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CHAPITRE lî. — ORGANISATION MUNICIPALE DE TOUL

sentences, exécutait leurs arrêts et, s'il faut en croire de mauvaises langues, avait le soin de la buvette :

« Et, pour un sergent fort fidèle,

« Pierron Barotto qui, sans querelle,

a Faisait tout devoir et bon

« D'aller qnérlr du vin très bon

« Pour boire les bons compagnons (1). »

Les autres étaient au service des Dix et des échevins; ils avaient, entre autres avantages, un dîner que leur offraient, au jour du mardi-gras, les Bénédictins de Saint-Mansuy (2). .

Ils étaient aidés dans leur charge par les quatre bannerets. Ces derniers, autrefois porte-bannières et chefs des quartiers, perdirent dans la suite toute importance : c*étaient, au temps de Du Pasquier, (( de pauvres gens qui n'avaient plus d'autres fonctions que d'avertir les bourgeois de ce que les Messieurs ordonnaient, lorsque quelque chose se devait faire hastivement et que les sergents n'y pouvaient vaquer (3) >). On les confondait parfois avec les sergents, et l'on disait alors indiiléremment les dix bannerets ou les dix sergenls(4). Ajoutons le receveur, legruyer des bois, les dix gardes des vignes, les deux gardes des champs, les deux gardes du IJanil (5), tous nommés pour un an par les Dix, le crieur de ville, les deux portiers de la porte La Place et des portes du Guet et Malpertuis, le maitre des œuvres ou architecte, également à la collation des magistrats, nous aurons la liste de la plupart des agents et des fonctionnaires municipaux.

Le centre de la vie communale était au quartier Saint-Gengoult. On s'y trouvait à une distance raisonnable de l'évôché et de la cathédrale. Les deux chapitres étaient quelque peu rivaux : une sonnerie de cloches intempestive, une rencontre de processions, une question de préséance ou de costume, que sais-je ? suffisait pour rallumer la guerre (6). Les chanoines de Saint-Gengoult étaient

(1) Lcpage, op. cit., 191.

(2) Arch. de Toul, JJ. 4, 507.

(3) Du Pasquier, 89.

(4} Arch. do Toul, BB, passtm.

(5) Danil^ canton de terres, le long de la Moselle, en amont du Tombe l et des Grands-Moulins.

(6) Arch. de M.-et-M., G. 73 et 74, passim.

306 LIVRE IV. — l'agitation communale

donc les partisans nés de nos bourgeois ; la, communauté de querelles faisait la communauté d'intérêts.

L'hôtel de ville s'élevait sur la place du Pilori, devant leur collégiale (1) ; la tour de leur église servait de befiroi et renfermait la bancloche (2), ou la « Gengoul, cloche touloise qui trois milz et cinq centz poise ». C'était chez eux que se célébraient les fêtes religieuses de la cité ; dans leur cloître, le maître échevin présidait les bannaux et, sur la place voisine, se tenaient les foires, les marchés et les assemblées du peuple.

Toutefois, le sceau de Vhôtel commun de la tille de Toul, en l'an 1304 (3) n'indique nullement d'antagonisme entre les citains et le chapitre: il est rond, porte comme champ le martyre de saint Etienne, patron de la cathédrale, et comme légende : S. VNIVSITAT. CIV. TVLL. En 1418, sa forme était ovale ; sa légende était la même ; le champ représentait une porte de ville fortifiée et, au-dessous, dans la pointe de l'ovale, le martyre de saint Etienne. Plus tard seulement, la cité adopta le T gothique, resté dès lors dans ses armoiries, avec la belle devise: « Pia, prisca et fidelis (4) ». Le contrescel varia souvent : en 1485, il portait TVLLVM SECRETVM.

Comme ressources financières (5), la ville avait le prêt, impôt personnel ; les gabelles, impôts indirects ; le tiers des grosses amendes, le revenu de ses propriétés et de ses forêts. Les gabelles se levaient sur les bois vendus au Tombel, sur les huiles, sur les harengs et autres poissons salés, sur les draps et les toiles, sur le pain, sur la viande, sur le vin. Les marchands payaient leur place au marché et les conducteurs de chars remplis de grains ou

(1) Voir les plans de Taul au XVII* siècle.

(2) Lepage. La Bancloche de Toul. — La Gengoul suscita, au xvi* siècle, un grave procès entre les bourgeois et les chanoines de Saint-Gengoult. (Arch. do Toul, FF. 5.) Sauvée pendant la Révolution, elle fut donnée à la paroisse Saint- Étienno (cathédrale) et refondue plus tard, lors de la formation d'une nouvelle sonnerie.

(3) Robert, Sigill. de Toul, lli et sq. — Lemoine, Diplomatique pratique, p. 71-79. — Nalalis de Wailly, Éléments de paléographie, II, planche 9.

(4) Les armes de Toul sont de gueules au T fleuronné d'or, avec la devise: Pia, prisca et fidelis. Je ne sais, ni quand, ni pourquoi elle a pris cette devise. Les fleurons n'ont été ajoutés au T qu'après la réunion de Toul à la France.

(5) Du Pasquier, Mémoires, passim.

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