CHAPITRE II. — ORGANISATION MUNICIPALE DE TOUL
rancîcnne organisation féodale qu'il laissa subsister, le gouvernement municipal qu'il avait vu fonctionner dans les deux autres cités.
Il y eut dès lors à Toul trois états : Tévôché avec ses serviteurs, le chapitre avec ses ministé'iaiuc, l'université des bourgeois. Les deux derniers, indépendants l'un de l'autre, étaient vassaux du premier ; mais, ni l'un, ni l'autre n'avait de territoire bien déterminé : ils se pénétraient de toutes parts. De plus, à côté, mais en dehors de ces trois états, vivaient les clercs et les moines, justiciables seulement de leurs officialités respectives ; ce qui était loin de simplifier les choses.
L'évéque, au jour de son entrée solennelle, avant de monter sur sa mule superbement empanachée et de franchir la porte de la ville, jurait « de maintenir les citains en leurs franchises et libertés (1) » ; mais il n'avait nullement abdiqué tous ses droits de souveraineté. Il gardait la haute main sur toute l'administration ; il intervenait dans les élections importantes, dans la création de nouveaux impôts et dans le jugement des causes considérables ; il était représenté par les échevins et surtout par son maire^ l'ancien villicus, ofïicier dont nous ne pouvons guère aujourd'hui préciser les fonctions (2), et, chaque soir, Je maître des Dix lui apportait les clefs de la ville.
Les Toulois reconnaissaient sa suzeraineté par d'imposantes cérémonies. Le 23 avril, jour fixé pour la création du premier magistrat de la cité, le maître-échevin encore en charge, les dix justiciers, le procureur et le secrétaire, se rendaient processionnellement, précédés des six sergents, de l'hôtel de ville au palais épiscopal, et entraient dans la grande salle où l'évoque, son vicaire général et son conseil les recevaient, siégeant autour d'une vaste table. Le procureur présentait alors au prélat une lettre scellée du sceau de la commune et contenant les trois noms proposés et, tandis que les députés attendaient modestement, assis sur des
H) Arch. de Toul, JJ. 3, V 59.
(2) On confond parfois le maire avec le maltre-échevin ; ailleurs, on peut avoir raison : à Toul, on aurait tort. — Cf. Arch. de Toul, JJ. 4, f" 356.
312 LIVRE IV. — l'agitation communale
banquettes, Tévêque prenait Tavis de son conseil et désignait le candidat préféré.
L'élu, qu'on allait immédiatement prévenir, s'il n'était point là, jurait sur les saints Évangiles de maintenir a les droits de Monsieur l'évéque, de son évêché et de la cité » ; il se rendait ensuite à la cathédrale et, devant l'autel de Notre-Dame-au-pied-d' argent ^ il promettait solennellement de respecter les privilèges du chapitre et de l'Église de Toul (1) ;■ puis, cette double formalité étant accomplie, on le reconduisait dans sa maison, pendant que les arbalétriers de la ville tiraient des coups d'arquebuse en son honneur. La journée se terminait par un grand festin, offert par le nouveau magistrat à l'évéque, à son conseil et au corps de ville.
Des cérémonies analogues avaient lieu pour la nomination des justiciers et des enquerreurs ; toutefois, malgré ces protestations et ces banquets, les bourgeois sentaient vivement leur sujétion et ils aspiraient à une liberté complète. Gilles de Sorcy leur avait donné l'autonomie : ils voulaient l'indépendance. C'est d'ordinaire ainsi que les choses se passent en ce monde.
Les rapports des citains avec l'autre état, c'est-à-dire avec le chapitre de la cathédrale, étaient beaucoup plus complexes. Si les chanoines avaient habité un quartier distinct, isolé par des murs du reste de la ville, en communication avec l'extérieur par une porte spéciale, on aurait peut-être pu vivre en paix, mais leur cloître était compris dans l'enceinte et beaucoup avaient leur demeure canoniale, non point à l'ombre de Saint-Étienne, mais dans les divers quartiers de la cité.
(1) Voici le procès- verbal de l'une de ces prestations de serment: elle est iïvée des registres capitulalres de l'an 1500 {Àrch. de M.-et-M., G. 75).
Suscrihuntur Juramenta magistri scabinorum et justitiariorum^ ab anno Dni M, C.
« Ànno Dni M. C., indictione III, die vero XXIII mensis aprilis^ pontificattis S"* D7ii Àlexandri papœsexti, anno octavo^ in eccleaia Tultensi^ hora majoris missœ, supra altare Beatœ Mariœ Virginis rétro majus altare dictœ ecclesiœ, nobilts vir Symoninus Boyleaus, electus pro hoc anno magiater scabinus civitatis tullensis, prœstitit juramentum ad et supra sancta Dei Evangélia. more consueto at p'rout in juramento descripto in libro Evangeliorum TullenMs ecclesiœ in fine coniinetur. Supra quœ venerabilis Dnus Decanus et Capitulum dictœ erclesiœ Tullensis petivertintinstnimenturn,... »