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les événements réalisèrent brusquement ce que son éloquence n'avait pu produire : Rodolphe mourut presque subitement et Arnoud put enfin gouverner en paix son Ej^Iise (1).
Ce ne fut point contre un rival que dut lutter l'évéque de Metz. Jean d'Apremont, originaire de cette ville et du paraige du Port- Sailly, avait d'abord gouverné le diocèse de Verdun ; puis, il avait échangé la chaire de saint Saintin contre celle desaintCIément, se flattant que sa qualité de concitoyen lui éviterait toute difficulté avec les bourgeois de sa nouvelle cité. II administrait, depuis plusieurs années, le diocèse de Metz sans rencontrer d'obstacles, lorsqu'en 1231 une insurrection le contraignit à quitter la ville et à se retrancher dans le châtel Saint-Germain. Henri de Bar et Mathieu de Lorraine, d'abord ses alliés, se laissèrent corrompre par Tordes bourgeois. Toutefois, soutenu par son paraige, par Oobert d'Apre mont, son frère, et par des seigneurs allemands, le prélat fit bonne contenance. Il obligea ses ennemis à lever le siège et il allait leur présenter la bataille quand Roger de Marcey, offrant sa médiation, amena les Messins, fatigués d'une lutte aussi longue, à supprimer leur gouvernement communal, à faire amende honorable à leur évoque et à remettre en liberté tous ses partisans (1234) (2).
Le temps allait venir où Roger aurait, lui aussi, à compter avec les bourgeois de sa bonne ville de Toul. L'enceinte du rastrum datait de l'époque romaine; elle tombait en ruines; elle enserrait la ville et elle laissait sans défense l'agglomération qui s'était formée sous les murs. Roger de Marcey conçut le projet de réunir ce bourg au chàtel primitif. Il obtint ù cet effet, en 1239, une charte de l'empereur Frédéric II et il conclut, en janvier 1240, une con vention avec le maître-échevin et les habitants de Toul, pour aviser aux moyens de réaliser cette entreprise (3).
L'ensemble des bourgeois, la communauté, comme l'évèque l'ap pelle dans son diplôme, élut, du consentement de Roger, une commission de huit membres qui s'occuperait, de concert avec lui et
(1) Ben. Pic, 444.
(2) Chroniques de la ville de Metz, publiées par Huguenin, p. 29 et sq.
(3) Ben.-Pic, CXII,
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sous son contrôle, de tout ce qui concernerait ce travail. C'était une mesure fort équitable; les habitants devaient profiter de la sécurité que leur procurerait ce rempart : il était juste qu'ils coopérassent à l'œuvre, et par leurs conseils, et par leurs subsides. Mais c'était un précédent dangereux : les citains, une fois habitués à se réunir pour délibérer en commun, ne sentiraient-ils pas leur force et ne voudraient-ils pas transformer en municipalité perpétuelle une commission essentiellement temporaire ?
Dans beaucoup de lieux, la construction du mur urbain autour de l'oppidum et du bourg avaitfourni une occasion toute naturelle de créer un budget communal et de constituer un corps de ville. Il en fut de même à Toul. Les nouveaux remparts commençaient à s'élever avec leurs vingt six tours et leurs quatre principales portes : au nord, près de la Maison-Dieu, la porte La Place; à l'ouest, la porte Malpertuis ; au sud-ouest, la porte La Rousse et à l'est, la porte du Guet (1) Cette dernière s'ouvrait sur la Moselle, près du raccordement des deux enceintes (2). Quant à la commission, elle fonctionna quelque temps, selon la teneur des statuts, avec un renouvellement partiel chaque année.
Quatre ans ne s'étaient pas écoulés que Roger de Marcey put s'apercevoir de sa témérité. Il publia, en 1243, un règlement sur la fabrication des draps : c'était toucher aux privilèges d'une corporation qui, à Toul, comme dans plusieurs villes lorraines, semble avoir été fort puissante. Les Messins venaient de se révolter contre leur évêque, Jean d'Apremont. Excités par leur exemple et ne voulant pas demeurer en arrière, les drapiers se soulevèrent, crièrent hautement que leur cité dépendait directement del'empe-
(1) La porte du Guet s'appola primitivement porte du Guè^ porta Vadi (Arch. de M.-et-M., G. 7"), l" lij] terme beaucoup plus rationnel que celui qui prévalut: ne Quette~i-(Mi pas à toutes les portes? — De ce vocable, nous pouvons conclure qu'il n'y avait pas encore de pont sur la Moselle, au xiii* siècle, et que l'on traversait alors la rivière à gué.
