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CHAPITRE IV. — AFFAIRE DU COMTE DE TOUL

tenir le calme, alla chercher un peu de repos auprès du pape, en Avignon, et mourut dans cette ville, quelque temps après, en 1320(1).

Cependant cinquante gentilshommes lorrains, soit irrités de leur forfanterie, soit inquiets de leur esprit d'indépendance, se liguèrent contre les Toulois ; de là, batailles, rapines, déprédations et incendies dans toute la région d'alentour. Nos bourgeois firent appel à leurs bons amis, les Messins. Ceux-ci aussitôt mirent en campagne une petite armée et les deux milices réunies battirent les chevaliers, auprès de Dieulouard. Ferry de Lorraine, Edouard de Bar, l'administrateur de l'évêché de Metz, craignant pour leurs propres domaines, essayèrent de s'interposer ; mais les seigneurs étaient trop irrités de leur défaite : il fallut un second échec, subi près de Gondreville, pour les rendre plus accommodants (2).

Amédée de Genève (3), nommé évéque de Tout par Jean XXII, le 18 juillet 1321 (4), prit possession de sa chaire au mois d'octobre suivant (5) ; mais il n'avait pas l'âge canonique (6) ; il n'était point entré dans les ordres (7) et il ne fut sacré que l'année suivante. Il dut attendre plus long temps encore l'investiture impériale, car la guerre continuait entre Habsbourg et Bavière. Mais Frédéric fut vaincu à Mulhdorf, en 1322 ; il tomba avec Ferry IV, entre les

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(1) Bcnolt-Picart (p. 473) met la mort de Jean d'Arzillièros en 1320. — L'intervalle entre cette mort et la nomination d'Amédée par le pape me semble bien long; toutefois jusqu'à preuve du contraire, je maintiens la date de 13i0.

(î2) Bonolt-Picart Ip 475) place cotte guerre sous IVpiscopat d'Am<^dée de Genève ; mais la mention faite de l'administrateur de ^év(^ché de Metz et l'abstention de l'évoque de Toul nous invitent à reporter cette lutte vers 1318 et 1319. Après Renaud de Bar, l'évêché de Metz vaqua près de trois ans (1316-1319) et Jean d'Arzillières était sans doute en Avignon.

(3) Les comtes de Genève portaient cinq points d'or équipoUes à quatre joints d'azur. (Il y a erreur de métal dans l'êcusson donné ici).

(4) Arch. Vatic, Reg. Av., Jean XXII, 5' ann., t. XIV, f U9.

(5) Ben. -Pic, 474.

(6) Arch. Vatic, Ibid.

(7) Pa^uUas Àmedeo, electo tuUensi, concessa recipiendi omnes ordines ac munus cansecrationis a quocumque maluerit antistite — VIII KaL Nov. 43ti - Arrh. Vatic, ff^^. Ir.. Jean XXfT, «• ann.. t. XV. f i.T7.

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mains de son rival qui eut enfin le loisir d'admettre l'évêquecomte de Toul è Thommage féodal.

Dans des temps aussi troublés, le jeune prélat fut à la hauteur de sa tâche : il prit à cœur sa charge pastorale ; il donna une une nouvelle édition des statuts diocésains (1) ; il s'appliqua à prévenir les querelles et à faire régner la paix (2).

Edouard de Bar était en guerre avec Jean de Luxembourg, roi de Bohême : Amédée s'entremit pour amener le mariage de son fils, Henri, avec la fille ainée du comte de Luxembourg.

Le même Edouard avait un différend avec Ferry IV à propos de Longwy : ils allaient courir aux armes ; mais l'évêque intervint et arrangea l'affaire.

Bar, Lorraine, Luxembourg se liguèrent bientôt après avec Beaudoin, archevêque de Trêves et Henri Dauphin, évêque de Metz, contre les paraiges messins. Ils avaient déjà ravagé les campagnes voisines et semé la division dans la cité ; ils étaient sur le point de s'emparer de la ville quand Amédée s'interposa et obtint, le 8 mars 1325, une paix honorable pour les deux partis.

