‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 179 sur 265 · CHAPITRE VI. — LE GRAND SCHISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — LE GRAND SCHISME

était-il installé qu'il découvrit une bulle que son prédécesseur avait obtenue de Benoit XIII et qui unissait à la mense épiscopale le grand archidiaconat (1). Cette mesure lésait gravement les privilèges du chapitre, pépinière des archidiacres, et surtout les droits de la collégiale Saint-Gengoult dont le prévôt était de droit grand archidiacre. Aussi Jean de Neuf châ tel n'avait point jugé opportun de publier le document pontifical. Philippe fut moins prudent ; il exhiba la bulle et prétendit s'en prévaloir. Le chapitre, tout ému, s'assembla et prit les décisions suivantes: !<>, il n'élirait désormais aucun évoque qui n'eût consenti à la révocation de cette bulle ; 2^, si Philippe de Ville persistait dans sa résolution, il l'obligerait à observer de point en point ce qui était marqué dans ses bulles ; 3^, il ne rendrait pas les chartes de l'évôché et il demanderait une bulle pour les garder jusqu'à ce que le prélat ait atteint l'âge de trente ans.

L'évéque ne sentait pas son pouvoir très affermi; il ne s'appuyait que sur le pape de Perpignan ; il pouvait craindre que ses chanoines ne passent à l'autre obédience et ne lui échappent complètement. Il usa donc de ruse, signa toutes les renonciations qu'ils voulurent, mais désavoua tout en secret et fit autoriser sa conduite par le complaisant Benoît XIII. Devant la réprobation que souleva tant de duplicité, il dut se retirer en Roussillon et il se reposa de l'administration de son Église sur l'évoque de Christopole, son sufïragant ; dès lors, quelles que fussent les sommations des chanoines toulois, il ne consentit point à revenir dans son diocèse. Il fut l'homme de confiance de l'obstiné pontife qui le chargea de missions délicates (2) et le combla de prévenances et de faveurs.

(1) Arch. Vallc, Reg. Av., Ben. XIII, t. I, 117. —Celte buUe, datée du 16 septembre 1395, n'est qu'une réédition de bulles antérieurement accordées, entre autres, par Urbain V, le 28 juillet i:i64 {Ibid., Urb. V, t. IX, 190) — Benoit- Picard (p. 506) et Galmet (III, 593; parlent de l'union des six archidiaconats... Je ne sais sur quoi ils s'appuient pour outrepasser ainsi les termes de la bulle de Benoit XIII.

{2) La plus importante fut celle de terminer une contestation survenue h Remiremont, après la mort de l'abbesse .leanne d'Aigremont, 4 mai 1404. Les chanoinesses avaient élu Henriette d'Amoncourt (Benolt-Picart dit Antoinette), mais le parti lorrain installa Catherine de Blâmont. Benoit XIII chargea Tévé-

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Il fut emporté, à la fleur de Tàge, dans le courant de 1408 (1) et il fut enterré à Perpignan, dans la même église Saint-Antoine où il avait reçu l'onction épiscopale (2).

Le duc de Lorraine et Benoît XIII se rencontrèrent pour lui donner comme successeur son frère, Henri de Ville, déjà chanoine et trésorier de Toul, écohitre de Verdun et clerc de la Chambre apostolique (3). Nommé le 10 décembre 1408 (4), le nouveau prélat obtint de Benoit XIII la dispense d'âge qui lui était nécessaire, fut sacré à Perpignan, le 20 mars suivant, en présence du souverain ponlife et de sa cour, et lit son entrée à Toul au mois de mai.

En ce moment, il n'était bruit en Europe que d'un concile qui venait d'être convoqué à Pise, pour remédier au malheureux schisme qui désolait TEglise. Sur les instances du cardinal Louis de Bar, évoque de Châlons et frère d'Edouard, le duc de Lorraine et le chapitre de Toul y envoyèrent leurs procureurs : c'étaient, pour Charles II, Henri de Trondes, doyen de l'église Notre-Dame d'Yvoy, licencié en droit, et Gersel de Vaudrevange, curé de Chiny, au diocèse de Trêves, son aumônier, tous deux hommes distingués. Les chanoines avaient choisi comme mandataires leurs collègues, Gérard de Norroy et Pierre de la Rappe.

A peine installé, Henri de Ville suivit leur exemple; ses délégués arrivèrent à Pise, au mois de juillet, juste à temps pour souscrire à la déposition des deux compétiteurs et reconnaître Alexandre V. Malheureusement Grégoire XII et Benoit XIII repoussèrent la sentence du Concile : au lieu de deux papes, l'Eglise en eut trois. Désolés d'une obstination si funeste, Henri de Ville, le duc de

que de Toul de mettre Henriette on possession de sa charge ; mais le duc de Lorraine menaça de quitter l'obédience d'Avignon et Benoit dut patienter (Didelot, Remiremonty 160 et sq.).

(1) Benott-Picart (p. 510) met la mort de Philippe en 1409; mais nous savons par les Archives du Vatican {Reg. Àv.y Ben. XIII, t. LV, 100) que Henri de Ville, son successeur, fut nommé le 10 décembre 140S.

