CHAPITRE II. — ORGAiNISATION MUNICIPALE DE TOUL
d'autres denrées, devaient acquitter un droit d'entrée, aux portes de la ville. Tous ces impôts s'affermaient chaque année à la Saint- Simon, à la Toussaint ou à la Saint Martin, et la perception en était abandonnée au plus offrant et dernier enchérisseur.
Le pnH, son nom l'indique, fut d'abord une cotisation personnelle consentie parles bourgeois ; mais, à la longue, cette cotisation libre devint un impôt forcé. Aux précautions que l'on prenait pour la proclamer, on peut soupçonner que cette contribution n'était pas toujours acceptée de bon cœur. Le 17 novembre, sur les deux ou trois heures du matin, les quatre derniers justiciers, le secrétaire, les enquerreurs et les sergents parcouraient les rues de la ville et publiaient à haute voix et en nommant les intéressés, le montant du prêt pour chaque bourgeois. C'était soi-disant pour que chaque contribuable, étant en repos dans sa maison, pût mieux entendre le montant de sa taxe : belle raison! ne dormait-on point à Toul? surtout quand il s'agissait d'argent à verser. Mais le véritable motif, c'était la crainte d'une émeute. Sans doute, on était fier d'être organisé en commune ; on prétendait que la qualité de bourgeois de Toul équivalait à la noblesse ; on publiait bien haut qu'un enfant de Toul pouvait « succéder par tous les pays, provinces et royaumes, sans être tenu, ni réputé aubain en aucun lieu (1) » ; mais on aurait voulu que l'autonomie ne coûtât rien !
Cela fait, les magistrats allaient se remettre de leur émotion dans un banquet ; c'était le receveur qui le leur offrait et dépensait d'avance, dans ce festin d'apparat, ses deux cents francs d'émoluments. Sans doute, son année de charge révolue, il avait l'espoir de passer dans le conseil et dans le corps des Dix, mais c'était acheter bien cher un tel honneur : aussi, peu à peu, le poste fut-il déserté et il fallut, pour trouver des hommes, renoncer au repas traditionnel : ce dut être un rude sacrifice pour nos sénateurs leuquois.
Avec ces recettes, en somme peu considérables, car la ville était petite, le nombre des bourgeois restreint et le commerce assez
(1) Voir cette curieuse dissertation dans les Mémoires de Du Pasquior, p. ICI et sq.
308 LIVRE IV. — l'agitation communale
mort (en 1655, le total se monta à 15,623 fr., 3 gros, 8 deniers) (1), la commune devait pourvoir au traitement de ses magistrats et de ses fonctionnaires, aux honoraires des prédicateurs de l'Àvent et (lu Carême en Téglise cathédrale, à l'entretien des murs et des édifices municipaux, au paiement des droits de garde promis aux seigneurs voisins, etc., sans compter les dépenses extraordinaires, occasionnées par les guerres, les procès ou la réception de grands personnages. Le receveur avait donc souvent sa bourse vide ; pour la remplir ou pour faire honneur à leurs créances, les Dix devaient augmenter le prêt, créer de nouveaux impôts ou chercher de nouveaux contribuables ; ce fut Tune des grandes causes des contestations avec le chapitre.
Les bourgeois, pour la milice, étaient répartis en six compagnies, (lyant chacune un capitaine, un lieutenant et tin enseigne. Plus lard, ils eurent aussi des compagnies d'arbalétriers, d'arquebusiers et de couleuvriniers (2).
Ils s'étaient aussi, comme partout ailleurs, formés en corps de métiers et en confréries (3). Là principale confrérie était celle de Saint-Nicolas-deS'Clercs; elle se composait d'ecclésiastiques, d'avocats, de procureurs, de tabellions et de citains, se réunissait à Saint- Jean, puis à Saint-Waast à partir de 1378, avait pour maître l'oflicial du chapitre et élisait, tous les trois ans, un gouverneur, un assistant, un procureur et un receveur. Les membres étaient obligés de se rendre à la messe et aux vêpres, aux deux Saint- Nicolas d'hiver et d'été (4), à la Sainte-Catherine, à la Sainte-Yves et à la Saint-Michel ; ils devaient visiter leurs confrères malades et assister aux funérailles des associés défunts.
Celte confrérie était donc mixte ; quant aux corporations, elles
(1) Du Pasquier donne le compte complet des recettes de l'année 1655. (op. cit., 253 et sq.)
(i2) Arch. de Toul, EE.— Lepage, dans ses Archives de Tout, en donne le règlement (p. 47 et sq.). — /6td., CC. 9.
(3) Lepaf^e, Coup dUril sur l'hiatoire des corporations d'arts et métiers dans la Lorraine, le Barrois et les Trois-Écechés. {Congrès scientifique de France^ 18.^0, II, 223.)
(4) 6 décembre et 13 mai. A cette seconde date, TÉgliso do Toul fêlait la translation dos reliques du Patron de la Lorraine.