‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 183 sur 265 · CHAPITRE Vil. — LES DÉBUTS DU XV** SIÈCLE 39o · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil. — LES DÉBUTS DU XV** SIÈCLE 39o

des lambeaux de provinces. Dans la vallée de la Meuse, la châ tellenie de Vaucouleurs était attaquée par Antoine de Vergy, STOuverneur de Champagne, et, le 18 juillet 1428, Robert de Baudricourt, son défenseur, avait signé un traité de capitulation (t). Assiégé depuis plusieurs mois, Orléans, ce dernier boulevard, était sur le point de se rendre, et déjà le « roi de Bourges « se demandait en quel coin de TAuvergne, ou du Dauphiné, il irait achever de perdre gaiment sa couronne. Ce n'était partout que luttes et pillages ; les seigneurs étaient trop heureux d'avoir des prétextes à leurs déprédations, et les cœurs saignaient devant « la grande pitié qui était au royaume de France ».

Ce fut alors, à ce moment de suprême désolation, que des Marches de Lorraine, de Domremy, petit village du diocèse de Toui, se leva, sur rappel d'En haut, une jeuneet pieuse paysanne (12). Laissant la houlette et la quenouille pour Tépée et la bannière, Jeanne d'Arc sut faire accepter sa mission de Baudricourt et de Charles VIL de La Hire, de Xaintrailles et do tous leurs soudards. En quelques mois, elle délivra Orléans, vainquit les Anglais à Patay, conduisit le fils de Charles VI et d'Isabeau à Reims, pour qu'il y reçût l'onction royale et, sa mission terminée, elle unit à Rouen, sur les flammes d'un bûcher, le 30 mai 1431, la couronne du martyre à la palme de la virginité, laissant, dans toutes les mémoires.

(1) Slm('*on Liioo, Jeanne d\ifc a Dnniremy, ch. III et Vï.

\2) ,1e n'ai point à discuter ici la question, si souvent agitée et toujours si obscure, de In nationalité de Jeanne d'Arc. Les nombreuses brochures de Tabbé Missel, Jeanne d'Arc champenoise, Paris, Champion, 1895 : Réponse à M. Poinsignon, Paris, Champion, IHÎKi : Réponse à M. l'abbé L'Hôte, Paris, Champion IHîKi, etc., etc., malgré leur ton Incisif et railleur, n'ont point résolu le problème et, après les réponses, calmes et très documentées, de M. Ch. («uyot, dans le Journal de ta Société d'Archéologie lorraine, février 189.^ — de M. Léon (îrrmain, Annales de l'Est, avril IHOii — de M. l'abbé Jehet. Réponse à M. Misset, 18^5 — de M. E. Duvernoy, Sur le ressort de la Prévôté de Gondrecourt, Nancy, Crépin-Leblond, 189î» — de M. l'abbé L'Hôte, Jeanne d'Arc, la bonne Lorraine [Sem. relig. de St-Dié, 1895) - de M. Poinsignon, M Lorraine^ ni Chat»penoise^ 189o, etc., la question reste toujours indécise ; les Lorrains, ou mieux les Barrisiens, n'ont pas été chassés de leurs positions.

Comme il est admis par tout le monde que Domremy était du diocèse de Tout, ce point me suflU, et je laisse les érudlts avec leur problème et leurs discussions.

39() UVHK IV. — l/.Vr.lTATIOX COMMIXALK

le souvenir ému d'une radieuse et fortifiante vision. Armé par Dieu, son bras débile avait porté un coup mortel à la puissance anglaise: vingt ans après sa mort, Henri VI ne possédait plus en France que la ville de Calais.

Dès le 3 août 14i9, le duc René avait déclaré au duc de Bedfort, régent du royaume pour le compte des Anglais, qu'il renonçait à son parti et depuis, il combattit pour le compte de Charles Vil. Le duc de Lorraine, Charles II, était alors gravement malade : un instant, il avait espéré obtenir sa guérison par les prières de Jeanne. Il avait voulu la voir et Tentretenir, lorsqu'en attendant un sauf-conduit pour traverser la France, elle était venue, par Toul et Nancy, au sanctuaire national de Saint-Nicolas de Port ; il lui avait donné un cheval et une somme d'argent; mais il était resté sourd à ses sages conseils; il n'avait point voulu renvoyer une femme, Alison May, qui avait sur lui trop d'empire, et il mourut bientôt après, le 25 janvier 14-M; il fut inhumé dans la collégiale Saint Georges et Henri de Ville présida ses obsèques (1).

René lui succéda, au nom de sa femme, Isabelle; mais il se savait un redoutable adversaire dans Antoine, comte de Vaudémont. Le neveu de Charles II n'avait nullement renoncé à ses prétentions et il avait trouvé un puissant auxiliaire en Philippe, duc de Bourgogne, ravi de créer des difficultés au beau frère du roi de France. René et Isabelle se concilièrent la chevalerie et la bourgeoisie par des concessions et des faveurs. Leur cause était du reste d'une portée générale : il ne s'agissait pas seulement d'intérêts dynastiques; si Antoine prévalait, c'en était fait, et peut-être pour bien longtemps, de cette union si désirable de la Lorraine et du Barrois.

Le jeune duc pria Henri de Ville de l'aider de ses conseils et, dès le 29 janvier, il écrivit au chapitre de Toul, pour lui dire qu'il se chargeait de la garde de ses domaines qui étaient enclavés dans les terres lorraines, et pour lui déclarer que l'église de Toul était la mère des églises de ses Etats; qu'il devait s'y rendre tous les ans, à l'exemple de ses prédécesseurs et y recevoir les sacrements ;

(1) Pfisler, /7/.s'f. de ynncij, 98.

