CHAPITRE VI. — LA FIN DU XIl® SIÈCLE
dotale. Accueilli avec joie par le clergé et par les fidèles, soutenu par Thibaut de Bar, il sut par sa prudence se tirer d'une situation délicate et se maintenir en paix avec le duc Ferry II, le père de son prédécesseur.
Le mouvement des Croisades continuait et, chaque année, quelque seigneur partait pour la Palestine. Frédéric V, comte de Toul, prit la croix avec son frère, Renard de Lorraine, sire de Coussey, et engagea son comté à révoque pour subvenir aux frais du voyage (1). Il posait, sans le savoir, les bases d'une union qui devait se réaliser moins d'un siècle plus tard. Quant à Renaud, sans aller outre-mer, il eut l'occasion de prendre part à une guerre sainte. La lutte contre les Albigeois passionnait alors la France et précipitait le nord sur le midi. Thibaut de Bar s'était rangé sous la bannière de Simon de Montfort et, vers 1212, l'évéque suivit son exemple. Il se mit à la tête d'une troupe vaillante, se joignit au prévôt de Cologne, à l'archevêque de Reims, et prit part au siège de Moissac.
Dans l'intervalle, Ferry II était mort et Thiébaut, son fils aîné, lui avait succédé. Mathieu, le cadet, suscitait quelques difficultés au sujet de l'héritage et les deux princes prièrent Renaud de terminer ce diflérend. Le prélat accepta : sur son conseil, le duc abandonna à Mathieu la ville de Neufchàteau, les forteresses de Frouard et de Chàtenois et il reçut de son frère l'assurance qu'il renoncerait désormais à toute ligue et à toute compétition (2).
Peu après néanmoins, l'évoque faillit se brouiller avec le nouveau duc (3). Sous le fallacieux prétexte qu'ils allaient combattre les infidèles, des»aventuriers de Champagne faisaient des incursions et commettaient des excès de tout genre dans le Barrois et dans le pays toulois. Voulant arrêter leur audace, Renaud et Henri, fils et successeur de Thibaut, contractèrent une alliance défensive et placèrent des garnisons dans leurs châteaux, entre autres dans ceux de Bouvron (4) et de Liverdun. Thiébaut en prit ombrage: il venait de
.1) Ben.-Pic, 4^4.
(2) Ben.-Pic, 433.
(3) Ibid.
(i) Bouvron, c. de Toul-Nord.
272 LIVRE m. — LES GRANDS ÉVÊQUES DE TOUL
combattre à Bouvines (1214), au service de Tempereur Othon IV; il avait trouvé le comte de Bar parmi les partisans du roi de France et de Frédéric 11, et il n'ignorait pas les sympathies du fils de Guy de Sentis pour Philippe-Auguste et pour le jeune roi des Romains, que le pape Innocent III avait suscité comme compétiteur à Tingrat Othon de Brunswick. Il crut donc que Renaud et Henri avaient des vues sur son duché et, pour les prévenir, il accourut mettre le siège devant Bouvron, prit le château et le renversa. L'évêque, ne se croyant plus en sûreté à Toul, se retira chez le comte de Bar. Enfin révoque de Metz s'interposa ; il ménagea un accommodement et termina celte lutte à l'honneur de son collègue. Thiébaut reconnut ses torts et s'engagea à payer au prélat vingt marcs d'argent pour indemnités et dommages intérêts (1215).
Cependant l'évoque déposé avait conservé la grande prévôté de Saint-Dié et, retiré dans son château de Clarmont, au Val-de-Galilée, il menait une vie de débauches et de brigandages, ne rêvant que chasses, rapines ou scandales. Il n'avait point, semble-t-il, troublé son successeur dans la tranquille possession de son siège ; mais, en 1217, Renaud de Sentis vint dans la Vôge visiter les paroisses et les grandes abbayes de la haute vallée de la Meurthe. Il avait célébré les fêtes de Pâques, à Saint-Sauveur, avait passé à Senonés, à Moyenmoutier, à Etival et, de là, s'était mis en rout» pour Autrey(l).
(1) La date de 1217 nous est fournie par Albéricdos Trois-Fontalnos (SS., XXIII, 906, ; elle se trouve confirmée par d'autres indications chronologiques certaines : nous avons en efTet une charte signée par Renaud en 1216 iLcm., I, 69. — Ben.- Pic, G) et nous savons que Gérard de Vaudémont fut élu en 1^7 ; voir plUvS loin, p. 276, n. 1) et que Thiébaut de Lorraine fut relevé de son excommunication en novembre do cette même année (voir plus loin, p. 274, n. 4i. l\ faut donc repousser les dates 1210, donnée par les Schedulœ (Galm., I, ccxxvii), et 1215, adoptée par les Bollandistcs {Àct. SS., I- Àprilis^ 3).
Le jour de l'attentat est moins facile à fixer. Richer de Senones (S5., XXV, 286) et Jean de Rayon (ch. 98, dans Calmet, III, ccxu) disent que Renaud célébra la fôte de Pâques à Saint-Sauveur (en 1217, Pâques tomba le 26 mars) ; vint, le même jour, coucher à Senones ; il y chanta la Messe le lendemain, passa par Moyenmoutier et Étival, voulant arrivera Autrey le même soir, et fut assassiné en chemin, en ce jour du Lundi de PAqucs (27 mars .
Cette rapidité (Saint-Sauveur à Senones, environ vingt kilomètres. — Senones à La Bourgonce, environ seize kilomètres), surtout en ces jours de fôte, semble