‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 159 sur 265 · CHAPITRE m. — PREMIÈRES LUTTES AVEC LES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — PREMIÈRES LUTTES AVEC LES ÉVÊQUES

verrons TEglise de Toul soumise régulièrement aux décimes françaises et aux décimes impériales: c'était une conséquence trop logique de sa position géographique.

Celui qui défendait si bien les intérêts de son diocèse, savait en employer utilement les revenus. La cathédrale était loin d'être terminée ; les voûtes de la nef et des collatéraux n'étaient point achevées. Conrad entreprit de parfaire cette œuvre : il décida que le produit des bénélices vacants serait, pendant un an, affecté à cet effet: il poussa les travaux et il eut la joie de contempler le beau vaisseau de son église, débarrassé de tout échafaudage.

Il bâtit aussi le chœur des Cordeliers de Toul ; puis, voulant se ménager des jours de solitude et de recueillement, avant d'aller rendre compte à Dieu d'une vie si mouvementée, il supplia Nicolas rv d'accepter sa démission. Ce fut en vain: il dut restera son poste. Il n'en continua pas moins de soupirer après la retraite et, dans les premiers mois de 1295, Boniface VIII, écoutant enfin ses prières, lui permit de quitter son siège. A cette heureuse nouvelle, Conrad se hâta de prendre le chemin de Rome pour aller remercier le pape. Et, comme le chapitre, aussitôt que sa renonciation lui avait été notifiée, avait saisi une bonne partie de ses biens, Conrad profita de son séjour à la Cour apostolique pour attaquer cette spoliation. Il obtint gain de cause et un bref du 22 avril 1296 obligea les doyens, archidiacres et chanoines à restituer les biens qu'ils avaient soustraits, jusqu'à concurrence de mille livres tournois (1). Déjà, un autre bref, en date du 27 mars précédent, avait reconnu au prélat démissionnaire le droit à une rente viagère de deux cents livres de petits tournois, sur les revenus de l'évêché (2).

Conrad avait donc sa retraite assurée ; les évêques de Metz et de Bâle devaient au besoin contraindre les intéressés à exécuter les sentences pontiflcales (3); mais, il ne jouit pas longtemps de cette paix tant désirée: il tomba malade en revenant de Rome, mourut

(i) Reg. de Boniface Vlll, n- 1252. — Potthast, n« 24,323.

(2) Arch. Vatic, Reg. 48, p. 84 et 85. — Potthast, n" 24,306 et 24,307.

(3) Potthast, ihid.

1132 i.iVHK IV. — i.'acitation comminai.e

à CoDSlance, le 2 mai, sans ikmte de l'année 1297, et lut inhumé

dans le couvent des Frères-Mineurs de cette ville {i).

Usant (lu droit que lui conférait la démission du tilulaiie, !e pape avait, dès les premiers jours de 1296, transféré au sièfjedeToul Jean de Sierk, évéque d'L'Ireclil (2).

Jamais prélat ne fut plus pacifique.

Archidiacre de Trêves, il avait refusé.

par désir de la paix, les voix que plusieurs de ses confrères avaient voulu lui donner, 'h la mort du métropolitain, Henri de Fénélrange [128(>) (.3). Élu en 1288 évèque d'Utredit (4). il avait di\ faire violence à sa nature et revendiquer contre la noblesse les droits de son siège épiscopal. Depuis huit ans, il gouvernait ce dio cèse avec beaucoup de sagesse et de prudence, quand l'Église de Toul devint vacante. Pour quelles raisons accepta-t-il de quitter les Fajs Bas? nous l'ignorons (5); mais il s'était étran gement trompé, s'il avait cru trouver la paix sur les bords de la -Moselle: à Ufrecht, il avait eu affaire à l'arislorralie ; à Toul, il allait avoir .'i lutter contre une turbulente bourgeoisie.

m SrliFdjiliP, dans Cnlmet, I, c<;ixix. — Le AVrrofog^ iBibl. Xat., f'iiiibi latin, 10,018) ruppcllp sa mùmoiro au 1" mal.

(2) Bonlfacn VIII avertit Adolphe, roi des Romainii, que Jcan.éTl^up d't'Ircrht, a passé il l'évCnlié de Tout, vacant par la libre ri^xignatino de Cnnrad et le prin de ne pas \c lalKsrr molester iDjustemcnl. :) Juillet I20('i. — A rch. Valic, Reg. të p. ao. — Rpj. de mnifacf Vlll, n" ilfiit. — La maison àf. Sierk portait d'or fi l'aîglf de fable. L'écu donni' iri se trouve sur le eontro-seel d'un sceau rin Tri^sor des Chartes de Lormiue ilay. Roi'ièrfx, I, tti reproduit par Robert iSigill., pi. Vlll, n" I7i el donni^ dans le pn^senl ouvrage, h la lin de ee chapitre. l'p. 3361.

On a ((uelquetois ilonné k Jean île Sierk, d'aprj's Dom Calmel iXiilire de J.iirr., Slerk] un iVn ainsi lilasonni^ : d'nr a Mlle hitiidr de giievlfK rhiirgèe de Irnif coqutUen d'argent. Ilnliert iSùjtlI., S\) erolt ii une conlusion avec les armoiries de Jean de Heu, lcsi|uelle« étaient '/c pufii/px (> ta haii'le d'nrgent eknrgèe de trois coqiiilleK de anhle. (Voir plus loin.l

(3) Brow-nr, II, IG7. — Oilmnt, JII, iT.<.

