‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 180 sur 265 · CHAPITRE VI. — LK (iUAND SCHISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — LK (iUAND SCHISME

des agresseurs, pillés et livrés aux llaunnes. l/évèc|ue alors leva son interdit; mais il réserva (fue cette trêve spirituelle durerait seulement jusqu'à la Saint-Barthélémy, si le pape Jean XXIII et Tempereur Sigisinond ne jugeaient pas te châtiment sulHsant. C'est ainsi que Henri de Ville savait faire respecter les droits de la justice et de la religion.

Quelque temps après, il punit de même un autre violateur des immunités ecclésiastiques. Colard de Foug était un puissant seigneur qui possédait de nombreu.x fiefs sur la rive gauche de la Meuse, entre Ugny et Vouthon (I). Cupide et despote, comme tous ses collègues, il avait fait emprisonner Hugues, prêtre de Toul et receveur de révéché. Henri le frappa d'abord des censures de TEglise ; mais, comme il n'en faisait nul cas, il marcha contre lui, le battit et le tua. Mathilde de Naives, sa femme, et Milet, son tils, voulurent venger cette mort; mais ils i)erdireut leurs biens et virent leurs châteaux détruits. Malgré la défense de i'évèque, Mathilde lit enterrer de nuit le corps de son mari, dans l'église de Taillancourt (2), et menaça de mort ([uicon([ue oserait le déterrer. Henri, ne voulant point lutter contre une femme, interdit l'église et ordonna que, dans la suite, elle fût démolie et reconstruite ailleurs. Nous ne savons si ce décret fut exécuté dans toute sa rigueur. Vraiment notre prélat avait la décision prompte et la main ferme ; il était à la hauteur de sa mission si ardue, ah»rs que le brigandage des seigneurs lorrains était devenu proverbial dans le royaume de France (.'î).

Le (iOnciie s'ouvrit le il novemiire [M\: les évé(iues de Carcas sonne et d'Evreux n'arrivèrent à Constance qu'en mars 141;), trois jours après la seconde session. Le duc de Lorraine y entra bientôt après, avec Arnoud de Sierk, Kilian de Ludres, Henri Bayer de Boppart, évé(|ue de Metz, Henri de Parrois et Jean d'Hyussonville,

il) Vgny, c. de Vaucouleurs, Meuse. — Vouthon (Haut ou Bas ?), c. de Gondrecourt, Meuse.

(2) Taillancourt, c. do Vaucouleurs, Meuse.

(3) « Il (Charles de Deuilly) commençait à courir le pays, à piller, à (l<'>rober, à mettre feu, selon ce que l'on a coutume de faire en Lorraine. )){,].^ou\ono\ des L'rsins, Hist. de Chartes 17, édit. du Panthéon litlrrntre,\Kki, p. ."^JS..

388 LIVHE IV. — L*AGITATI()N COMMl'NALK

sénéchal de Lorraine. Ferry de Vaudémont le suivit de près et Henri de Ville ne tarda point à s'y rendre, et ses discours attirèrent sur lui l'attention.

[1 ne put toutefois fake terminer à son avantîijjfe un procès (|u'il soutenait, de concert avec ses bourgeois. Sous l'administration de Jean de Neufchâlel, les citains avaient pillé et détruit le château épiscopal et, après une longue impunité, ils avaient été condamnés à payer au prélat dix mille florins dédommages-intérêts. Il semble qu'en stricle justice, cette indemnité devait revenir au siège épiscopal ; mais le cardinal avait disposé du tout par testament. Philippe de Ville avait réclamé ; mais craignant de ne rien avoir, il avait consenti à une transaction et s'était contenté de la moitié de celte somme. Les Toulois se croyaient déchargés envers les héritiers de Jean ; mais l'un d'eux, Thiébaut de Rougemont, archevêque de Besançon, prélendit qu'en vertu du testament, les dix mille florins devaient lui revenir. 11 assigna les citains devant le (loncile et devant l'empereur, et Sigismond, je ne sais en vertu de quel principe, obligea Henri de Ville à rendre à l'archevêque les cinq mille florins que son frère et prédécesseur avait pen;us.

L'évêque se dédommagea de cette aventure en obtenant, du pape Martin V, une sentence contre les bourgeois de Toul et contre les infracteurs des immunités ecclésiastiques; puis, de retour dans son diocèse, il se mit, avec la plus grande ardeur, à réparer le mal que le schisme avait causé et à faire observer les canons du Concile sur la réforme de l'Kglise. C'était une œuvre diftîcile, mais d'une importance capitale.

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