CHAPITRE m
Premières luttes avec les Evêques (1285-1 30B)
Gilles de Sorcy prévit-il toutes ces luttes ? oui, sans doute, car il confirma au chapitre le droit de prendre dans la ville et les faubourgs des ministériaiÂX qui seraient exempts de la juridiction et des charges de la cité (1), et, pour se protéger lui-même, il fortifia son hôtel épiscopal, situé près de la cathédrale, à l'angle nord-est des remparts (2). Ceci déplut fort aux Toulois, particulièrement au maître échevin, déjà mécontent de l'amoindrissement de son pouvoir. Ils firent appel aux Messins, mirent le siège devant le château, le prirent, le pillèrent et le démolirent. Le prélat dut chercher un refuge et de l'aide à Nancy ; mais bientôt, avec le secours du jeune duc Ferry III et du comte de Bar, il réduisit ses sujets à la raison, les forçant à reconnaître son autorité et à relever eux mômes le château, objet de leurs haines et de leurs colères.
Non content d'exiger cette réparation, il voulut rétablir un ancien droit des évêques deToul et se faire défrayer, lui et sa maison, par les habitants, pendant le mois d'avril de chaque année. Il prétendit même obliger les bourgeois à lui payer les arriérés, à dater du moment où cet usage était tombé en désuétude. C'était manquer de mesure et pousser les choses à l'extrême : aussi le peuple commençait-il à s'agiter quand Thibaud de Bar, Jacques de Lorraine, évoque de Metz, et Philippe de Florenges, grand-prévôt de St-Dié, s'interposèrent et obtinrent une transaction : les ci tains payeraient
{is Lem. I, 77.
(2) Il s'élovait sur remplacement de l'hôtel de ville actuel, anodoo palais épiscopal construit au xviii' siècle.
318 LIVRE IV. — l'agitation communale
à révéque seize livres toulois par an, et chaque évêque, au jour de son sacre ou de son entrée solennelle, leur offrirait quarante mesures de vin, huit cents livres de pain et un bœuf bouilli avec des pannées pour la milice et les pauvres de la ville.
Ferry III, comme sa mère, n'était pas scrupuleux observateur des traités ; il favorisait indifiéremment tous les partis. En octobre 1235, il avait, de concert avec Thibaud de Bar, décidé que, ni Tun, ni l'autre ne prendrait sous sa garde l'évoque de Toul ou celui de Metz (1) ; puis, en 1261, il avait vendu le comté de Toul à Gilles de Sorcy : c'était réaliser l'un des projets que nos prélats avaient le plus à cœur. Dans ces temps troublés, les comtes, soi-disant mandataires de l'évoque, n'étaient que trop portés à prendre le parti du peuple pour augmenter leur influence aux dépens de leur seigneur et maître. De ministres, ils étaient devenus des rivaux dangereux : il fallait donc les supprimer ou renoncer à son autorité. Déjà Renaud de Senlis avait prêté 350 livres provins sur ce fief à Frédéric V, de Fontenoy-en-Vosge, dans le secret espoir de le réunir au temporel ; Roger de Marcey, poursuivant le même but, avait remboursé au duc Mathieu II cinq cents livres qu'il avait engagées sur le même cautionnement à Eudes de Lorraine, fils de Frédéric V ; mais le duc Ferry III avait acheté le comté à son cousin Eudes, avait payé toutes les créances et semblait vouloir contrebalancer le pouvoir des évêques, quand, tout d'un coup, il céda son acquêt à Gilles de Sorcy (2). Le besoin d'argent ne fut sans doute pas étranger à ce changement de front, mais le prélat n'eut garde de manquer l'occasion.
Du reste, les rapports n'en devinrent pas plus intimes, car, la même année 1261, en septembre. Ferry contracta un traité d'alliance avec les Toulois. Il se repentait peut-être déjà de sa résolu-
(1) Ck)urbe, ms. cit., I, 39.
(2) Ben. Pic, 13G. — Novembre 1161. Gilles de Sorcy promet de ne jamais mettre hors de ses mains le comté de Toul, par lui acquis sur Ferry III (Arch. de M.-el- M., B. 396, f» 45). — Toutefois, on trouve encore, en 1264, un Eudes, comte de Toul (B. 623, n« 3) ; en 1271, un Henri, comte de Bar et de Toul {Coll. lorr., 19 f» 20) ; vers 1290, un Eudes, comte de Toul, dont la veuve, Gillette de Passavant, épouse Jean du Châtelet en 1292 {Reg. de Nicolas /F, n* 6471). Mais ce ne sont plus que des titres honorifiques.