(2l L'enceinte commencée par Hoiu'er'de Marcey a été décrite par Vauban, en 4698. M. Daulnoy a imprimé cette description dans son Histoire de Toul, p. 101, note 1. Vauban supprima la porte La Rousse, mais il conserva les trois autres entrées, en les déplaçant quelque peu. Voir le plan que Thierry a mis en tète du premier volume de son Histoire de Touly ou celui que j'ai inséré dans ma Révolution communale.
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reur (c'était le refrain ordinaire) et que Tévèque ne pouvait y faire aucun règlement sans sa permission et sans leur avis; ils ameutèrent le peuple et forcèrent le prélat à quitter la ville.
Roger sortit, en lançant contre eux les foudres de TEglise : armes redoutables en elles-mêmes, mais les évoques de cette épo que en usaient ou plutôt en abusaient tant, qu'elles ne produisaient aucun effet salutaire : elles irritaient au lieu de calmer.
Frédéric II, excommunié depuis 1229, était, à ce moment même (1245), déposé par le concile de Lyon et abandonné par Tépiscopat. Nos bourgeois prirent ouvertement son parti et se déclarèrent contre Guillaume de Hollande, son compétiteur : la question municipale se compliquait d'une question politico-ecclésiastique. Après quelques années de troubles et d'agitation, ne se trouvant sans doute pas assez forts, ils firent appel à leurs frères de Metz et ils leur envoyèrent, en 1250, Néméric Barat, alors maître échevin, qui conclut avec eux une alliance offensive et défensive contre tous leurs ennemis, surtout contre Guillaume de Hollande. L'année précédente, à la Saint-Jean d'été, ils s'étaient mis pour dix ans, sous la garde de Mathieu II (1). Le duc, moyennant un cens annuel de cent livres toulois, devait les protéger contre tous, sauf contre l'Empereur, amener le prélat à composition et obtenir la levée de l'excommunication et de l'interdit. Ils espéraient donc beaucoup de leur insurrection, quand MatKieu II mourut en 1251 ; Catherine de Limbourg, son épouse, régente de Lorraine pendant la minorité de Ferry III, Henri, comte de Luxembourg, et surtout Thibaut II, comte de Bar, prirent en mains la cause de l'évêque et forcèrent les Toulois à capituler. Roger rentra dans la ville épiscopale, la veille de la Pentecôte 1251 ; les citains obtinrent pleine amnistie, mais ils durent renoncer à leur ligue avec les Messins et reconnaître Guillaume, comme roi des Romains. Cette première émeute n'avait pas abouti ; mais elle avait duré sept ans; elle avait déposé dans le cœur des Toulois un ferment de révolte qui ne devait plus les laisser en repos.
Dans l'intervalle, Roger n'avait point négligé les intérêts de son
(i ) Le Mercier de Morière, n* 353.
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siège. Vers 1238, Raoul de Torote, évéque de Verdun, lui engagea sa chatellenie de Dieulouard pour deux cents livres de provenesiens forts (1), et, en 1249, il remboursa au duc Mathieu II cinq cents livres de provenesiens que Frédéric V, comte de Toul, et Eudes, son lils, lui avaient empruntés ; il acquit ainsi le gage que le duc créancier avait sur leur comté (2). C'était marcher vers la suppression de cet office dangereux ; mais Roger n*eut pas la joie de pouvoir ter miner cette alïaire : il mourut, le 1'-^ janvier l2o3, en son château de Liverdun, à Tàge de 70 ans, après un long et fructueux épiscopat : son corps fut ramené à Toul et inhumé à la cathédrale, à droite de Tautel de saint Gérard (3).
L'empire était alors disputé entre (îuillaume de Hollande et Conrad IV, fils de Frédéric II ; la duchesse-régente de Lorraine. les comtes de Bar et de Luxembourg semblaient fort absorbés par de communs différends ; les Toulois crurent donc le moment favorable : ils profitèrent de la vacance du siège pour se constituer en commune, ce que le Père Benoît-Picart appelle « former une anarchie (4) ».
Il fallait, pour leur tenir tête, un homme ferme et résolu : les chanoines portèrent leurs suffrages sur leur doyen, Gilles de Sorcy, neveu de Tévèque Eudes (5). Ils venaient de l'envoyer à Romesolli-
(1) Housscl, Hts^ de Verdun, I, 2î)8. •
(2) Bcn.-Pic. CXI. — Le M. de Mor., n»' 187, 235, 326, 345.
