CHAPITRE IV. — AKFAIItE DC COMTÉ DE TOUL
et Guy da Pernes (1), renonçant à son abbaye de Beaulîeu, prit, par procureur, possession de son évôclié. Cette promotioQ n'était point pour sourire à la Maison (le Biir : inai^, avant qu'Edouard 1, lils et successeur de Henri HI, ait eu môme le temps de concevoir des alarmes, le nouvel évéque mourut (2) et Clément V eut, une seconde fois, l'occasion de servir ses intérêts politiques et de satisfaire Philippe ie Bel.
Benoit XI, son vénérable prédécesseur, avait frappé de l'excommuntcati«a Jacques Sciarra Colonna, l'agresseur de fioniface VIII, et les membres de sa puissante iamille; mais le roi de France était leur allié : il avait soutenu Guillaume de Nogaret, leur complice. Le nouveau pape n'avait donc pas pu ne point user de son droit de pardon: il avait réintégré les Colouna dans la communion des fidèles et même il s'ellorçait de les gagner it sa cause et de s'en faire des amis et des protecteurs.
Jacques Sciarra avait deux frères, Pierre, cardinal du titre de fil-Eustache, et Eudes, protouotaire apostolique et secrétaire pontifical. Clément V otlril à ce dernier le siège épiscopal de Toul (3).
[i] La maison de Pernes, originaire do Bourgogne, portait d'a:ur chargé d'une ernix ancrée d'argent entre deux pain d'or.
(â| Reg. Clem. V, n' 1316. — Le successeur de Guy ii BciJoiicu fut ÉticnDe, prieur do Lcwcn (?) II fut nomma le 15 novembre 1306.
(3) Euiles Colonna, évêque de Toul, ne peut être que lo frère du cardinal Pierre Culocna et du fameux Jacques Sciarra Colonna, l'enDemi de Baniface Vin. Voici, en effet, ce que nous lisons dans Litla (te famigtie celebri italiaiie. II, Colaiiaa, lab. Illi, sous le nom d'un Odon, frCre de ces deux personnages : a Oddone,pro(unulario e segretario pontificiu e probabilnienle etetto ad un vescocado eke poi non occupa. Net 1i9~, ineorse nelle censure ecelesiastiche fulminate da Bomfazio VIII eontro la famiglia. n Cet Odon, toniours d'après Lltla (ibid.) eut un Gis, Pierre, qui fut excommunié avec son p6rc et toute sa famille. Les dêtuils de cette notice trop vague conviennent à notre Eudes et 11 n'y a aucun autre Oddune, engagâ dans la cicricalure, parmi tes Colonna de cctie génération.
Les Schedulœ (Calmet I, ccxxx) confondent Eudes Colonna, l'évoque de Toul, avec Eudes Colonna qui fut élevé au souverain pontificat par le concile de Cens-
344 I.IVRK IV. — L AGITATION COMMINALK
Eudes Colonna accepta (1) ; il prit possession par procureur ; il Domma des vicaires généraux, Oclavien de Tibur [2) et Guy, chaDoine de Saint-ÉlieDue (;t) ; il obtint, le 1" décembre 1307, le pouvoir de lancer l'excommunication contre ceux de ses diocésains qui se montreraient re belles à son autorité (4) ; mais il ne vint point en Lorraine; il ne se fil point sacrer et il se démit de son évéché dans le courant de l'année 1309 (3).
Instruits de cette résignation, les chanoines voulurent prévenir une troisième nomination pontificale et, dès le mois de septembre, ils élurent Jean d'Ariiilliftres (6). Fils de Guillaume, baron d'Arztllières, l'un des plus nobles seigneurs de Champagne, et d'Agnès de Plancy (7), Jean était alors chanoine de Chillons et archidiacre
taoM, en li<7, et qui prit In nom de Martin V. L'anachroalsmo est an moioB bardl.
Ij6s Colonna portent de gueulex à une colonne d'argent, la base et le chapiteau d'or, gommée d'une couronne de mime.
[i)Le» Hegintreu de Clément Y no nou» laurDisseDl, ni lu date, ni lu menlion des bulles d'Eudca Colonna. Nous pouvons pourtant d6tfrmlner approximativement l'époque de sa nomination au elàge de Toul. En eOet, Guy de Perncs ne paraît pas avoir encore quitté la vie le M août i:i07, car le n* 1817 des Reg, de Cleiii. V (v. page 342, note 4|, parlaui de la nomination de Landnlt au siège d'Accrenza, rappelle la promotion do Guy à l'évéché do Toul sans laire précéder son nom do la mention ordinaire, bonœ memoriœ ; mais Eudes Colonna était sûrement i^v^ue de Toul le <" décembre de cette mémo année 1307, puisque, â cette date, il obtint de Clément V le pouvoir de porter une Benlence d'excommunication contre ceux de ses diocésains i|ni so montreraient rebelles a son autorité. (Arch. Vatic.fle!;. Vatic, M, n* 100. — Reg, Clem. V, n'it09.|
|2.' Ben. -Pic, 469, d'après un titre des archives du cbapitre de Saint-Dié.
|3) Ibid., 470, d'après les archives de l'hétel de ville de Toul.
(41 Voir note t.
