‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 152 sur 265 · CHAPITRE II. — ORGANISATION MUNICTPALE DE TOUL · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — ORGANISATION MUNICTPALE DE TOUL

de forcer à l'occasion une maison canoniale, pour saisir un coupable qui s*y était réfugié (1), et les chanoines protestaient à leur tour. Souvent, tout s'arrangeait à l'amiable; mais, dans certaines périodes critiques, une contestation de ce genre dégénérait en émeute.

Et ces querelles étaient inévitables. Les enquerreurs avaient la police de la ville et la surveillance des marchés : or, les pelletiers jouissaient du monopole de la venaison et le maître-pelletier était Tun des hommes du chapitre (2j. S'il exposait des viandes trop avancées, que pouvaient faire les enquerreurs ? les confisquer ? Ils excédaient leurs pouvoirs; se tenir dans une prudente réserve? ils s'attiraient les reproches des vendeurs et surtout des ménagères. C'était vraiment une position difficile.

Et les remparts, qui contribuerait à leur réparation, à leur garde en temps d'alerte ? les citoyens ? et pourtant les chanoines en profitaient autant que les habitants ! et la partie qui touchait au cloître, à la cathédraJe, au château épiscopal, à qui appartenait-elle ? Autant de sujets de litige. Le chapitre, quand il était d'humeur conciliante, consentait bien à garder ou à laisser garder le coin qui semblait lui appartenir ; mais il avait soin de faire constater que, s'il cédait, c'était de son propre mouvement, par pure faveur et sans précédent pour l'avenir (3); mais, quand il était mal disposé, il fallait, ou que l'enceinte restât dégarnie, ou que les bourgeois entrassent en conflit.

Involontairement, en lisant l'histoire de la révolution communale à Toul, on pense à la petite ville dont parle La Bruyère : de loin, c'était le paradis sur terre; y avait-on passé deux nuits, on

(1) Lcp., Comm., II, 572-573. — Arch. de M.-et-M., G. 69, f 26.

(2) Lcm., III, 58.

(3) 13 octobre 1432. Lettre de non-p^<^judice, donnée par le coDsell de ville à Messieurs du chapitre, que la permission accord (^e par ces derniers de placer du guet, sur les mur des loges, derrière Saint-Waast, ne pourra nuire aux droits, franchises et exemptions du chapitre. (Lem., III, 39.)

Juillet 1439. Le maltre-échevin et les justiciers représentent au chapitre que, pendant les temps des moissons, beaucoup de leurs concitoyens étaient dehors : ils le prient de venir en aide au guet, sans préjudice de ses droits. Le chapitre y consent, mais en faisant ses réserves pour l'avenir. (Arch. de M.-et-M., G. 74, f* 31. — On pourrait multiplier les exemples.)

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en voulait sortir. Dans un tel chaos de juridictions et de privilèges, avec une bourgeoisie aussi turbulente, un chapitre aussi tenace, des épiscopats aussi peu durables, les moindres incidents pouvaient et devaient dégénérer en luttes armées. Pendant trois cents ans, Toul allait être un véritable champ de bataille. La guerre eut sans doute ses moments d'accalmie ; mais elle ne cessa réellement qu'avec l'indépendance de la cité : la France ressuscita, au détriment de nos bourgeois, la vieille histoire de l'huitre et des plaideurs.

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