CHAPITRE VI. — LE GRAND SCHISME
Louis enjoignit, par Lettres royaux, au bailli de Vermandois, de saisir toutes les possessions que le duc de Lorraine et son frère avaient dans son bailliage. Il espérait ainsi contraindre Charles à lever le siège ; mais le duc ne se laissa point détourner de son dessein ; après deux mois d'investissement, il força les bourgeois à capituler. Chose curieuse, dans le traité, il ne fut nullement question de Venceslas : tant il est vrai que Charles II ne songeait qu'à ses intérêts (1) . Le duc déclara renoncer aux droits de vouerie, de gouvernement, de préfecture qu'il prétendait posséder, mais aux conditions, fort avantageuses pour lui» de recevoir, en deux termes, la somme de huit mille francs et, en attendant, une rente annuelle de quatre cents francs. Durant le payement de cette pension, il conserverait, sur la cité, un droit de protection et de garde et il pourrait loger, dans l'intérieur des murs, une garnison lorraine de cent vingt soldats (2). Il pensait, non sans raison^ que les bourgeois, obérés comme ils l'étaient, ne pourraient verser la somme exigée et se racheter de ces servitudes : il se flattait de tirer ainsi de leur ville des revenus considérables.
Le comte de Vaudémont et le marquis de Pont-à-Mousson conclurent avec les Toulois des traités spéciaux et le duc de Bar, père du marquis, leur jura une paix de dix ans, moyennant une pension de cent francs (3). Quant à l'abbé de St-Léon, il obtint, en échange de son monastère, l'église et la cure de Saint-Agnan, que la ville acheta au chapitre de Saint-Gengoult pour un cens annuel de cinquante francs (4).
Les bourgeois, écrasant sous le poids de leurs redevances, essayèrent de se décharger. Ils refusèrent, pendant plusieurs années, d'accorder satisfaction au comte de Vaudémont. Ferry, par représailles, défendit à ses sujets d'entretenir des relations
(Il Disons toutefois que nous n'avons pas le texte des conventions primitives, mais celui du traité du 21 avril 1406 (Calm., VI, pp., lxxx). Or, à celle époque, le parti de Venceslas n'existait plus.
<2l Ben.-Plc, 508. — Calmet, III, 511.
(3) Bibl. nat., Coll. lorr., t. 242, n* 1.
(4) Arch. Vat., Reg. .Ir., t. V, 7. — Le texte du traité est donné par Benoit- Picart, à la page 511.
382 LIVRE IV. — l'agitation communale
avec eux et de leur amener du blé et d'autres denrées. Cet interdit leur causa un gros préjudice ; il leur fallut le faire lever et le comte exigea six cents livres de dommages-intérêts : ce qui fut loin de rétablir leurs finances.
Cependant Philippe de Ville avait terminé ses études ; il se rendit d'Orléans en Roussilion, pour présenter ses hommages à Benoît Xin et obtenir la dispense d'âge qui lui était nécessaire pour être ordonné. Le vieux pontife lui fit un accueil empressé, lui accorda tout ce 'qu'il lui demanda et voulut le sacrer lui-môme, dans l'église Saint-Antoine, à Perpignan. Philippe revint alors en Lorraine et fit son entrée dans sa ville épiseopale, le 24 mars 1404(1).
Il termina, le 28 octobre de l'année suivante, des difficultés pendantes depuis longtemps au sujet des murs de la ville qui longeaient le château épiscopal (2) ; puis, il régla le même jour, par une transaction demeurée célèbre dans les fastes de la cité, les droits réciproques de l'évêque et delà ville et les relations des deux pouvoirs ; il fixa la perception, les amendes, les confiscations, les tailles et la manière d'en répartir les fruits ; il arrêta tout ce qui concernait les mesures, le droit de banvin, les monnaies, les proclamations, les privilèges des officiers de l'évêque, les corps des drapiers et des autres métiers, les combats singuliers, les prisonniers, les malfaiteurs (3).
Cette charte de Philippe de Ville compléta lecode municipal; beaucoup d'actes antérieurs avaient réglé la police et la justice dans la cité, et les relations du chapitre avec les bourgeois ; il restait à bien établir les rapports de la ville avec l'évêque ; l'acte de 1405 combla cette lacune et, à partir de cette époque, Toul eut son organisation complète.
Les chanoines furent moins heureux avec leur prélat. A peine
(1) Ben.-Pic, 505.
(2) Lem., III, il.
(3) L'original de ce traité se trouve aux Archives de Toul (AA, 5.) 11 est fort bien conservé. On en trouve une copie à la suite des Mémoires de Jean du Pasquier^ et Daulnoy en a donné le résumé substanUel dans son Histoire de Toul (I, 176).