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CHAPITRE IX. — LORRAINS ET BOURGUIGNONS

en Espagne à conquérir la couronne d'Aragon, fil assemblera Nancy les États-Généraux, pour chercher un moyen de terminer cette lutte. On fut d'avis qu'il fallait amener le chapitre de Toul à convaincre l'administrateur apostolique de n'avoir rempli aucune des prescriptions imposées par ses bulles, de le déposer et de procéder à l'élection d'un évêque. Les chanoines gémissaient, du moins pour la plupart, des malheurs du pays et du désarroi du diocèse où, depuis plus de cinq ans, les ordres sacrés n'avaient pas été administrés (1) ; mais ils s'alarmèrent à l'idée d'un coup d'État; ils craignirent de n'aboutir qu'à une chose: envenimer la querelle et compliquer les horreurs de la guerre civile par les dissensions d'un schisme, et ils ne voulurent pas céder aux instances des Etats.

Cependant l'affaire avait transpiré : Thiébaut, plein de colère, pénétra dans le pays, avec une armée de six mille hommes. L'ab" sence de Jean II, l'inexpérience et l'indolence du prince Nicolas, l'indécision du conseil ducal lui laissèrent tout le temps d'exercer ses vengeances. Déjà cinq cents villages avaient été pillés et incendiés, quand Jean de Fénétrange, maréchal de Lorraine, fut enfin chargé d'arrêter ces dévastations. Aidé de la noblesse, des milices bourgeoises et de bandes d'aventuriers, cet habile capitaine courut sus aux Bourguignons, les refoula dans les terres de l'Evèché, mit à sac les riches et populeux villages du temporel et, selon l'usage du temps, détruisit les récoltes, coupa les vignes et les arbres fruitiers ; c'était vraiment, de part et d'autre, une guerre d'extermination. Les paysans durent chercher un refuge à Toul, dans les châteaux forts ou dans les forêts.

Fénétrange établit ensuite son camp sous les murs de Liverdun et, après six semaines d'investissement, contraignit cette citadelle à se rendre (16 septembre i4()G) ; la garnison obtient la faveur d'une capitulation; les habitants durent payer une contribution considé-

(1) 1468 — Requôte présentée par le rbapitro à Antoine de Noiifrhî\tol,év('([ueélu de Toul, pour le prier de remédier ù l'inconvénient de sa non-résidence, de ce que les ordres sacrés, depuis près de sept ans, n'étaient point conférés- (Arch. de M.-et-M. G., 74, f 173.)

42't LIVRE IV. — l'agitation communale

rable et les remparts furent démolis. Pendant le tumulte qui suivit rentrée des Lorrains» le feu se déclara au château de Tévêque où se gardaient les archives du diocèse; près des deux tiers étaient déjà consumés, quand le maréchal de Lorraine réussit à sauver le reste et le fit transporter à la collégiale Saint-Georges : ce fut pour rhistoire une perte irréparable.

Chaligny, Bainville, Brixey, Maîzières furent emportés l'un après l'autre et, vers la fin de 1468, le pays put enfin respirer. Jean II, toujours en Catalogne, supplia de rechef les chanoines de procéder à une nouvelle élection (1), et tous, en Lorraine, noblesse et bourgeoisie, clergé et; peuple, joignaient leurs instances aux prières du duc de Calabre ; mais Thiébaut de Neufchâtel fit savoir qu'il était prêt à revendiquer les droits de son fils ; Louis XI conseilla de ne rien précipiter et le pape Paul II, irrité de cette ingérence laïque et circonvenu parles Bourguignons, défendit formellement de céder aux désirs de la Maison de Lorraine.

Tiraillés en tous sens, redoutant également la vengeance des Neufchâtel et le ressentiment ducal, les chanoines prirent une résolution sage. Comme son septennat était sur le point de se terminer, ils s'adressèrent à Antoine; ils lui remontrèrent que son attachement aveugle aux intérêts de sa famille avait causé la ruine de son diocèse ; ils lui rappelèrent que Pie II, en lui accordant ses bulles, lui avait imposé l'obligation de recevoir le diaconat durant les sept ans que devait durer sa mission; ils lui firent observer qu'il n'avait pas rempli cette condition et ils lui insinuèrent que le seul moyen de racheter le passé et de rendre la paix au pays, c'était de renoncer volontairement à tous ses droits sur l'Évêché.

Le prélat leur fit une réponse polie, mais évasive. Trompés dans leur attente, les chanoines auraient du moins voulu temporiser encore et remettre l'affaire au jugement de la Cour romaine, comme l'archevêque de Trêves, les évêques de Metz et de Verdun, et le simple bon sens le leur conseillaient : le pape n'avaitil pas seul autorité pour déposer un administrateur apostolique légitimement nommé et installé ? Mais Jean de Calabre était là, les

(1) Lîi lettre est donnc^e par Benoît-Picard, p. 563.

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