‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 157 sur 265 · CHAPITRE m. — PREMIÈRES LUTTES AVEC LES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — PREMIÈRES LUTTES AVEC LES ÉVÊQUES

pourtant, ils croyaient à la légende : les registres capitulaires en font foi.

Conrad Probus ne se découragea point de son échec : il obtint de ses collègues de Metz et de Strasbourg un renfort de trois cents hommes. Devenu puissant, il se fit craindre. Les ci tains, du reste, commençaient à se lasser ; les Messins ne mettaient plus à les secourir la môme ardeur qu'aux premiers jours et Ferry III leur déclara, le 19 octobre 1284, que s'ils ne s'en rapportaient point à la décision de leur évêque, il prendrait fait et cause contre eux (1). Us sollicitèrent la paix et se remirent à la discrétion du prélat.

Conrad fut très dur: il leur dicta, en mai 1285, un traité qui semble plutôt émané d'un vainqueur que d'un combattant longtemps malheureux : en voici les principales clauses (2) ;

« Les citoyens feront rétablir à leurs dépens, avant la prochaine Saint Remy (3), les édifices abattus qui dépendent de l'église, du chapitre ou des chanoines, en particulier le château épiscopal.

(( lis rendront intégralement, avant la Saint-Jacques de juillet, ce qu'ils ont pris à l'évoque ou au chapitre, ou ce qui a été perdu par force ou par violence.

(( Ceux qui ont brisé les portes de l'église, volé le trésor, emprisonné les chanoines, iront sans tarder en pèlerinage à Saint- Jacques de Compostelle et y séjourneront un an entier.

(( Vingt-sept des plus coupables, cités par leur nom, sortiront de Toul et ne pourront s'en approcher de plus de deux lieues.

« Trois autres seront conduits à la prison du chapitre.

« La maison de ville où les chanoines ont été tenus prisonniers, sera démolie dans les vingt jours et ne sera jamais reconstruite, ni là, ni ailleurs.

« L'évoque pourra faire une porte donnant de sa cour dans la

(1) Lcm., I, 178.

(2) Ibid., 82. — Ben. Pic, Preuves, CXVI etsq.

(3) Le château épiscopal n'était donc pas entièrement démoli, comme lo dit Benoit- Picart, car il n'aurait pu être reconstruit en quatre mois.

328 LIVRE IV. — l'agitation COMMINALK

campagne, avec un pont-levis sur les fossés et s'en servir à sa volonté, lui et les chanoines.

« Tous les ans, aux deux fêtes de Saint-Etienne (1), le maîtreéchevin offrira, à la grajid'messe, au nom de la cité, cinq cierges d'un quart de cire chacun, sous peine d'une amende de cinq sous toulois, par jour de retard.

(( Tous les cilovens de Toul iront au-devant des chanoines à leur retour de Blénod, pieds nus, tête découverte, jusqu'à Saint- Georges (2), criant merci à mains jointes et à genoux, et ils jureront de ne plus jamais faire aucun tort à l'Eglise. »

Les bourgeois s'exécutèrent sans mot dire : il fallait qu'ils se sentissent bien faibles pour accepter de telles humiliations ! Il eût peut-être été plus sage et certainement plus apostolique de ne point pousser les choses à cette extrémité: ce n'est jamais sans péril que l'on froisse l'orgueil des masses. Conrad crut devoir montrer de la fermeté : il eut raison ; mais il confondit la fermeté avec la rigueur: en cela, il eut tort et il irrita profondément les passions populaires.

Le prélat et le chapitre revinrent à Toul et Conrad profita de la soumission de ses bourgeois pour régler à nouveau une question déjà traitée sous l'épiscopat précédent: le droit qu'avait l'évêque de se faire défrayer pendant un mois. Gilles de Sorcy avait consenti à une transaction : il s'était contenté d'un cens annuel de seize livres touloises et il avait promis en retour une distribution gratuite à chaque nomination d'évêque. Conrad porta la rente à quarante livres et ne fit plus mention de la promesse {*\], Les Toulois apprirent ainsi, à leurs dépens, combien il est dangereux de s'attaquer aux puissants.

Il est vrai que le prélat se trouvait dans une situation financière fort embarrassée: en 1286, il dut engager à Bouchard, son collègue de Metz, l'abbave de Saint Sauveur et son territoire, avec le droit d'y battre monnaie (4).

(1) 26 décembre ot 3 août.

(2) St-Georges, prieur*'; situé prfts de Sainl-Epvro, sur la route de Blénod.

(3) Ben.-Hc, Pr. CXVII.

(4) Brouilly, Défense de l'Église de Toul, 29.

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