{5) H Cum Oddo de Columna eccl. luU. ad quam eleclus fueral, resignasset per procuralorem guum, Petrum Afcibilem de Setia, eeriptorem papalem, in vMnibui Stephani, S. Cyriaei m Jberiaù presbyteri, et Pétri de Colamna, S. S. E. diaconi eardinalium, infraecriplug canonicus calalaunenxig [Joanneii d'ÀTsillières) in ejus loeum nufficitur — Il Kal. Junii 1310. » {Reg. Clém. Y, n-5446).
(6} Ben.-Pic., 471.
(7| La maison d'Arzttlléres portait d'or semé de croisetles reeroisetées de sable, au tion de même, brochant »vr le toul.
CHAI'ITIIK IV. — AKKAIItK Dr T.OMTK l»E TlH L .'IVi
de Port. La situation de l'élu, vis-à vis lie la roiir d'Avignnii, était délicate: l'écolàtre, Jean de Molans. voulut en prolitor. U attaqua Télei'tiun des clianoines, oomnit^ a}'ant été faite au détriment de l'autorité apostolique (11. Mais, quelque agivables que fussent ses arguments, il n'obtiul point tout le succès qu'il attendait, l'n compromis entre le pape et le chapitre lui conféra seulement le décanat et Jean d'.\rzillières reçut ses bulles, le .'U mai 1310 (2).
Sacré au comniencemeQt de 1312(3), le nouvel évoque se montra fort zélé pour la défense des droits et des intérêts de ses diocésains. Baudouin.archevéquede Trêves, l'avait prié, de la part de Henri VII, d'exhorter son clergé à payer les décimes à l'empereur et à lui tour nir ainsi les moyens de soutenir les luttes qu'il avait ft subir. Il lui répondit que ses prédécesseurs n'avaient jamais levé ces impôts extraordinaires que sur l'ordre du Saint-Siège et qu'il n'entendait point se départir d'une règle de conduite aussi sajte (i). 11 est vrai qu'il n'apportait pas une ardeur plus grande à solder les décimes à Clément V. Ses prêtres et lui s'étaient engagés ù envoyer au pape la dixième partie des revenus d'une année, <r'esl-i'i-dirc deux mille florins d'or : les termes étaient passés et le versement n'était point fait. Deux lettres pontiricales, du 6 août 13f2 (o) et du 13 aoiU 1313 (fil, lui rappelèrent ses promesses; nous no siivons si elles obtinrent quelque succès. Mais cet incident nous giormet de constater que le clergé se fatiguait île ces contributions (pii se inulli pliaient et qui tendaient à sortir de rcxce|ition pour devenir une règle constante.
Kdouard I, comte de Bar, voulant porter secours à son oncle
(Il Ben, -Pic., i71, d'après les replslrf " ciipIlulalrcH.
12) Reg. Clém. f, n- SIW.
{3} Bon.-Pic, loc. cil.
(4) Ibid., 472.
131 Reg. Clriii. Y, a' 88Si.
161 Ihiil., n-'.»!K7.
346 LIVRE IV. — l'agitation communale
Renaud, évêque de Metz, alors en guerre contre le duc de Lorraine, Thiébaut II, était venu en 1307 assiéger le château de Frouard. Vaincu et fait prisonnier, il languissait dans les fers quand Jean d'Arzillières parvint, en 1314, à ménager entre lui et Ferry IV, fils et successeur de Thiébaut II (f 1312), la médiation de Louis le Hutin. Edouard sortit de captivité et les deux maisons se réconcilièrent ; mais, l'évoque n'oublia point qu'il était seigneur temporel. Durant ces hostilités, les Barrisiens et les Messins avaient commis des déprédations dans quelques villages de la châtellenie de Liverdun : il exigea des dommages-intérêts et Renaud, pour sa part, dut s'engager pour cinq cents livres de pro venesiens forts ( 1 ) .
Les bourgeois de Toul ne semblent pas avoir proûté du long éloignement de leurs évêques et Jeand'Arzillières, affirmant nettement son désir de maintenir une paix si désirable, leur abandonna, en 1311, pour toute la durée de son épiscopat, la moitié des amendes perçues à son profit par la justice de la cité et leur quitta tous les arrérages que la municipalité lui devait. En retour, il n'exigea qu'une redevance de six cents livres de petits tournois, payables en trois ans et à lui seul : ses successeurs, s'il mourait ou partait de Toul avant ce terme, n'auraient aucun droit aux échéances qui resteraient à solder (2).
Ces concessions consolidèrent pour un temps la bonne harmonie entre les Toulois et leur évoque ; mais la mort inopinée de Henri VII, en 1313, vint bientôt jeter le trouble et la confusion dans l'Allemagne et jusque dans nos régions. Deux concurrents, élus chacun par une fraction du corps électoral, se disputèrent l'empire : Louis, duc de Bavière, et Frédéric le Beau, fils d'Albert d'Autriche. Ferry IV de Lorraine se déclara pour Frédéric dont il avait épousé la sœur ; Edouard, comte de Bar, et Jean de Sarrebruck, damoiseau de Commercy, prirent parti pour Louis de Bavière. Sollicités par des émissaires que leur envoyèrent les deux compétiteurs, les citains commencèrent à s'agiter ; Jean, perdant l'espoir de main-
(1) BoD.-Plc, 472 — Calmet III, 3i0.
(2) Ben.-Pic, CVII.