H tenta aussi de terminer un procès qui s'était engagé entre les chanoines de Toul et ceux de Saint-Dié (3). Depuis fort longtemps, au moins depuis l'évêque Henri de Lorraine, élu grand-prévôt en 1133, le chapitre de Saint-Dié avait choisi son premier dignitaire parmi les membres du chapitre de Saint-Etienne. Or, à la mort du grand-prévôt, Jean Darquel (13 mai 1319), les chanoines toulois eurent vent que l'on se proposait au Val-de-Galilée de rompre avec la tradition. Fort émus de cette nouvelle, ils envoyèrent à leurs collègues vosgiens l'intimation de respecter ce qu'ils appelaient un droit. Naturellement, ils aboutirent à un tout autre résultat et, le 23 octobre 1319, Jacques de Nancy, chanoine et écolâtre de Saint-Dié, fut élu grand-prévôt. Le chapitre de Saint- Étienne porta l'affaire au Saint-Siège, mais il fut débouté de sa

(1) Voir les statuts de Bertrand de la Tour d'Auvcrf^no, dans Raluze, Histoire de la Maison d'Àurergne (II, 8;50, n" LXXVIi ot les statuts de Huj?uos des Hazards, passiin.

(i) Bon. -Pic, 475 ot sq. — Calmot, III, 311 ot sq.

r.\\ Calmot, ihifi., .'JKi.

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requête, en 1324; et même, s'il faut en croire Dom Calmet (1), Amétlée de Genève avait déclaré, deux ans auparavant, par un acte authentique, qu'il n'avait aucun droit sur Téglise de Saint- Dié et qu'elle était directement soumise au Siège-Apostolique. Ce ne devait pas être le dernier incident d'une lutte qui, pendant bien longtemps, passionna les esprits.

L*évêque de Toul ne poussait pourtant point l'esprit de conciliation jusqu'à renoncer aux droits de son Eglise. Depuis le rachat (lu comté par Gilles de Sorcy, les ducs de Lorraine avaient compris leur faute et ils n'avaient cessé de réclamer le « gouvernement » de la ville de Toul, c'est-à dire le pouvoir et les émoluments des anciens comtes (2). Lors de l'installation de Jean de Sierk, les citains avaient averti leur évoque que, 'pendant la vacance du siège, l'empereur avait établi Ferry III, gouverneur de leur cité et, sur leur avis, le prélat avait demandé et obtenu la révocation de celte faveur (3).

Mais Thiébaut II s'était fait restituer ce titre par Henri VU et. muni des lettres impériales, il s'était présenté à Jean d'Arzillières. Celui-ci fut assez habile pour tout concilier : ne pouvant contester au duc sa qualité de gouverneur, il racheta tous les droits politiques qu'elle lui conférait sur la ville, moyennant une pension viagère de cent livres: c'était ce que voulait Thiébaut, toujours à court d'argent (4).

Ferry IV négligea d'abord de renouveler les prétentions héréditaires et, quand il s'avisa plus tard de réclamer la rente des cent livres, il trouva devant lui Amédée de Genève qui lui déclara que le bref impérial accordé à Thiébaut était subreptice, que le traité signé par Jean d'Arzillières était nul et que lui seul, évoque et comte de Toul, devait avoir le gouvernement de sa ville épisco-

(I) Calmol, /7nV/., 3U.

i:2) Courbo. a laissa sur ciMto <i (Taire uiio êludo assez considérablo : (Jnelquem pages de VhUtoire ^le Tout à propos du droit de garde exercé par les ducs de Lorraine (Bibl. de Nancy, ms. 95V7£i, 2 vol., in-8"). Malhourousemont, il sVsl laissé emporter par l'esprit de système et n'a point ('•Iiicidi' la (fueslinn.

la) Ben. -Pic, 40'*.

[ï} lOtd., 471 .

