dll, cclx'.. — Les détails de la procédure sont donnés par Digot {llist. de Lorr.^ II, 23 et sq.), d'après un Mémoire pubUé par De La Porte du Theil, dans les Sotices ou extraits de la bibliothèque du Roi [i. 111, 617 et sq.). Ce travail complète et rectifie les récits de Benolt-Picart (p. 431) et de Dom Calmet (II, oo6).

(3) Tout ceci explique fort bien la prétendue contradiction que voyait Benoll- Ficart (p. 431), entre la parole de Ruyr, faisant remonter la déposition de Mathieu à l'an 1203; la durée do la vacance du siège épiscopal qui, d'après la plupart des historiens, a été do trois ans et cette note d'Albéric des Trois-Fontaines (S\S., XXIII, 891). « 1210. Apud Tullum, depositua est Matheus, nec nominandus episcopus, rerum Ecclesiœ dilapidator comprobatus. » — Mathieu fut, en citet, interdit par le cardinal-légat, vers 1205 ; mais la sentence ne fuj conlirmée qu'en 1207 et la déposition définitive ne fut prononcée qu'on 1210.

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nir sa cause. Le chapitre, de son côté, avait député Geoflroy, Tun de ses archidiacres, pour obtenir confirmation de la sentence que le légat avait portée. Innocent III, indigné d'une conduite aussi scandaleuse, envoya au grand archidiacre de Paris, au pénitencier de Saint- Victor et à Robert de Courzon, chanoine de Noyon, Tordre de se rendre à Toul et de faire exécuter la décision du cardinal de Preneste; mais, sur de nouvelles instances des princes de la maison de Lorraine, il voulut encore recevoir Tappel qu'avait interjeté Mathieu (1). Venu à Rome, vers la fin de 1206, le prélat plaida luimôme sa cause contre Tarchidiacre Geoffroy, produisit de faux témoins et fit tant qu'il obtint l'annulation de toute la procédure ; mais, comme il était suspect de dilapidation et entaché de crime de parjure (2), Innocent III ratifia la double interdiction lancée contre lui ; il chargea Gauthier, abbé de Saint-Urbain, de l'administration du diocèse ; puis, après une nouvelle enquête, il déposa définitivement le coupable et enjoignit, le 5 janvier 1210, au chapitre de Toul de lui donner sans retard un successeur (3).

Profitant de l'humiliation actuelle de la famille de Lorraine, Thibaut I, comte de Bar, et, chose à remarquer, Philippe II, roi de France, firent porter le choix des chanoines sur un prêtre français, Renaud de Bouthillier-Senlis (4) : c'était la première fois, depuis saint Gauzelin, qu'un prélat français montait sur le siège de Toul.

Fils de Guy II, chevalier de Senlis, seigneur de Chantilly et grand bouteillier de France, le nouveau prélat unissait à l'éclat du nom, le mérite beaucoup plus précieux d'une vie vraiment sacer-

(1) Potthast, n" 2.534, 2.750 et 2.751.

(2) Potthast, n» 2.995.

(3) « Capitula Tullensi mandat ut personam idoneam sibi in pastorem canonice eligant^ cum Maherus, super dilapidatione ac perjurio impetitus, per sententiam ab ecclesia Tullensi amotus sit. — Non. Jan. 4240 » (Potthast, !!• 3.875). — (Gerardo) Cathalaunensi episcopo^ de Insula Cisterc. et Flabonimentis Prœmonstr. ordinum abbatibus, Tullens. dioc, mandat^ ut, nisi capitulum Tiillense infra quindecim dies episcopum elegerit, ei personam idoneam prœflciant. —Non. Jan. 4240 {Ibid.,3.SlQ).

(4) Les Bouthillier on Bouteillier de Senlis étaient seigneurs do Chantilly, de Senlis et d'Ermenonville. Ils avaient reçu, sous Hugues-Capct, la charge de grand bouteillier de France, qui devint héréditaire dans leur famille.

Une branche de cette maison s'établit en Angleterre et s'épanouit dans la lignée des comtes de Hartington et de Northampton.

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