Iti Eubol, 518. — Benoll-Pieart (p. 4631 place ii tort celle élection en 1288.

i'.'i Ce n'Olalt ccrtiiinemenl pas une question il'urKenl. eiir Ltrecht, aii point île vue de la mense i^piscnpale, i^tait bien supi^rleur à Toul. A l'Ireclit, Ih Inxe den bulles l'-lait de 4.000 Horins, tandis qu'fi Toul, elle n'i^lait que de îliDii l'Enbel, ;ÎI7 el 5.TO1.

CHAPITHE III. — IMIEMIÈRES LUTTES AVEC LES ÉVÈQL'ES Îi33

Bon et bieuveillaut comme il Tétait, il adopta une règle de conduite entièrement o[»posée à celle de son prédécesseur. Celui ci avait été ferme et môme cassant : il préféra la douceur et la conciliation. Mais ce qui était bienveillance, nos « Renfroynés », comme on les surnommait (1), le i)rirent pour de la faiblesse : ils n'eu furent que plus exigeants.

Dès la première année de son épiscopat, en décembre 129G, Jean alïerma à un citain, Simonin, dit Gujet, le privilège de battre monnaie dans Tout : sur chaque marc d'argent monnayé, cinq deniers seraient prélevés pour révoque et trois pour le monnayeur (2). Au mois d'août suivant, il reconnut aux bourgeois le droit de lever des tailles et des subsides sur les habitants de la ville, mais avec son autorisation préalable et pour des raisons sérieuses : ils présenteraient alors une liste de dix noms, sur laquelle il en prendrait cinq pour répartir cet impôt ; ils éliraient aussi, avec son consentement, trois ou quatre prud'hommes pour le percevoir, et ils devraient lui rendre compte de l'emploi de ces fonds, toutes et quantes fois il le demanderait (3). Précaution sage qui marque la sollicitude du pasteur i)Our son troupeau : c'était veiller à ce que le zèle des magistrats ne grevât point trop lourdement la bourse du pauvre, et à ce que la négligence ou la cupidité ne dilapidassent point les finances de la ville.

C.ette restriction déplut naturellement aux Toulois : iks n'en tinrent aucun compte ; ils décrétèrent les tailles et les contributions, sans en référer à l'évoque ; ils affectèrent de ne point lui remettre le soir les clefs de la ville ; ils refusèrent de payer au chapitre la rente semi-annuelle des cinq cierges. Bien plus, le jour des Hameaux 1298, ils firent irruption dans la cathédrale et troublèrent l'office i)ar leurs cris et par leur tumulte (4).

L'évéque et les chanoines, également menacés, firent une alliance défensive et, le vendredi après la fête de Saint-Pierre

ilj On disait les Isurier^i de Metz, les Musards de Verdun, les ii/i/ ru /w ou Renfrognés de Toul (Clouet, Hist. de Verdun^ II, o-iÉ).

(2) Bon-Pic, Cin.

(3) Ibid,, ex Vin.

(i; Ibid.

334 LIVRE IV. — l'agitation communale

1299, ils jurèrent sur les saints Evangiles de maintenin mutuellement leurs droits (1). Dans une autre charte de la même année, Jean de Sierk confirma l'exemption des sujets du chapitre domiciliés dans la ville et dans le bourg, et déclara les prendre sous sa garde, moyennant un cens annuel de douze deniers toulois par feu (2).

Les hostilités durèrent peu : les bourgeois ne pouvaient compter, ni sur Ferry 111 qui avait pris le parti de Tévêque, ni sur Henri, comte de Bar, qui, au mois d'août 1300, permit aux chanoines, sea amis, de se retirer dans son chAteau de Foug et interdit à ses sujets d'approvisionner les habitants de Toul (3) ; du reste, Jean, par amour de la paix, consentit à fermer la poterne ouverte par Conrad et à remettre à une- commission de huit arbitres, choisis à nombre égal par les deux parties, la solution de cette difficulté, agitée déjà tant de fois, de l'exemption des sujets du chapitre. Les citains s'engagèrent à payer intégralement leur tribut de cinq cierges : quant aux questions brûlantes des clefs et des impôts, elles ne paraissent pas avoir été soulevées (4).

La transaction était donc toute à l'avantage des Toulois, et c'est sans doute avec grand empressement qu'ils désignèrent leur quatre mandataires et qu'ils s'engagèrent, comme l'évêque et les chanoines, à se remettre à la décision des arbitres, sous peine d'une amende de mille livres toulois (o).

Les travaux de la commission durent être pénibles, car le résultat n'en fut connu qu'au mois d'octobre 1304. Le nombre des bourgeois serviteurs du chapitre qui seraient (( francs et quictes de cerchier, de gaietier, de chevaulchies, de tailles, de prises, de collettes et de toutes exactions, débites et fonctions publiques et communes » et justiciables des seuls tribunaux capitulaires, était fixé à treize, savoir ceux qui, par don ou par vente, auraient les sept métiers du chapitre, le maire, l'échevin, le doyen, le cellerier, le maitre fournier, et deux autres métiers ; de plus, un fournier pour cuire le pain du cloître, un messager et un bedeau pour le chœur ; enfin,

(1) Ben.-Pic, 464.

(2) Lep., Comm., II, 568.

(3) Lem., 1, 163.

(4) Lep., loc. cit.

(5) Lem., III, 5i.

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