CHAPITRE VI. — LE GRAND SCHISME
ait produites. Pierre de Luxembourg (1) naquit à Ligny-en- Barrois(2), le 20 juillet 1369, de Guy de Luxembourg, comte de Ligny, et de Mathilde de Châtillon. Il fut Tun des brillants élèves de rUniversité de Paris et il dut à ses talents et à ses vertus, plus encore qu'à sa naissance, d'être nommé, à dix ans, chanoine de Paris, à douze, archidiacre de Dreux et de Bruxelles, à quinze, évoque de Metz. Promu cardinal-diacre, du titre de Saint-Georgesau-Vélabre, par Clément VII, en 1385, il se consacra, autant que le lui permettait son âge, à la bonne administration et à la pacification de son diocèse. Mais, en ces temps difficiles, la tâche était trop forte pour un adolescent. Pierre, cédant à l'appel du pape, vint se fixer en Avignon et il édifia la cour pontificale par son humilité et par sa charité, par son esprit de pauvreté et de mortification. Il méditait le projet de faire, pour l'extinction du schisme, des démarches auprès des rois de France, d'Angleterre et d'Allemagne, quand la maladie l'enleva prématurément, le 2 juillet 1387 : il n'avait pas encore dix-huit ans. Il fut inhumé, selon son désir, dans le cimetière des pauvres, sous les murs d'Avignon, et l'église des Célestins, aujourd'hui employée à des usages profanes (3), fut élevée sur son tombeau. Les nombreux miracles qui se produisirent après sa mort, portèrent le pape Clément VII à le mettre au rang des bienheureux, le 9 avril 1527(4).
Sa sœur, Jeanne de Luxembourg, plus tard dame de Ligny, donna aussi l'exemple de toutes les vertus ; elle entretint avec le
(1) Cf. Duchesne, Vie des Cardinaux français^ I, 700 ; II, 533. — Meurisse, Hist. des Évêquesi de Uetz^ 531. — Calmet, III, 455 — et surtout Fourier de Bacourt, Vie du Bienheureux Pierre de Luxembourg, Paris, Berche et Tralin, 188-2, in-8«.
(2) Ligny en Barrois^ chef-lieu de canton de Tarrondissement de Bar-le-Duc, était autrefois le centre d'un archidiaconé et d'un doyenné du diocèse de Toul et d'un comté qui, en 1^231, fut donné en dota Marguerite de Bar, femme de Henri le Blond, comte de Luxembourg, et qui appartint ù cette noble maison de Luxembourg jusqu'en 1719, année où Charles-François- Frédéric de Montmorency, ûls aîné du Maréchal de Luxembourg le céda au duc Léopold.
(3) C'est aujourd'hui un pénitencier. Les reliques du Bienheureux sont actuellement vénérées dans l'église Saint-Didier-dans-Avignon.
(4) Les diocèses d'Avignon et de Verdun célèbrent sa fête le 5 juillet ; celui de Metz, le 7 ; celui de Paris, le 30 mai ; celui de Nancy, le 23 mars.
376 LIVRE IV. — l'agitation communale
saint cardinal un commerce de lettres spirituelles (1), veilla pieusement sur sa mémoire et tenta de tirer Jeanne d'Arc des mains de son neveu, Jean de Luxembourg. Peut-être aurait-elle prévalu contre les Anglais; mais elle mourut à Boulogne, le 13 novembre 1430(2).
Le cardinal de Neufchâtel put connaître son jeune et saint collègue à la cour d'Avignon ; car il ne fit en Lorraine que de courtes apparitions (3) et il se reposa, pour l'administration de son diocèse, sur François de Marginibus, évoque de Sidon, son suilragant (4). II résida presque constamment dans le Comtat, fut nommé par Clément VII, en 1392, cardinal-évôque d'Ostie (5) et prit, deux ans plus tard, une part très active à l'élection de Pierre de Luna. Il ne tarda pourtant point à se repentir de cette collaboration et, dès 1395, sur les instances du roi de France, il fit tout pour obtenir l'abdication de celui qu'il eût beaucoup mieux fait de ne point choisir. Elu, par ses collègues, capitaine d'Avignon, il voulut môme employer les armes pour forcer Benoît XIII à déposer la tiare. Il se brisa devant l'opiniâtreté du pontife et mourut en Avignon, le 4 octobre 1398, au moment môme où le maréchal de Boucicaut assiégeait le château du pape (6). Suivant son désir, il fut enterré à Villeneuve-les-Avignon, dans la chartreuse du Val de Bénédiction (7).
(1) M. Fourier donne ces lettres dans sa Vie du Bienheureux Pierre^ p. 305 et sq.
(2) Voir Fourier de Bacourt {op. cit., p. 298 et sq.) qui rectifie les dires de Calmet et de Benolt-Picart et prouve que Jeanne n'est pas morte en Avignon, sous l'humble habit de tertiaire de saint François.
(3) Les 14 et 28 septembre 1387, comme Jean de Neufchâtel se disposait à se rendre à Toul, Clément VII lui conféra des pouvoirs étendus, comme celui d'absoudre les Urbanistes repentants et celui d'accorder des indulgences aux fidèles qui contribueraient à l'entretien des ponts, des hôpitaux, des églises (Arch. Vatic, Reg. 298, f 1,8, 158). — Il se trouvait encore à Toul, le 25 janvier 1388, quand il reçut de nouveaux pouvoirs Ibid., R^Ç-^ 299, f* 90j. — Il se disposait à s'y rendre, en août 1394, au moment où il reçut encore de nouveaux pouvoirs (Noel-Valois, II, 301).
(4) Ben.-Pic, 500 — Eubel, 473.
(5) Eubel, 27.
(6) Eubel, 27 et 531.
(7) SchedulcB, dans Calm., I, ccxxxiv. — La Chartreuse a été démolie en