(2) SchedulcPy loc. cit.

(3) Ben.-Pic, 513.

(4) Note 1.

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Lorraine, le chapitre de Toul, le cardinal de Bar se séparèrent définitivement de Benoit XIII et, dès lors, ils restèrent fidèles à Alexandre V et à Jean XXIII, son successeur.

L'anarchie était partout, dans les états comme dans TËglise ; en Allemagne, à la mort de Robert de Bavière (1410), les voix des électeurs s'étaient partagées entre Josse, margrave de Moravie, et Sigismond, frère de l'empereur déposé, et, comme Venceslas refusait d'abdiquer, TAllemague, pendant quelques mois, se divisa entre trois empereurs jusqu'au moment où la mort la débarrassa de Josse et l'abdication, de Venceslas. La France était déchirée de plus en plus entre les deux factions des Armagnacs et des Bourguignons que l'assassinat du duc Louis d'Orléans (1407) avait rendues irréconciliables. Placée entre ces deux pays, la Lorraine ressentait le contre coup de tant d'agitations.

Les chanoines, craignant que les Bourguignons ne s'emparassent de leur château de Void, prièrent le duc de Lorraine d'y mettre une garnison, et le comte Ferry de Vaudémont occupa, au même titre de protecteur, la forteresse de Vicherey. Mais, comme Charles II voulut invoquer de nouveau ses droits sur la cité touloise, Henri de Ville se rapprocha de la France ; sur ses conseils, le maître échevin, Regnaud le Poivre, vint à Paris et renouvela, sans doute avec Jean sans Peur, alors tout puissant, les anciens traités conclus avec Philippe le Bel : le droit de garde fut fixé à une pension annuelle de quatre cents livres. Le duc de Lorraine dut alors se contenter de réclamer à la ville une somme de sept cents francs d'or qui lui était due par suite de conventions antérieures (1) ; l'évèque, pour terminer Taflaire, emprunta cette somme aux Messins et s'en porta caution pour les Toulois. Cette solution pacifique ne semble pas avoir fait le compte de Charles II; car, profitant d'un différend qui avait surgi entre Henri et ses bourgeois, il gagna quelques citains et, avec leur concours, il forma le projet de pénétrer dans la ville. Le complot fut découvert à temps ; les coupables furent bannis et leurs biens, confisqués. Le cardinal

(Il Bibl. nat., Coll. lorr., t. 244, n- 3i.

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de Bar s'interposa et le duc conclut avec le prélat une solide réconciliation.

Henri de Ville d'ailleurs ne recherchait point la guerre. Animé de Tesprit évangélique, il travailla de toutes ses forces à rétablir la paix dans l'Église et dans le pays. Il fut des premiers à reconnaître l'empereur Sigismond et il obtint de lui, pour les Toulois, le privilège d'envoyer des procureurs aux assemblées générales de l'Empire. Il termina les différends qui divisaient le duc de Bar, l'archevêque de Trêves et le duc de Lorraine et il applaudit à la convocation d'un concile à Constance, en 1414.

Il avait envoyé Thierry de Saint Dié à l'assemblée de Narbonne où Ton avait décidé de se soustraire à l'obéissance des trois papes alors régnants, et il se préparait à se rendre lui-même à Constance, quand Guillaume de Cantiers, évêque d'Evreux, Géraud du Puy, évoque de Carcassonne, et Guillaume de Marie, doyen de Sentis, délégués du Roi très chrétien pour le représenter au Concile, tombèrent, avec les quarante hommes de leur escorte, entre les mains de chefs de bande. Chariot de Deuilly, la terreur de la contrée, Henri et Winchelin de la Tour et Jean de Chauffourt, tous soudoyés secrètement par Jean sans Peur (1). L'embuscade avait eu lieu entre Void et Foug, au passage de la Meuse. Irrité de cet attentat qui succédait à tant d'autres, Henri lança, le 10 juillet 1414, sur tout le diocèse, une sentence d'interdit (2) : il voulait par cet acte énergique intéresser les fidèles au maintien de la sécurité et à la répression du brigandage. Charles de Lorraine, Edouard, duc de Bar, Louis, cardinal de Bar, les évêques de Metz et de Verdun accoururent à son appel ; ils réunirent leurs troupes aux siennes et vinrent mettre le siège devant Removille (3), où les prisonniers avaient été conduits. Le château se défendit douze jours ; mais, à la fin, il dut ouvrir ses portes. Les captifs furent délivrés ; Chariot et ses complices^ pendus ; la forteresse, brûlée et les autres domaines

(1) Bibl. nat., Coll. lorr,, t. 200, n» 4. — Guillaume de Gantiers et Guillaume de Marie furent massacrés quatre ans plus tard, par les Bourguignons (1418). — Géraud du Puy mourut en 1420.

(2) Bibl. nat., Coll. lorr,, 243 bis, n* 76.

(3) RemovillCy c. de Châtenois, Vosges.

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