XXVI AVANT-PROPOS
tout entière, il annonçait plus que ce qui l'a suivi. La Vie de saint Gérard^ ou plutôt les notes qui l'accompagnent, travaillées à loisir, avec beaucoup de sollicitude et de soin, dans le silence du monastère, sont, à mon avis, bien supérieures à l'Histoire du diocèse de Toul^ ouvrage trop hAté, composé avec l'assurance que donne un premier succès, au milieu de préoccupations de toute nature (i).
Ce n'est pas à dire que VHistoire du P. Benolt-Picart soit dénuée de valeur et ne mérite aucune considération. Le gardien des Capucins de Toul a su parfaitement se documenter : loin de se contenter des histoires ou dos chroniques antérieures, il a fouillé les archives si riches de l'évèché et du chapitre (2j ; il a visité les cartulaires des évéchés voisins, des collégiales, des monastères, les collections où il espérait découvrir des bulles ou des diplômes ; il a fait ou demandé des recherches dans les bibliothèques, en particulier à la Bibliothèque royale de Paris ; il a été en relations avec les savants de l'époque (3) .
Sa critique marcjne un progrès sensible sur les écrivains qui l'ont précédé : d'une main impitoyable il abat cette forêt de légendes que l'imagination féconde et intéressée des annalistes et des hagiographes avait fait pousser sur un terrain enveloppé de brumes ; il cherche à mettre lumière et ordre dans ce chaos ; il se déclare catégoriquement contre la mission de saint Mansuy par saint Pierre (4) ; il ne croit pas à l'épiscopat de saint Euchaire, à Grand (5) ; il met saint Auspice et saint Epvre à leur place véritable (6) ; il rejette Austrasius, Hilduard et Bérenger, etc. ; il débrouille et fixe le catalogue épiscopal ; il fait précéder l'histoire proprement dite d'une longue et intéressante étude sur la topographie du diocèse et sur les principales institutions ecclésiastiques et séculières qui se sont succédé dans l'héritage de saint Mansuy (7) ; et il met, à la suite de son livre, un choix considérable et judicieux de bulles, de diplômes, de chartes, tirées des archives louloises et prises pour la plupart sur les originaux (8) ; bref, il fait preuve d'aptitudes historiques.
Mais il a travaillé trop vite : il n'a même pas mis en œuvre tous les diplômes qu'il donne en appendice ; il ne contrôle pas toujours les allégations des Gesta et des Schedulœ ; il ne prend pas le temps de vérifier les noms et les dates : il écrit Savin de Florence pour Savin de Fiorano (H), Raymond de Baraille pour Raymond Perraud (10), etc. ; il ne se rappelle pas toujours que, avant 1582, l'année
{i) Voir livre XII, loc. cit., et Digot, op. Iau4.
(2) Lesquelles, au témoignage de Lemoine {Diplom. pratiq., p. 124), étaient les plus riches du Royaume, après celles de Saint-Denis.
(3) Hugo d'Étival, De Riguet, Mabillon, Baluze, etc.
(4) Hist. de Toul, p. 144 et sq.
(5) Ibid., 208.
(6) Ibid., 216 et sq.
(7) Ibid., p. 1 à 185.
|8) Ibid., p. I à CXXVIII.
(9) Ibid., 496. — Voir plus bas, p. 371.
(10) Ibid., 599. — Voir plus bas, p. 555.