CHAPITRE V. — DIFFICULTÉS AVEC LE CHAPITRE
arbitrage. Les citains acceptèrent et promirent entre ses maias d'observer les anciennes transactions, d'abolir le DOuveau droit d'entrée sur les blés, de respecter les privilèges des cbanoines et de leurs gens, de ne plus se révolter contre les censures et de réparer les torts et les dommages. Ils anuulérent les rémissions qu'ils avaient si injustement extorquées, prirent sous leur sauvegarde, comme auparavant, les sujets du chapitre et s'engagèrent à ofirir, en réparation de leurs injures, un cierge de six livres au chanoine Nicolas Pierson, le dimanche qui suivrait la levée de l'interdit, et d'ajouter trois cierges au tribut semi-annuel des cinq cierges. Le maître échevin et les IHx, à leur entrée en charge, devraient désormais jurer de respecter ce traité, sous peine de cent florins d'or. Toute violation de ce pacte entraînerait pour la ville une amende de deux mille livres de petits tournois vieux, sans préjudice de l'obligation des trois mille florins de Florence, jadis con tractée par la cité{l).
Devant cette docilité, l'évèque put lever l'interdit: ce fut son présent de joyeux avènement. Tout retrouva le calme: bourgeois et cbanoines rivalisèrent d'ardeur pour conclure à l'amiable tous les diilérend,';. On en peut juger par ces quelques traits: en 1374, le mercredi d'après la Saint-Vincent, les sergents gagèrent Vautrin, de Barisey, et Renaudin. de Haroué, tous deux clercs tonsurés, et leur prirent une houppelande de peau de renard et trois peaux de chèvre (2). Vers le même temps, les Lombards d'Ormes ven dirent une grande quantilé de blé aux Lombards de Toul, à une autre mesure que celle qui avait été établie par saint Gérard. Les
deux milto Oorjns (Eubcl, 386.). — Son porlralt est donné pnr DurhcïiDe {Hist. des Card. franfaU, Liv. IT, 673|, d'aprCs son lombcan do VllleDcuve-lca- Avignon.
Il) Uin.,111, H.
(i) Arch. de H.-«t-H., G. 69, f J6 et S7.
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bouchers de la ville prétendirent défendre à l'un d'entre eux, nommé Somper, devenu ministériel du chapitre, de vendre de la viande, comme par le passé (1). La nuit de la fête du Saint-Sacrement, en 1377, un chanoine, Vautrin, d'Epinal^ blessa dans une rixe plusieurs personnes de Toul (2). A toute autre époque, ces étincelles eussent suffi pour rallumer la guerre : mais alors on désirait si vivement la tranquillité que l'on s'arrangea sans contestation.
A voir tant de bonne volonté de part et d'autre, on aurait pu croire la paix bien assise ; mais des événements d'une extrême gravité surgirent à cette époque, qui troublèrent la Chrétienté tout entière et jetèrent l'Église de Toul dans un désordre profond.
Cédant à de pressants appels, Grégoire XI était retourné au Vatican. A sa mort, arrivée le 27 mars 1378, les cardinaux présents à Rome élurent, au milieu de l'effervescence populaire, Barthélémy Prignano, archevêque de Bari, qui prit le nom d'Urbain VI. Mais, quelques mois plus tard, cédant à des considérations très complexes, un grand nombre de cardinaux, français pour la plupart, prétendirent que l'élection n'avait pas été libre et se réunirent en conclave à Agnani ; ils déclarèrent que Prignano n'était point un pape légitime et, le 20 septembre, ils nommèrent, à sa place, Robert de Genève qui prit le nom de Clément VII.
Urbain VI protesta, garda la tiare et conserva sous son autorité l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre et les royaumes du Nord. Clément VII vint s'installer en Avignon et vit son élection reconnue parla France, la Castille, l'Ecosse et le royaume de Naples. Toul, situé sur les frontières de la France et de l'Allemagne, se partagea entre les deux obédiences : Jean de Neufchàtel, le chapitre et le duc de Bar tinrent pour le pape d'Avignon; les bourgeois et le duc de Lorraine, sans doute par esprit de contradiction, se rangèrent du côté du pontife de Rome. Une nouvelle source de divisions et de difficultés venait de sourdre dans notre malheureux diocèse et nos évoques de Toul allaient se distinguer parmi les champions les plus zélés et les plus opiniâtres de Clément VII et de Benoit XIII.
(1) Arch. de M.-el-M., G. 69, f 26 et 27.
(2) Ibid., G. 71, f 160.