CHAPITHK VJI. — LUS DÉBUTS I)L' X\" SIKCLK 397

que révè(iue et le chapitre étaient ses maîtres spirituels et (jull leur était entièreraent dévoué.

Opendaut, Antoine de Vaudémont rassemblait, en Flandre et en Champagne, une armée considérable et pénétrait dans le Barrois. René lit appel à ses amis et réunit 4,500 cavaliers et environ 10,000 fantassins. Poirsonnetti, mailre-échevin de Toul, lui avait amené trente cavaliers et Conrad Bayer de Boppart, évè(fue de Metz, deux cents : nous ne savons quel fut le contingent fourni par Henri de Ville. Les deux armées se rencontrèrent, le 2 juillet, près de Bulgnéville; René fut battu, tomba entre les mains de Philippe le Bon et fut, pendant six ans, tenu dans une dure captivité.

L*évéque de Toul n'abandonna point la duchesse Isabelle ; il fut pour elle un conseillei-^oujours écouté; il se chargea de l'éducation de ses deux fils, Jean et Louis, et leur donna asile dans son château épiscopal. Quoique souffrant d'une forte obésité qui lui rendait les déplacements fort pénibles, il n'hésita point à se rendre à Dijon, à Lyon, à Lille, pour traiter avec le duc de Bourgogne de la rançon de son prisonnier.

Chargé avec Tévéque de Metz et Louis de Haraucourt, évèque de Verdun, de décider entre René et Antoine, il fit tout pour que la question fût déférée au jugement de Tempereur. Or, un concile était alors convoqué à Baie pour parfaire Tœuvre de réformation commencée par le concile de Constance. Henri de Ville ne put s'y rendre ; mais il y envoya des procureurs. Ses deux collègues y furent dans le courant de 1433 et l'empereur Sigismond, mis par eux au courant de toute l'affaire, trancha le différend en faveur de René et lui accorda, le 24 avril 1434, a pour et au nom de sa femme », l'investiture des tiefs (fui dépendaient de l'Empire.

Cependant le duc était toujours à la discrétion de son geôlier. Il fallait, à tout prix, le tirer de prison ; car Isabelle avait assez à faire pour recueillir et défendre, contre les compétiteurs, le triple héritage que son mari fit, coup sur coup, du duché d'Anjou, du comté de Provence et du royaume de Naples (novembre 1434 et février 1433), et le pays, resté sans souverain, gémissait, en proie aux pillards et aux aventuriers. Une assemblée se tint à Pont-à-

398 LIVUK IV. — L'AGITATIOxN communalk

Mousson pour s'occuper de la rançon du prince. Henri y députa deux chanoines, souscrivit à tout ce qu'on y décida, pria ses prêtres de contribuer de leurs deniers à la libération de René, et ce fut sans doute à sa prière que le chapitre donna, pour cet effet, une somme considérable. Il n'eut toutefois pas la consolation de voir le duc hors de captivité et le pays heureux et pacifié.

Il mourut, le 12 mars 1436(1), en son château de Liverdun, et son corps fut solennellement transporté de Liverdun à Saint-Mansuy, puis à Toul, et inhumé dans le chœur de la cathédrale. On a récemment découvert son tombeau, à gauche du maître autel, derrière le revêtement de marbre qui, depuis le xviii*" siècle, déshonore le sanctuaire (2). Il est représenté couché, les mains jointes, coiffé de la mitre, vêtu des ornements pontificaux et du surhuméral.

Aussi bon administrateur que pasteur infatigable, il avait restauré le château épiscopal, fortifié solidement Brixey, Maizièreset Blénod, déchargé de toutes dettes le temporel de Tévêché, fourni Saint-Etienne de livres et d'ornements précieux, relevé la discipline et encouragé plusieurs fondations pieuses.

Sous son épiscopat, Tévêque de Metz, Conrad Bayer de Boppart, introduisit, en 1433, les Carmes dans sa ville de Baccarat (3), et Jean de Haussonville, connétable de Lorraine, bâtit, vers 1433, pour un prévôt et quatre chanoines, la collégiale Saint-Claude, en sa seigneurie de Haussonville (4). Vers le même temps, le 16 octobre 1633, le chantre du chapitre, Robert de Haroué, établit à la cathédrale le chant de VAve Maria, avant chacune des heures cano-

(1) Schedulœ, dans Calinet, I, ccxxxv — Benolt-EHcart, 527, citant la môme notice funèbre.

(2) Démange, Déconcerte à la cathédrale de Toul. Tombeau de Henri de Ville. Nancy, Crépin-Leblond, ISltà. (ExiT-dii du Journal Soc. Àrch. lorr., ^89i); A propos de monuments du Mil* et du XV* siècles découverts à la cathédrale de Toul (Lorr. artiste, 1893).

(3) Arch. de M.-et-M., H. 893. — Bernhardl, Deneuvre, 94. — Ce couvent de Baccarat est le plus ancien que les religieux de cet ordre possédèrent en Lorraine.

(4) Haussonville, c. de Bayon, M.-et-M. — Ce chapitre subsista jusqu'à la RévoIuUon — Cf. Paquatte, Notice sur Haussonville, Metz, 1895, ouvrage couronné par l'Académie de Metz.

Page 1