CHAPITRE V. — DIFFICULTES AVEC LE CHAPITRE
bien sensible, ne contenait aucune mention des droits séculaires de révêque-comte de Toul.
Rendus plus hardis et plus insolents par ces concessions, les bourgeois se crurent le droit de tout faire. Ils établirent un nouveau droit d'entrée sur le blé et sur le vin, et ils prétendirent y soumettre les voitures destinées aux chanoines et à leurs serviteurs (1). Ils défendirent, sous peine d'incarcération, aux sujets du chapitre de lui rendre le devoir et l'hommage qu'ils lui devaient comme à leur seigneur ; ils jetèrent en prison ses laboureurs et ses vignerons, prétendant qu'on ne pouvait travailler pour lui sur le ban de la ville, sans la permission des magistrats. Sous prétexte de fortifications, ils s'emparèrent de terrains qui appartenaient à la Maison-Dieu ; ils construisirent des loges sur les murs qui avoisinaient le cloître et ils y placèrent des vedettes, sans aucune autorisation. Ils mirent au gibet un clerc tonsuré, sans respecter rimmunité et, poussant l'impudence à l'extrême, ils exigèrent des chanoines des lettres de rémission pour toutes les injures et les vexations qu'ils leur avaient faites, et une quittance pour les dommages-intérêts qu'ils leur devaient.
Ceux-ci refusèrent et, prévoyant une émeute, ils quittèrent leurs maisons, se retranchèrent dans le cloître et dans la cathédrale et cessèrent tout office public. A ces nouvelles, les bourgeois s'assemblèrent en tumulte sur le parvis, criant que ces prêtres étaient les ennemis de la ville, qu'eux seuls causaient leur disgrâce et que l'église appartenait à la commune et non au chapitre. Une vingtaine d'entre eux enfoncèrent les portes et pénétrèrent dans le lieu saint, refoulant les Vénérables dans le cloître. Durant sept jours et sept nuits, la cathédrale fut occupée militairement; de grands feux étaient allumés dans le chœur et les hommes de garde y prenaient leur repas, sans nul respect pour la majesté de l'édifice.
Cependant, les pauvres chanoines restaient bloqués sans espoir de secours ; le duc de Lorraine essaya de s'interposer, mais il dut se retirer sans succès. Pressés par la faim, ils capitulèrent et signè-
(1) Um., 1,33; 111,11.
308 LIVHE IV. — l'agitation COMMl NALE
rent les lettres demandées. Mais aussitôt rendus à la liberté, ils protestèrent hautement contre la violence qu'ils avaient subie, adressèrent leurs plaintes au souverain pontife et se retirèrent à Vaucouleurs, sous la protection du roi de France. Grégoire XI écouta leur requête et, le 24 avril 1371, il déléji^ua les abbés de St-Epvre, de St-Remy de Lunéville et de Moyenmoutier pour instruire le procès des bourj^eois et frapper les récalcitrants des censures ecclésiastiques (1).
Les Toulois revinrent alors à résipiscence; dès le vinj^t juillet, ils s'humilièrent devant leur évoque, le reconnurent pour leur seigneur temporel et déclarèrent qu'ils ne pouvaient lever d'impôts sans son autorisation (2).
Jean de Heu ne survécut qu'un an à cette victoire. 11 mourut à Metz, le 9 août 1372(3), et il fut inhumé dans la cathédrale de cette ville. Le livre des Schedulœ vante la sagesse de son administration (4) : à sa mort, les domaines épiscopaux, avec leurs bâtiments et leurs dépendances, étaient remis en état et la dette de l'Evêché se trouvait allégée de plus de douze mille florins. 11 avait obtenu pour cela la conservation de ses titres et de ses revenus de primi cier et d'archidiacre (5). Un tel cumul se trouvait ici pleinement justifié et, non moins que sa sœur leuquoise, l'Eglise de Metz eut à s'en féliciter (()).
Toutes les difïicultés n'étaient point encore aplanies entre la ville et le chapitre, et la cité se trouvait toujours sous le coup de l'interdit. Le soin de terminer cette affaire échut au nouvel évèque. Transféré de Nevers à Tout, par bulles du 27 août 1372(7), le bourguignon Jean de Neufchâtel (8) s'empressa de proposer son
II) Arcli. Vatic, Heg. .Ir., (in'-. M, l. I. 4l(i.
li) Loin., III, 8. — Bibl. nal., Coll. lorr., l. tili fc/.s, ii" ."iS,
CJ) Schedula% dans Calmot, I, ccxxxiir.
(V) Ibiil.
(;>) Arch. Vatic, lieg . Jr., (irog. XI, 1. 1, 3W.
(G) Scli€dul(i\ loc. cit.
(7) Arch. Vatic, t6/V/., l, XI, 44.
(8) Jean de NoufchiUel, fils d«; Thiébaut IV, baron do Neufchâtel et do Jeanne de Cbâlon, fut chanoine d'Autun, dès l'Age de «(uinze ans; il fltses éludes ù Paris où il se lit recevoir docteur en droit canon. Ordonné prêtre à Besançon, il fut trésorier de celle mi^lropôle, puis év'éque de Nevers, en 1371. NeVers était taxé