‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 158 sur 265 · CHAPITRE III. — PREMIÈRES Ll'TTES AVEC LES ÉVÊQIJES 32ÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — PREMIÈRES Ll'TTES AVEC LES ÉVÊQIJES 32ÎI

Les Toulois ne purent encore rester en repos. Ils avaient établi un coupel ou droit sur la vente des blés, des vins et des autres denrées, et ils voulaient y soumettre les sujets de Tévéché, du chapitre et des abbayes. Conrad fut obligé de leur rappeler, en mars 1290, que les officiers de Tévêque et des chanoines étaient exempts des charges et des impositions de la cité (1).

Il ne soutint pas avec moins de courage les intérêts financiers de son Église. Ayant reçu du Siège Apostolique l'autorisation de lever, en 1188, la d\me saladine pour subvenir aux dépenses de la Croisade, les rois de France s'étaient vite habitués à compter sur les biens de TEglise et, à propos 'de toute expédition, politique ou religieuse, ils imploraient de Rome la levée d'une nouvelle décime ou du moins d'un vmgtième (2). En une période d'un siècle, de 1188 à 1290, on avait compté quarante-trois de ces contributions extraordinaires. La charge pesait donc très lourdement sur les diocèses de France ; Taffectation des revenus ecclésiastiques à des affaires politiques excitait une vive répulsion et la fréquence de ces impositions faisait concevoir aux évoques et au clergé de légitimes appréhensions.

La ville de Toul et la plus grande partie du diocèse étaient pays d'Empire: mais beaucoup de paroisses étaient situées en France: c'était un motif plus que suffisant pour que le roi prétendît étendre la levée des décimes sur ces parties de son royaume. En 1274, Simon, cardinal de Sainte-Cécile, légat du St-Siège, avait prêche la Croisade en France et Grégoire X, renouvelant un privilège accordé à saint Louis, six ans auparavant, par Clément IV, son prédécesseur, l'avait autorisé à lever les décimes dans tout le royaume et notamment dans les paroisses françaises des diocèses de Liège, de Cambrai, de Verdun, de Metz et de Toul (3). La bulle pontificale fut accueillie de mauvaise grâce par le clergé toulois

qui craignait, non sans motif, que les deniers de l'Eglise ne fussent employés k des besoins profanes. Le prieur, le sous-

1) Lem., 1,84-80.

(2) Sur la décime, voir Luchairo, fnttttt. françaispa^ r»8f) of «sq. (.3) Reg. deGn>goirr X, n» CiOO.

prieur et le lecteur des Dominicains de Toul avaient été récemment menacés d'excommunication pour n'avoir pas voulu livrer au comte

de Luxembourg et au roi de France, sur la requête du doyen

d'Yvoy et de l'abbé de St Denis, l'argent recueilli pour le secours de la Terre-Sainte ; mais ils avaient obtenu gain de cause et un bref du pape Grégoire X leur avait permis de garder les sommes qu'ils possédaient (1).

En 1284, Philippe le Hardi obtint l'indiction d'une nouvelle décime et son extension aux parties françaises des diocèses frontières. L'empereur Rodolphe de Habsbourg se plaignit au pape de ce qu'il considérait comme un empiétement de la France. H n'obtint pas le rappel du privilège concédé ; mais, en 1287, sans doute pour lui donner satisfaction, Jean de Buccamali, légat du St-Siège en Allemagne, présidant un concile à Wurtzbourg, proposa aux évoques présents de voter les décimes pour quatre ans, en faveur de l'empereur. La plupart des prélats, par complaisance, avaient déjà souscrit à cette motion quand Conrad-Probus se leva, protesta avec éloquence et entraîna le vote de l'assemblée. Il encourut la disgrâce de Rodolphe et du légat; il fut môme excommunié par Buccamali ; mais il avait, du moins pour un temps, sauvé les revenus de son Eglise (2). D'ailleurs, ses représentations ne furent point vaines, du moins en apparence ; en août 1290, le pape Nicolas IV reconnut que l'induit qu'il venait de renouveler, l'année précédente, à Philippe-le Bel « pour imposer les décimes sur le clergé de France, pour la conquête du royaume d'Aragon, ne pourrait préjudicier à l'Eglise de Toul et que, par la suite, elle ne pourrait être soumise aux décimes qui se lèveraient sur le clergé de France, ladite Eglise étant du siège de l'Empire {3)». On sait ce que valaient ces lettres de non préjudice : elles regardaient toujours l'avenir ; mais cet avenir reculait sans cesse. Nous

(1) Ibid,, n"" 442. — En 1286, sur leur demande, Honorius IV leur permit de se décharger de la garde de ces deniers de la croisade sur le prieur de Saint- André d'Orviéto. [Reg, d' Honorius IV, n» 428.)

(2) Cf. Benoit- Picart, 460. Les décimes furent accordées pour trois ans à l'empereur, en 1302. (Ben.-Pic, 465.)

(3) Lem., I, 16. — Reg. de Nicolas IV, n» 2176.

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