‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 173 sur 265 · CHAPITRE VI. — LE GRAND SCHISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — LE GRAND SCHISME

hange, pour lui exposer ses ennuis. Mais que pouvait le pape d'Avignon contre les sujets de l'autre obédience? ses excommunications eussent été vaines. Il se borna à Texhorter à la patience : ce n'était vraiment pas la peine d'aller si loin pour obtenir une telle réponse !

Cependant Hubaud d'Autel, sénéchal del'empereur dans le duché de Luxembourg (1), vint avec mille lances attaquer le château de Void. Les chanoines effrayés eurent recours au roi de France ; ils lui remontrèrent qu'il était le protecteur de leur Eglise et ils firent si bien que Charles VI prit leur cause en main, arrangea Taflaire avec Venceslas, alors à Paris, obtint la levée du siège de Void et le retour du cha pitre à Toul. Seulement les chanoines durent s'engager à n'avoir plus de relations avec le cardinal des Quatre-Saints- Couronnés que l'on regardait comme le plus grand obstacle à la paix. Ce fut alors, sans doute, que le pape de Rome, Boniface IX, retira l'administration du diocèse à Jean de Neufchâtel et promut au siège de Toul, le 31 janvier 1391, Frédéric de Mulhouse, profès de l'ordre des Ermites de Saint Augustin, pénitencier apostolique et sutlragant du métropolitain de Mayence (2). Comme l'Eglise universelle, l'héritage de saint Mansuy se trouvait avoir deux chefs et, selon toute vraisemblance, la guerre allait éclater.

Intéressés au maintien de la paix, les ducs de Lorraine et de Bar empêchèrent la prise de possession de Frédéric. Celui-ci dut rester sufiragant de Mayence, en attendant des temps meilleurs ; mais il conserva son titre d'évéque de Toul jusqu'au 3 mars 1399, jour où il l'échangea contre le titre, non moins nominal, d'évéque de Saint-Jean d'Acre. Ce premier danger écarté, les princes ménagèrent une transaction entre les bourgeois et le cardinal (3) : les Toulois consentirent à reconnaître Jean, comme leur souverain

il) Bibl. nat., Coll. Inrr., t. 245, n" 73.

(il Arch. Vatir., Reg. kit., Boniface IX, I. XVII, 91 — Euhel, 5:», n. — ¥t(^déric fut nommr év(^quo de St-Jean d'.\cre, le 3 mars 1390 (.\rcli. Vatic, ibiii , t. LXXI, 76) : SCS bulles lui donnent encore le tilrc d'évéque de Toul. — Mais, avant comme après cette translation, il resta coadjuteur de Mayence. iKubel, 67 et 530, n.)

i3) Bibl. nat., CnlL lorr., t. ^42 bis, n» 40 : t. 2\3, n" XI

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temporel, mais à la condition qu'ils ne seraient point contraints à quitter Tobédience romaine.

Cette convention nous ouvre de tristes perspectives sur le désarroi causé par le schisme. Prêtres et moines, seigneurs et fidèles étaient divisés : c'était la lutte de paroisse à paroisse, de monastère à monastère, et même au sein des paroisses et des communautés. De là, des compétitions de charges, des intrusions, des refus d'obéissance: affligeants et cruels déchirements qui ruinaient toute discipline et toute religion Soit besoin d'argent, soit désir de s'attacher de nombreux partisans, les papes d'Avignon multiplièrent les expectatives, souvent en faveur d'étrangers ou de person nages indignes: dans le seul diocèse de Toul, Clément VII, durant la première année de son pontificat, en conféra plus de cent trente (1).

Le clergé séculier croupissait dans l'ignorance et dans le vice. Déjà, sous Jean XXII, une dizaine de bâtards, fruits de l'incontinence sacerdotale, et, sous Clément VI, plus de treize, avaient sollicité les dispenses nécessaires pour être promus aux saints ordres (2). Le clergé régulier n'était guère dans une situation plus consolante. Les chanoines d'Autrey et l'abbé de Lunévillé étaient dénoncés au Siège Apostolique, les premiers, pour leur vie peu édifiante (3) ; le second, pour simonie, dilapidations et autres excès (4). L'abbé de Mureauvenaitd'être condamné pour les mêmes fautes (5). Haymon, abbé de Saint Mansuy, était accusé de mener une existence peu conforme à la règle de saint Benoît (6). L'Église du Christ était loin de son sublime et divin idéal !

Ce fut pourtant en ces temps lamentables que s'épanouit, dans l'Église de France, l'une des fleurs les plus suaves que notre diocèse

(1) Arch. Vatic, Reg. Av., Clém. VII, t. I à XVI. — Dans la première année de Benoit XIIÏ, j'ai compté, pour le diocèse de Toul, quutre-vingt-seize expectaUves ilbid., Ben. XIII, t. I à XX).

(2) Arch. Vatic, Reg, Av., Jean XXII et Clément VI.

(3) Ibid,, Inn. VI, t. XXII, f 503.

(4) Ibid., Urb. V, t. XVIII, f 438.

(5) Ibid,, Grég. XI, t. XIX, f 145.

(6) Ibid,, t. XXI, f 340. — Gallia, XIII, 1092.

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