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CHAPITRE II. — OllGANlSATION MUNICIPALE DE TOUL

L'organisation judiciaire à Toul n'était certes pas la simplicité même!

Tous ces tribunaux avaient, pour les aider dans leur tâche, des officiers subalternes, les enquerreurs, les sergents et les bannerets. Les enquerreurs, au nombre de cinq, étaient choisis par l'évoque, le môme jour que les Dix, sur une liste de dix noms, présentée par les magistrats sortants, ils débutaient dans leurs fonctions en offrant un banquet aux justiciers, anciens et nouveaux, à leurs prédécesseurs, au receveur, "au gabelier des vins de Tannée, à révoque et à son conseil : les Toulois ont toujours été des gens pratiques (1)!

Le dernier jour d'octobre, ils faisaient publier par toute la ville plusieurs ordonnances de police, avec cette formule : « De par Mgr l'évoque, son maître-échevin, dix justiciers de la ville, cité et université de la cité de Toul, etc.. » ; c'était comme l'édit du préteur : ou nommait cette proclamation le cri de la Toussaint.

Ces emiuerreurs étaient à la fois agents de police et juges d'instruction ; ils veillaient à la sûreté, à la décence et à la propreté des rues ; ils taisaient, nuit et jour, des rondes et des patrouilles, et ils frappaient souvent à la porte des boulangers pour voir s'ils ne cuisaient point, au préjudice de leurs clients, « des pains petits et trop légers (2) » ; ils commençaient l'information pour les faits d'injures, de rixes, de batailles, de crimes, de sorcellerie et renvoyaient les coupables aux justiciers ou à la taxe, selon les cas.

Ils tenaient leurs séances à l'hôtel de ville, dans la chambrotte, les lundis, mercredis et vendredis, à huit heures du matin, et plus souvent quand il était nécessaire. L'un d'entre eux était, tout en-

(i) Outre le chapitre de Du Pasquier sur les enquerreurs [op. cit., p. 85 et sq.), nous pouvons consulter le Livre des Enquerreurs de la Cité de Toul, manuscrit conservé à la bibliothèque de Toul (in-4% 104 pp.). C'est un journal fort curieux de ces modestes fonctionnaires, avec poèmes, satires, bons mots, éphémérides locales, récit des événements contemporains. H. Lepage a consacré à cet ouvrage un article très intéressant dans les Mémoires de la Société d'Archéologie lorraine, VIII, p. 477 et sq.

(2) Lepage, op. cit., 189.— Ainsi, en 1502, les enquerreurs de la ville trouvent chez le fournier du chapitre des pains qui n'ont pas le poids. Ils le défèrent aux chanoines qui ordonnent la saisie de toute la caite au profit des pauvres (Aroh. de M.-et-M., G. 74, f XLII).

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semble, président et secrétaire et tenait leur livre au courant. Au inur, se trouvait un râtelier pour suspendre les gages saisis sur les délinquants et un tronc pour déposer le produit des amendes, perçues à leur prolit ou versées par eux quand ils manquaient à leurs obligations. C'étaient en général de braves bourgeois, gais compagnons, qui aimaient rire et encore mieux boire. Ceux de 1594 tirent peindre le Crucifiement sur leur registre, préférant, disent-ils, (( employer leurs amendes et droitures de la chambrotte pour ce regard qu'à taverner ordinairement (1). » Mais tous n'étaient, ni si pieux, ni si raisonnables, du moins s'il faut en croire les vers satiriques que les secrétaires de la corporation n'ont pas dédaigné de mettre dans leur livre. Ils ressemblaient plutùt à ceux-ci, qui sié gèrent dans la chambrotte, je ne sais plus en quelle année :

« Jean Thibert, clerc des Enqiierreux,

(( Buvait du vin assez pour de.ux ;

« Nicolas Pagel veut toujours trinquer,

(( Et Bastien Royaumeix veut toujours dîner:

(( Pierron Hocquard, il aime fort le lard? (2) »

Le besoin de l'assonance est peut-être responsable de ces médisances quelque peu lorraines; mais combien auraient signé cette phrase légèrement bachique: « J'aimerais mieux aller sans chausses et sans cotillon et boire du bon (3) »? Ce n'est pas pour rien que l'on est du Toulois !

Les six sergents, sortes d'appariteurs vêtus d'une tunique aux couleurs de la ville, étaient nommés par le maître-échevin et les Dix et ils étaient révocables à leur gré : ce que leur rappelait une cérémonie assez curieuse. Aussitôt après la création de la justice, au mois d'octobre, ils entraient dans la chambre de ville, déposaient sur la table la baguette, insigne de leurs fonctions, et ne la reprenaient que sur Tordre des nouveaux magistrats. L'un d'eux était à la disposition du maître-échevin et portait le nom de sergent du Tombel; un autre servait les enquerreurs, signifiait leurs

(1) Lepage, op. cit., 1119.

(2) Ibid,, 193.

(3) Ibid., 199.

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