‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 144 sur 265 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Organisation municipale de Toul

Gilles de Sorcy maintint les échevins, mais il divisa la ville en dix paraiges ou bannières et il créa un corps municipal de dix justiciers, communément appelé les Dix.

Le maître-échevin resta le premier magistrat de la cité. Il était élu pour un an, le 23 avril, fête de saint Georges et de saint Gérard : la municipalité présentait trois noms et, sur Tavis de son conseil, révêque optait pour Tun des noms proposés (t).

Le maître-échevin n'appartenait pas nécessairement au corps des Justiciers, mais il n'en était pas moins le chef de la ville, des Dix et du Conseil, et toutes les décisions communes se prenaient sous cette formule: « Nous, Maître-échevin, Justice et Conseil, estant établis en THostel de Ville, etc. » Il avait seul la juridiction sur les Grands-Moulins de Toul et sur le Tombel ou marché au bois. Comme émoluments, il était exempt des charges

(1) Cette question si obscure dans Benolt-Picart (p. 139 et suiv.) et dans les historiens toulois, s'éclaircit quand on consulte les lfémotre.s de Jean Du Pasquier, procureur-syndic de la cité de Toul, au milieu du xvii* siècle. Le manuscrit original, écrit de 1655 à 1658 et possédé par la bibliothèque de Nancy (n* 950,84), a été publié, en 1878, par MM. Daulnoy et Pillement : Mémoires de Jean Du Pasquier. Toul, Lemaire, 1878.

Je dirai plus loin, et je crois bon de le dire d'avance, que je suis loin de prétendre que cette organisation a été créée tout d'une pièce, par Gilles de Sorcy. — Mais j'ai préféré faire ici un tableau complet de la vie municipale II Toul, afin de facUiter au lecteur l'intelligence des événements.

300 LIVRE IV. — l'agitation communale

de la ville et il touchait sur le fromage, le beurre, les citrons, les oranges, les marrons, etc., certains droits utiles qui pouvaient lui valoir de cent à cent cinquante livres par an. Il pouvait aussi tenir tous les ans, dans le cloître de Saint-Gengoult, les hannaux ou anna^w: il s'asseyait dans un fauteuil préparé sur une estrade et tenait en main une grande clef d'argent, et tous les habitants de la ville, même les gens du chapitre et des abbayes suburbaines, étaient obligés de comparaître devant lui. Cette cérémonie dégénéra bien vite en une véritable comédie : les assistants criaient de toutes leurs forces hennin, hennan et poussaient d'autres clameurs impertinentes ou ridicules: aussi fut on contraint de tout supprimer, au grand chagrin des amateurs de désordre (1).

Les Dix étaient choisis chaque année par l'évoque, le jour de la Saint-Remy, parmi les trente membres du Conseil de Ville. Cette assemblée, véritable ordre sénatorial de la cité leuquoise, n'était convoquée que pour des affaires graves. Elle se recrutait par cooptation, parmi les anciens receveurs municipaux qui y entraient de droit, ou parmi les bourgeois riches et généreux qui pouvaient offrir à la ville une somme d'au moins six cents francs, pour équilibrer ses finances. Le gouvernement de Tout était donc aux mains d'une oligarchie, caste riche et fermée, qui formait une sorte d'aristocratie bourgeoise.

Chacun des justiciers présidait la ^Justice, c'est à-dire les Dix, durant environ six semaines ; il portait alors le nom de maUre des Dir, avait les clefs de l'hôtel de ville, convoquait ses collègues, proposâmes affaires, dirigeait les débats et jugeait seul, les lundis, mercredis et vendredis, sur ïembauchée ou perron de la maison commune, les affaires de minime importance. Il ne faut donc pas confondre, malgré l'analogie de leurs noms, le maître des Dix et le maître-échevin : le premier était le président du corps municipal; le second était, à proprement parler, le premier des échevins et par attribution spéciale, le chef de la ville ; n'étant pas nécessairement du nombre des justiciers, il était au-dessus, mais, pourainsi

H) Du PasqiiiPF, op. cit. 96.

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