CHAPITRE VI. — LE GRAND SCHISME
Successivement partisan et adversaire de Benoit XIII, Jean de Neufchatel a été l'objet de jugements passionnés et contradictoires. U paraît toutefois avoir été un bon prêtre, un évoque zélé, un ardent champion de ce qu*il regardait comme la véritable cause de l'Église catholique. Sa grande faute a été de n'avoir point usé de riniluence que son titre d'évôque d'Ostie lui donnait sur le Sacré-Collège, pour faire reconnaître le pape de Rome, Boniface IX, à la mort de Clément VII.
Le duc Charles II de Lorraine (1390-1431), fils et successeur de Jean l'^, avait passé de l'obédience romaine à l'obédience d'Avignon. Craignant qu'une trop longue vacance ne préjudiciât à la paix et que le choix que Benoît XIII pourrait faire d'un évoque étranger au diocèse, ne créât de nouveaux embarras, il pressa les chanoines de ressaisir leur droit d'élection et il chercha en Lorraine un candidat à leur proposer. Le nom qui lui parut devoir attirer tous les suffrages fut celui d'un jeune clerc de vingt ans, Philippe de Villesurlllon, son parent, issu de l'une des plus nobles familles du pays (1) et alors étudiant à l'université d'Orléans. U se faisait fort d'obtenir du pape, dont le trône était déjà très chancelant, pleine et entière ratification de tout ce que l'on ferait.
Mais Venceslas ne voyait point sans inquiétude l'élection d'un prélat favorable au pontife d'Avignon ; en son nom, le sénéchal du duché de Luxembourg manda au chapitre de Toul de lui verser trois ans du revenu de l'Evôché, en compensation des sommes que Jean de Neufchatel, n'ayant point reçu l'investiture, avaient indûment perçues ; il lui ordonnait, en outre, de n'élire aucun évoque qui ne lui fût agréable et qui ne s'engageât à n'exercer aucune fonction avant d'avoir obtenu de lui la mise en possession de son temporel. Comme garanties, le sénéchal avait mission d'occuper toutes les forteresses de l'évêché, jusqu'à complète exécution des
grande partie à la Révolution. Voici l'épitapbe de Jean de Neufchatel, d'après
Vassebourg (f- 447) :
(( Buic deiias parce^ quœ summa vivis in Arce, « Collustrans cœlos^ sis sibi dulce melos « Et sucuramen. Sonet omnis spiritus: Amen, » (1) La maison de VUle-sur-HIon portait d'or à la croix de gueules (vo)r p.379.)
378 LIVRE IV. — l'agitation communale
prescriptions impériales. Benoît XIII, de son côté, revendiqua le droit de nomination et défendit au chapitre de procéder à l'élection.
Les chanoines, fort perplexes, firent observer au mandataire de Venceslas qu'ils n'étaient pas responsables des torts du cardinal défunt ; qu'ils n'avaient profité en rien des avantages qu'il avait tirés de son temporel et ils se retranchèrent derrière les conventions réitérées qui, jusqu'au rétablissement de l'unité, laissaient à chacun le libre choix de son obédience ; toutefois, leur meilleur argument fut de donner une prébende de leur Église au fils du sénéchal, Jequel, il faut l'avouer, n'eut aucun scrupule de jurer obéissance au pape d'Avignon. Ils obtinrent ainsi un instant de répit. Venceslas n'approuva point la conduite de ce père trop intéressé. Il obtint de Boniface IX une bulle qui lui accordait les revenus de l'évôché de Toul, durant la vacance du siège ; mais les chanoines lui opposèrent une autre bulle, signée de Benoit XIII, qui leur défendait de se soumettre aux revendications impériales. L'affaire n'avait donc point avancé.
Cependant, quelles que fussent les instances et les assurances du duc de Lorraine, le chapitre n'osait enfreindre la réserve pontificale et procéder à l'élection ; il s'avisa d'un biais et résolut de nommer Philippe de Ville vicaire-général du diocèse et administrateur du temporel de l'Evêché. Tout heureux de ce premier succès, Charles se rendit à Toul, fit visite à tous les chanoines et voulut être présent aux comices capitulaires. Le 26 décembre 1398, Philippe de Ville fut élu vicaire général ; Benoît XIII, qui était abandonné par le roi de France et qui avait tout intérêt à ménager ses derniers partisans, lui accorda les bulles nécessaires pour la gestion légitime de sa charge et le dispensa de l'âge requis par les canons pour l'administration de son temporel. Enhardi par ces concessions, le chapitre n'hésita plus : le 26 mars 1399, il élut évoque le vicaire-général et il chargea le chanoine Thierry de Neuviller de postuler auprès du pape la confirmation de cette élection.
Benoît XIII n'était plus à Avignon ; abandonné de la plupart de