‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 186 sur 265 · CH. VIII. — NOUVELLE CRISE ENTRE LA VILLE ET LE CHAPITRE · texte numérisé non relu

CH. VIII. — NOUVELLE CRISE ENTRE LA VILLE ET LE CHAPITRE

troupes françaises eurent-elles quitté la région qu'Antoine de Vaudémont reprit la campagne et que, de toutes parts, les aventuriers, Robert de Sarrebruck entre autres, se répandirent, en quête de butin. L'évêque de Toul ne vit d'autre remède au mal que de former entre les gentilshommes lorrains une de ces ligues offensives et défensives qiii jadis avaient eu tant de succès (1). La ligue fut signée, pour trois ans, en août 1441, par une trentaine de che valiers et, durant quelque temps, elle maintint la tranquillité dans le pays. Le long différend entre Vaudémont et Lorraine se termina enlin, en 1444, par le mariage de Ferry, fils aîné d'Antoine, avec Yolande, fille aînée de René et d'Isabelle (2). De cette union, naquit René de Vaudémont qui, en 1473, à la mort de Nicolas, petit-fils et deuxième successeur de René d'Anjou, devait réunir sur sa tête les trois couronnes de Lorraine, de Bar et de Vaudémont, et mettre fin à ces longues et fâcheuses compétitions.

Cependant l'évoque de Toul soupirait après le retour du duc de Lorraine qui ne pouvait s'arracher aux délices de la Provence. Isabelle était rentrée en 1442; le prince Louis, marquis de Pontà-Mousson, avait la lieutenance des duchés ; mais, pour affermir la paix, la présence du roi de Sicile pouvait seule avoir quelque efficacité. Du reste, quels que fussent le zèle et le talent du suffragant, Henri de Vaucouleurs, le chapitre trouvait que Louis oubliait trop son Eglise et, dans des lettres fort pressantes, il l'exhortait à se souvenir qu'il était pasteur d'àmes et non ministre d'Etat.

l\*ené revint enfin en 1444 et Louis de Haraucourt put se rendre aux prières de ses chanoines et habiter désormais sa ville épiscopale. Mais, peu versé dans les matières ecclésiastiques, il continua à se reposer sur son fidèle auxiliaire. D'ailleurs, d'autres affaires fort importantes attirèrent bientôt toute son attention.

Le duc de Lorraine avait à se plaindre des Messins; il pria son beau-frère, Charles VII, de l'aider à châtier leur fière cité (3). Alors

(1/ Calm., V., 77.

(2) Le mariage fut célébré à Nancy, en 144i, en présence de Louis de Haraucourt.

(3) Du Frcsnc de Beaucourt, Histoire de Charles VII, IV, 58 cl sq.

404 LIVRE IV. — l'agitation communale

en paix avec les Anglais, le roi de France saisit cette occasion de conduire vers la frontière des bandes de mercenaires et d'aventuriers qu'il ne pouvait licencier sans péril et qu'il ne savait comment occuper. Il avait, du reste, repris un projet déjà caressé par ses prédécesseurs : il méditait de s'emparer des trois évêchés de Metz, Toul et Verdun, et René n'était pas assez fin politique pour s'apercevoir qu'en introduisant dans nos vallées un aussi, puissant voisin, il travaillait contre les intérêts des duchés dont il avait la garde.

Après avoir reçu l'hommage des Spinaliens qui venaient de se soustraire à l'évoque de Metz pour se donner au roi de France, et avoir fait un pèlerinage à St-Nicolas de Port, Charles VII rejoignit René à Nancy, le 20 septembre 1444 et, de là, s'appuyant sur de nombreux précédents que ses légistes avaient exhumés du Trésor des chartes, il envoya des hérauts à Verdun et à Toul sommer les habitants de l'accepter pour leur protecteur (1). Les Toulois répondirent à Pierre de Brézé, l'agent du monarque, que, de tout temps, leur cité avait relevé de l'Empire ; qu'elle était située en dehors du royaume, à trois lieues et plus des frontières, et, à toutes les pièces qu'on leur produisit, ils opposèrent des fins de nonrecevoir. En même temps, ils dépêchèrent quelques notables au roi des Romains, pour lui demander au plus vite un chef militaire et des secours (2). Mais Frédéric III, trop occupé chez lui, ne put que protester contre un tel empiétement (3) et, quand les Messins eurent acheté à prix d'or leur indépendance, Charles renouvela ses prétentions. Il réclamait la « garde » de la ville, telle que ses prédécesseurs l'avaient exercée et, pour ce, une rente annuelle de deux mille francs, et le payement de l'arriéré des dix dernières années, soit une somme de vingt mille francs.

(1) Roussel, Hist. de Verdun^ 11, Pr., XL.

(2) Oq lit dans une lettre du bourgmestre de Bâle, 11 septembre 1444 : « Item^ une ville, appelée Toile, en Lorraine, a écrit au Roi (des Romains) que les étrangers demandent qu'elle leur soit livrée : elle réclame un chef militaire et des secours. » (Wûlcker, Mittheilungen aus dem Franckfurter Stadt- Archive, in-4» p. 35.)

(3) Lettre du 22 décembre 1444, à Charles VII, dans Schœfflin, Alsaiia diplomatica, II, 376.

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