(3) fsvcrologe (Arch. M.-et-M., G. i\^)).^Schedulœ, dans Calmet, I, ccxxviii.— Voici rinscripUon qui, d'après le môme document, se trouvait gravée sur sa tombe :
« Gloria pontificmn, prœstil Rogerus, amicum « Christo magnificum se prœhuit, atque pudicum, (( Justum, consultum, prœsigni stimmate fultum ; « Laude Dei multnm jacet ista sede sepulchrum « Cleri tutamen fuit, Ecclesiœ revelamen. « Huic det solamen Spiritus almus. Amen. « Anno millesimo quingentesi moque secundo « Atque ducentesimo fossus est hic in humo. » Xe quatrième vers ainsi donné par los Schedulœ :
« Laude Dei multum jacet ista sede sepultum » n'a pas de sons et renferme un solécisme. Benoît-Picart (p. 447) l'a corrigé en metianl sppui tus ; mais il n'a pas remarqué que cette inscription est rimée. Je propose donc une autre version qui tient compte de la rime et qui renferme un sens (?) — 12;12 est l'ancien style.
(4) Ben. Pic, 449.
(5) Voir page 277.
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citer la confirmation des droits régaliens qui avaient été jadis accordés au chapitre sur les terres de ses prévôtés et ils n'avaient eu qu'à se louer de la manière habile dont il avait rempli son mandat. Deux voix toutefois se portèrent sur le trésorier, Simon du Pont (1) ; celui-ci se crut en droit de s'opposer à l'installation de son compétiteur : il se f sentait appuyé par le métropolitain Arnoud (2) ; mais le cardinal de Sainte Sabine, légat du Saint- Siège, se déclara pour le doyen et ces diflicultés n'eurent d'autre résultat que celui de retarder la cérémonie du sacre (3).
Les Toulois n'eurent pointa attendre aussi longtemps pour savoir à qui ils avaient affaire. A peine installé, Gilles fit informer contre les meneurs et il obtint leur bannissement de la province ecclésiastique de Trêves. 11 avait du reste de puissants auxiliaires : Catherine deLimbourg avait défendu aux Lorrains, sous peine de commise, de fournir aucun secours aux citains; elle avait pris, de concert avec les comtes de Bar et de Luxembourg, Tengagementde ne pas recevoir sous sa garde les villes de Metz et de Toul (10 et 11 avril 1252) (4) et, quand le prélat dut aller en Allemagne, demander l'investiture à Guillaume de Hollande, elle prit sous sa protection les droits et les pouvoirs du siège épiscopal.
(1) Benott-Picart substituo.au trésorier dont nous connaissons, non pas le nom, mais l'existence par les Registres d'Alexandre IV (n" 299), l'archidiacre de Port qu'il appelle Simon de Ponte. Ce nom est-il exact ? Nous pourrions craindre le contraire si nous étions bien certain de Tauthcnticité d'un Gérard, episcopua tullenaiSy qui octroya deux chartes en 1254 et 1264 à l'abbaye Sl-Sauveur (Arch. de M.-et-M., II. 1374). Mais M. Chatton, qui signale ces deux pièces {St-Savveur. 82, n. 2) remarque fort judicieusement que le titre original a pu porter G. epiacopus tullensis et qu'un copiste, ignorant ou distrait, aura écrit Gerardus pour Gilo. Je laisse donc, jusqu'à plus ample information, le nom do Simon du Pont au compétiteur de Gilles de Surcy.
(2) Suspectant les dispositions du métropolitain à son ég«ird, Gilles avait demandé à Innocent IV la faculté de se faire sacrer par un autre prélat (21 sept. 125^i. -- Reg. Innocent /F, n» 8039).
(3) Par le numéro 299 des Reg. d*Alex. IV nous savons qu'au 20 mars 1255 Gilles n'était pas encore sacré. Le doyen et le trésorier, se prétendant en effet tous deux élus, avaient successivement porté leur cause devant le métropolitain et devant le cardinal de Sainte-Sabine, légat du Saint-Siège; le légat avait conûrmé réJection de Gilles et, à lu date indiquée plus haut, Alexandre IV confirma sa décision.
rV) Cal met, 1" éd., H, crrcLxixel sq.
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La cérémonie de rhommageeut lieu le 12 septembre 1253 ; Gilles, désormais comte de Toul, revint en toute hâte à son poste de coin bat. La régente, infidèle à ses engagements, venait de. prendre les bourgeois sous sa garde, le 22 du même mois, moyennant la rente convenue avec Mathieu II (1). Elle réservait bien qu'elle ne les défendrait pas contre le seigneur de la ville ; mais Tévêque comprît qu'il ne devait compter que sur lui : il résolut de donner de plein gré ce qu'on pourrait bientôt lui arracher de force et, vers 1255, il substitua au gouvernement révolutionnaire, une Justice ou municipalité. Toul allait donc pouvoir s'administrer elle-même : elle devait sa charte communale à la prudence de son évoque.
(1) Cal met, 1" éd., II, cccclxxiii.