CHAPITBE VI
Le grand Schisme (1378-1415) '■
JeiiD de Neufcliàlel était uni k Robert de Oenève par les liens du sHDg et de l'amitié. 11 embrassa chaleureusement sa cause, le secourut de ses deniers (2) et fut nommé par lui, le 23 décembre 1383, cardinal du titre des Quatre Saints-Couronnés (3). Il eut avec ses bourgeois quelques diflicultés qui ne semblent point avoir été bien graves (4). Mais trop absorbé par les allaires de l'Église et voulant se donner plus entièrement au service de la Curie, il résigna son siège et vint se fixer en Avignon {5}. Le 29 janvier 1384 (6), Clément VU lui donna comme successeur un archidiacre de Turin, Savin de Fiorano, qu'Amédée VI de Savoie avait employé avec succès dans plusieurs
(1) Sources. — Outra loi nuvrugi^s iniliqui^s en M<^ du livra, yo6\ Valois, La France et le grand Kchisme 'l'Occideitl. Paris. Hicarl, I89G, 2 vol. ln-8'.
li) Il lui donna une prcmiËra fols, lu 7 raar^ 1379, 32(> Horins do Chambre, 16 Bola de monnaie de Foaii ; — une seconde fois, lo 28 du mAmc mois, 142 florin!:, 5 sols, 4 deniers, pro oneribus caméra' supporlandit. (Arch. Vatlc, iHlruitus et exilun, n* ïil, elle par Noël Valois, op. cit., I, 28i, n.}
|3| Eubcl, 27.
141 Bibl. nal-. Coll. lorr., t. 242, n- 18; t. 343, n* 3Î ; t. 244, n* 15.
13) Jean de Neufchatel entre en curie, le 4 tuin 13S4 (Eubel, £7^
(6) Arch. Vatic., Reg. A.V., Glém. VII, t. XXXI, 159.
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négociatious(l). Mais, comme plusieurs de ses prédécesseurs, ce prélat, piémontais d'origine, ne fit que passer sur la chaire de saint Mansuy (2) : le 18 mai 1385 (3), il fut rapproché de sa patrie, transféré à Tévôché de Maurienne, et Jean de Neufchâtel, nommé administrateur apostolique de son ancien diocèse (4). C'est alors que les difficultés l'assaillirent.
S'il faut en croire Benoît-Picart (o), les bourgeois, partisans d'Urbain VI, ne voulurent point le reconnaître. Venceslas les soutint et intima l'ordre aux chanoines de quitter l'obédience d'Avignon et d'élire l'un d'entre eux pour évêque. Quelque séduisante que fût cette proposition, ils ne se laissèrent point ébranler
et demeurèrent fidèles à leur pape et à leur prélat. L'empereur alors leur déclara la guerre. Sollicités par lui, les citains, heureux de témoigner leur zèle pour l'Eglise et pour l'empereur, contents surtout de tenir eu échec, jmur une juste cause, leur prélat et leur chapitre, se soulevèrent en masse, envahirent le château épiscopal, le pillèrent et le détruisirent de fond en comble. Jean de Neufchàtel était alors à la cour pontificale: l'émeute ne l'atteignit guère; mais le chapitre dut reprendre le chemin de Vaucouleurs. Là, il dépêcha vers Clément VII l'un de ses membres, Frédéric de Mor-
(1) Benoit-Picarl (p 496) rappelle Savin de Florence: c'est une erreur, pour Fiorano ou Florano^ château situé à une lieue d'ivrée, en Piémont. (Cf. Gallia Christiana^ III, 692, dans la liste des év<^ques de Maurienne, et Angley, Histoire du diocèse de Maurienne. S.Jean de Maurienne, 1846, in-8*, p. 201.)
Il portait comme armoiries : écartelé au premier et au quatrième d'ariir, a Vaigle ëployée d'or accompagnée en chef d'une étoile de même et en pointe d*un croissant d'argent ; au deuxième et au troisième d'argent^ à la fasce d*azur accompagnée en chef d'une fleur de lift de gueules.
(2) Aussi les Schedulœ ne lui consacrent-elles point de notice.
(3) Arch. Vatic, Reg. Av., Clém. VII. t. XXXVI, 36 — La taxe de ^évl^cllé de Maurienne n'était que de mille florins ; mais Savin, en acceptant ce siège, revenait dans sa patrie — Il mourut évoque de Maurienne, le 28 septembre 1410 (Eubel, 346), après avoir fait partie du Conseil des comtes de Savoie. (Angley, op, et loc. cit.)
(4) Arch. Vatic, loc. cit., t. XXXV, 54.
(5) Ben.-Pic, 49.ï. — M. Noôl Valois fait remarquer avec raison que, sur toutes ces contestations, nous n'avons que le témoignage de Benoît-Picart. Or le récit du Capucin toulois renferme plusieurs invraisemblances, entre autres l'entrevue de Charles VI et de Venceslas à Paris. (NoCl Valois, II, 302.) — Il est regrettable que les documents que nous avons conservés ne contiennent rien sur ce point.