CHAPITRE VIII
Nouvelle crise entre la Ville et le Chapitre
Louis de Haraueourt et Guillaume Fillàtre ^*^
La succession de Henri de Ville fut vivement disputée. Pour donner aux compétitions le temps de se calmer, les chanoines qui avaient ressaisi leur ancien droit, durent surseoir à Télection et confier le diocèse aux deux vicaires capitulaires, le franciscain Henri de Vaucouleurs, évêque de Christopolis, suffragant de Henri de Ville, et Frédéric de Maldemaire, officiai de Toul et doyen de Saint-Gengoult. Ces deux prélats, fort estimés pour leur science et leur vertu, travaillèrent de concert à diriger les voix et réussirent à faire élire Frédéric ou Ferry de Clézentaine, grand aumônier de Lorraine, chef du conseil d'Isabelle, grand archidiacre de Toul et prévôt du chapitre de Saint Dié(2).
C'était un excellent choix. Issu d'une famille de la chevalerie lorraine, homme du plus haut mérite, Frédéric était sympathique à la cour, à la noblesse et au clergé ; mais le pape Eugène IV voulut donner une leçon au chapitre toulois. Déclarant qu'il s'était réservé la nomination, il cassa l'élection et, quelles que fussent les instances, il ne consentit point à revenir sur sa décision. Un instant.
(1) Môme source générale et môme observation qu'au chapitre précédent.
(2) Ferry de Clézentaine, archidiacre de Toul, ayant été élu à l'évôchéde Toul, le chapitre lui réclame le remboursement des sommes qu'il lui a avancées, /fwur qu'il fasse confirmer son élection (1440). — Arch. de'M.^ct-M., G. 74, l* 38.
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les chanoines voulurent plaider, mais la réflexion leur montra la folie de ce projet. Frédéric, tiomme de paix et de conciliation, renonça spontanément it ses droits et le chapitre, pour ne point tout perdre, demanda qu'il lui fût permis de souscrire à la requête que lui avait fait présenter Louis de Haraucourt, évèque de Verdun, et de postuler ce prélat comme premier pasteur.
Louis appartenait à l'une des plus illustres maisons de Lorraine. Fils de Jean de Haraucourt (l), l'un des ré- {^ents du duché pendant la minorité de Charles 11, il avait d'abord été chanoine de Toul, puis chantre de Verdun, et il avait succédé, en 1430, au cardinal de Bar (2). Mais, emporté par la fougue de la jeunesse, il n'avait pas toujours su respecter ce qu'il devait à son rang ; il avait indisposé contre lui son chapitre et ses bourgeois el, rendu plus sage par l'âge et le malheur, il n'aspirait qu'à recommencer ailleurs un épiscopat plus pacifique. Zélé partisan de Hené d'Anjou, il avait applaudi à sa mise eu liberté, qui eut enlin lieu le 11 février 1437 ; il avait, comme son collègue de Metz el les vicaires capitulaires de Toul, autorisé la levée d'un sou par conduit sur tous les sujets de l'évéché de Verdun, pour contribuer à la rançon, et il venait de prêter au prince huit mille florins, pour l'aidera préparer une expédition dans le royaume de Naples. Il avait donc toute la confiance ducale et René, en partant pour rilalie, l'avait chargé, avec Bayer de Boppart et Érard, sire du Châtelet, de la régence de ses États et lui avait confié une mission pour le pape Eugène IV.
(1) UaruucAurl, l'un dex quatre grands ehevaul <le Lorruino, portait d'or eroix de gueules, au franc quartier d'argent, chargé d'un lion de table, a et lampassé de gueules, euuronnè d'or.
(il RouMpl, HiM. ite Verdun, II, 'J^ vl sij.
402 LIVRE IV. •- l'agitation communale
Le souverain pontife était alors à Ferrare. Le prélat vint Ty trouver et il profita de cette démarche pour se disculper de sa mauvaise administration et pour solliciter lui-même le siège de Toul. Eugène, sachant qu'il ferait plaisir à René d'Anjou, ne se fit point prier longtemps et Louis de Haraucourt, transféré sur le siège de saint Mansuy, par bulles du 17 mai 1437 (1), entra dans sa nouvelle cathédrale le lo septembre suivant.
Il se montra moins évéque qu'homme politique; prit fort au sérieux ses fonctions de régent et centralisa en ses mains presque toutes les affaires de Lorraine. Pendant que René perdait son royaume de Sicile (1438 1442) et se consolait de ses revers au milieu de ses fidèles Provençaux, il défendit le duché contre Antoine de Vaudémont, toujours intraitable dans ses revendications, et contre les seigneurs, avides de rapines et d'aventures. Quoique territoire neutre, le temporel de Tévêché avait beaucoup souffert de ces luttes. Forte-Epice, l'un des chefs de bandeau service du comte de Vaudémont, pilla le village d'Ourches-sur- Meuse et les chanoines, pour protéger leurs terres contre de nouvelles incursions, durent élever une grosse tour à leur chAteau de Void. Les prévôts de Foug et de Bouconville, Baudoin de Fléville, abbé deGorze, et le seigneur d'Apremont furent encore plus hardis : ils vinrent jusque sous les murs de Toul, pillèrent les deux faubourgs Saint Epvre et Saint-Mansuy et firent prisonniers un certain nombre de bourgeois. Mais le maître-échevin fut assez heureux pour s'emparer de l'un des prévôts et de plusieurs seigneurs ; l'affaire se termina par l'échange des captifs et René, informé de cette agression envers une cité qui s'était montrée si généreuse pour lui, en témoigna toute sa peine et promit d'en punir les auteurs: on ne sait si, revenu en Lorraine, il fit honneur à sa parole.
Impuissants à faire face à tant d'ennemis, les régents s'adressèrent à (Charles VII. Le roi leur envoya La Hire avec une forte armée et, pour un temps, le pays fut tranquille (1439). Mais à peine les
(!; Arch. Valic, Oblig., LXV, p. 3.H. — Àrm . L\\\ t. 2U, f" li-i.