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pale. L'intérêt des bourgeois était de soutenir leur prélat ; mais, soit crainte, soit jalousie, ils ouvrirent leurs portes au duc de Lorraine. Ferry entra dans la cité avec quarante hommes bien armés, prit possession de sa charge, se rendit à la cathédrale, pour y prêter en grande cérémonie le serment que faisaient les anciens comtes de Toul au jour de leur installation (1), et conclut avec les citains un traité d'alliance oflensive et défensive : ils lui payeraient les cent livres de pension et il s'engageait à les secourir contre tous leurs ennemis, même le roi de France et leur évêque.

Le prélat recourut à Philippe de Valois ; il invoqua son titre de protecteur de la ville et lui demanda du secours : c'était une démarche téméraire; mais les Toulois se trouvaient pris dans leurs propres filets. Le monarque manda au bailli de Chaumont de courir sus aux bourgeois. Edouard, comte de Bar, prit fait et cause pour eux : ce qui lui attira quelques désagréments. Quant à Ferry IV', il s'excusa sur son ignorance et prétendit que, s'il avait connu les conventions conclues entre la cité de Toul et la France, il n'aurait jamais entrepris cette revendication (2). Philippe et l'évêque feignirent de le croire et les choses en restèrent là, du moins pour l'instant.

Amédée de Genève ne survécut pas longtemps à la conclusion de cette affaire : il mourut à Brixey, au mois d'avril 1330, et il fut inhumé dans la cathédrale, près de l'autel de saint Georges (3). Il laissait une mémoire bénie de douceur et de mansuétude : a Vir magnœ constanticv, disent les Nécrologes toulois (4), amabilis,

(1) Ceci, joint à d'autres indicés, me porte ii croire qu'il ne s'agissait pas seulement d'un droit de garde, lequel ne donnait aucune souveraineté et ne devait inquiéter, ni les évéques, ni les bourgeois ; mais bien, du pouvoir ou au moins du profit des anciens comtes que le duc de Lorraine voulait ressaisir.

Cette interprétation me parait la seule capable de résoudre toutes les difficultés de cette question, jusque-là si obscure dans les historiens lorrains et toulois .

(2) La pension fut néanmoins payée jusqu'en 1G45, année où Louis XIV la supprima. (Arrêt du Conseil d'Etat du Roi portant défense ^ux magistrats de la ville de Toul, de payer à l'avenir la somme de mille francs barrois de rentes et pension annuelles que le duc de Lorraine avait sur cette ville, du 16 janvier 1045 — CoUect. Noël, n- 1723.)

(3) Schedulœ, dans Calm., I, ccxxx.

(4) iôid.

CIlAriTUJi IV. — AFFAIKE DU COMTÉ DE TOUL 3ul

benignus et affabilis moribus et vita laiidabilis: regibus, ducibtis omnibus circumvicinis, principibus, baronibus et vassalis carus exstitit et amicus. » Précieux éloge qui ne fut point acheté par de compromettantes faiblesses.

Sous cet épîscopat, furent fondés, en 13i6. le chapitre St-Pierre de Bar, par Edouard I, comte de Bar, Anselme de Joinville et plusieurs seigneurs (1), et, en 1323, la collégiale St-Jean-Baptiste de Vaudémont, par Henri III, comte de Vaudémont, et sa femme, Isabelle de Lorraine (2). Le diocèse de Toul continuait ainsi à se couvrir de la blanche parure des églises : les pieux murmures de la prière répondaient au bruit des armes et aux cris des combattants.

(1) Le chapitre compta d'abord seize prébendes : le nombre fut plus tard réduit il dix. Le chapitre de Saint-Pierre fut uni en 1782 au chapitre de Saint-Maxe: l'église sert aujourd'hui à la paroisse Saint-Ktienne. (Cf. Renard, Le Château de Bar, 63 et pasHm, et Cillant, Pouillé, H, 43.)

(2) Calmet, III, 315. — Le chapitre de Vaudémont compUit dix prébendes, y comprise celle du prévôt. Il fut supprimé en 17(3(J et uni au chapitre de Bouxiêres. L'église fut ensuite démolie et les monuments des comtes de Vaudémont furent transportés aux Cordeliers de Nancy. (Lepage, Statistique, II, 592.)

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