CHAPITRE III. — PREMIÈRES LUTTES AVEC LES ÉVÊQUES
les trois serviteurs du trésorier qui surveillaient le trésor et les reliquaires aux jours de solennité. Les parents et les domestiques des chanoines qui habiteraient avec eux dans les maisons canoniales, jouiraient des mêmes exemptions. Quant aux hommes des prévôtés capitulaires qui viendraient s'établir à Toul, ils seraient soumis à toutes les charges de la cité (1).
Tant de condescendance de la part du préjat aurait dû désarmer nos citains : il n'en fut rien. Une nouvelle émeute ne tarda point à éclater; le doyen de Pont fut jeté en prison et les censures épiscopales, foulées aux pieds.
D'un autre côté, Jean de Sierk avait, avec les moines clunisiens de Froville et de Vandeuvre, de graves difficultés (2). II avait voulu exiger de ces deux prieurés le droit féodal de procuration (3) ; les prieurs avaient refusé, alléguant leur privilège d'exemption et Jean avait lancé contre eux une sentence d'excommunication. Mais les deux condamnés s'érigèrent en juges ; accompagnés du prieur de Relanges, ils se présentèrent à Toul en plein synode et, invoquant une bulle de Gélestin II qui permettait aux supérieurs de Cluny de frapper de censures ceux qui les molestaient injustement, ils excommunièrent l'évêque lui-môme.
Toutes ces luttes affectèrent profondément le prélat. Désespérant de faire quelque bien en Lorraine, il prit le parti de s'éloigner; il afferma le revenu de son temporel à son neveu, Philippe de Sierk (4), chantre de Toul et archidiacre de Metz, et il se remit avec ardeur à l'étude du droit, pour lequel il s'était toujours senti beaucoup d'attrait. Il composa sur les Décrétâtes de Boniface VIII, ou le Sexte, un commentaire que les jurisconsultes du temps jugèrent fort utile, mais qui malheureusement ne nous a pas été conservé (o). Il alla même à Bordeaux prier Clément V de donner à son ouvrage l'approbation apostolique, mais sa démarche ne fut pas couronnée de succès. 11 mourut au retour, vers la fin de
(1) Arch. de Toul, JJ. 5, f33. — Lop., Comin., II, 369.
(2) Calm., III, 220, d'apr^'^ les archives de l'abbaye de Cluny.
(3) Le droit do gfte et de procuration était le droit pour le suzerain d'ôtre logé et hébergé par son vassal.
(4) Ben-Pic, 464.
(5) Schedulœ, dans Galmet, I, ccxxix.
LAUITATION COMML'NAI
l'an 1305 (ij. Ou ignore le jour et le lieu de son trépas et l'eiiiplacemeut de son tombeau.
Lorsque i'eni[iereur Adolphe de Nassau eut été défait et tué à (iwliieim, «u 1298, Jeau de Sierk fut député par le clergé et la noblesse de l'Etniiire, avec Conrad, comte dTËtiog, pour supplier le pape de reconnaître comme roi des Romains le vainqueur, Albert d'Autriclie, lîls de Rudulpite de Habsbourg {i) : cette mission marque de (guelle estime notre prélat jouissait eu Allemagne.
Mais, de Jeau, comme de Conrad, ou peut dire qu'il fut une victime <lu uiuuvemeut commuual ; il fut le troisième prélat que les bourgeois de Toul usèrent en moins d'un quart de siècle : la bonté, comme la rigueur, avaient éclioué devant leur besoin d'agi lalion et leur suif d'indépendance.
i;e fut sous cet éplscopat que Henri I de Blilmont et sa femme. Cunégonde, fondrrent, en I3UI, à Deneuvre, une collégiale de sept 'chanoines, en l'Iionneur de saint Georges (3).
il; mil.
|ï| Ben.-Pic, «».
|3| De Marliiupri-y, Le« n 7. — Bcrnardl, Oentui
o de IHÛMOiil, dut
:au tic Jean du Sierk |Arch. do M.-rl-.M.. 1!. STO, £ny, Rotitm, I, «'.