CHAPITRE m. — PREMIÈRES LUTTES AVEC LES ÉVÊQUES
fois qu'il en aurait besoin, cinq cents hommes, dont cent cinquante armés de cuirasses, et de le protéger contre tous ses ennemis, sauf le pape, l'empereur, le roi de France, les évoques de Verdun et de Metz.
Mais, avant de commencer ses revendications, il lui fallait demander l'investiture. Il partit donc pour Colmar, où se trouvait Rodolphe de Habsbourg, et revint à Toul, résolu à faire valoir ses droits. 11 manda le maitre-échevin et les magistrats et il leur ordonna de punir les auteurs de la sédition. Cette requête, pourtant si conforme à la justice, les révolta ; ils sortirent pleins de courroux, convoquèrent les habitants, décidèrent de soutenir leurs prétentions, les armes à la main, et envoyèrent demander du renfort aux Verdunois et aux Messins.
Conrad ne recula point ; il conseilla aux chanoines de se retirer en corps à Vaucouleurs, pensant que ce départ précipité ferait, à Toul et au dehors, une profonde impression. Lui-môme se retrancha dans les ruines de son château, fit pratiquer dans le mur de la ville contigu à révôché une porte de communication avec l'extérieur, appela le duc de Lorraine à son aide et lança l'interdit sur toute la cité.
Les bourgeois méprisèrent les censures; c'était une arme si usée! ils battirent les cent cinquante soldats que Ferry III envoyait à l'évéque; ils furent défaits à leur tour par une vseconde troupe accourue pour venger cet échec ; mais, forts des secours puissants qui leur venaient de Metz et de Verdun, ils croissaient en audace et paraissaient prêts à tout entreprendre.
Conrad crut prudent de mettre à profit sa nouvelle issue ; il laissa une garnison dans son château et se retira dans sa forteresse de Liverdun. Convaincu qu'il ne pourrait jamais compter sur une aide efficace du duc de Lorraine et du comte de Bar, trop occupés à leurs propres affaires et trop peu soucieux de soutenir quelqu'un qui ne pourrait les payer de retour, il alla chercher des auxiliaires de l'autre côté du Rhin. Mais les princes et les prélats d'Allemagne avaient bien autre chose à songer qu'à secourir le pauvre évêque de Toul ; seul, Henri, évoque de Bâle, comme lui religieux de saint François, consentit à lui prêter douze cents livres. Conrad revint à
324 UVKK IV. — l'agitation COMMINALK
Liverduii, abattu, mais non désespéré : il comptait sur la bonté de sa cause et sur le temps, ce grand justicier.
Débarrassés dtj leur évoque et du chapitre, les bourgeois pillèrent les maisons des chanoines et, pour surveiller le château épiscopal, ils bâtirent à cùté, sur le rempart, une tour qu'ils nommèrent Gloriette ou (Jui qu'en grogne (1) : le terme était peu parlementaire, mais il était significatif.
Le chapitre cependant s'était rapproché : de Vaucouleurs, il était venu se fixer à Blénod, sur les terres de Tévôché ; il rentra dans le courant de 1284, mais, respectant l'interdit, il ne reprit point ses ollices publics.
Conrad, de son côté, s'était ménagé en ville quelques partisans. Ayant reçu quarante hommes que lui amenait le princier de Verdun, Thomas de Blâmont (2), il résolut de tenter une surprise. A la faveur des ténèbres, la troupe verdunoise se rendit sans bruit sur le bord du fossé, vis à vis de la poterne épiscopale : la garnison du château prévenue veillait en silence, prête à lui ouvrir. Gomme il n'y avait pas de pont levis, il fallait franchir le fossé sur des barques. La traversée s'était opérée sans encombre : les soldats touchaient déjà le rempart, quand le guet les aperçut, du haut de la tour Qui quen grogne. L'alarme fut aussitôt donnée ; les bouchers accoururent et, de la tour et des murs, ils firent pleuvoir une grêle de traits. Pendant ce temps, d'autres bourgeois sortirent par la porte La Place et leur fermèrent la retraite. Le princier fut blessé d'une llèche et resta prisonnier ; plusieurs des assaillants périrent ou tombèrent entre les mains des Toulois; ceux qui purent s'échapper coururent à Liverdun annoncer à Conrad le triste résultat de leur tentative. Quant aux citains, [)lus fiers et plus insolents que jamais, ils chassèrent les officiers et les serviteurs de l'évoque et ils obligèrent les chanoines à reprendre le chemin de Blénod : tout était à recommencer.
(1) La tour fut démolie, lors delà construction des nouveaux remparts, vers 1700; mais la rue tiul passait à cùté h conservé ce nom, curieux souvenir des luttes communales.
|2) Thomas de Blàmont, vidame de Reims, était le fils de Ferry I" sire de Blâmont. H reçut la princerie de Verdun en juillet 1275 (Reg. Grégoire A', n*' 17 et 618y et fut évoque de Verdun de 1303 à i:JO:i Cf. De Martimprey, le.s' comtes (le Jildmont^ dans Mém. Soc. Arch. Lorr., 18ÎK), p. y3 et sq.».