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CHAPITRE IX. — LORRAINS ET BOURGUIGNONS

harcelant sans relâche, s'offrant à supporter tous les frais que pourrait entraîner l'élection. Les voyant qui hésitaient, il leur envoya le procureur général de Lorraine pour triompher de leurs scrupules et désigner à leurs suffrages Jean de Lamballe, son secrétaire, grand archidiacre et plus tard abbé de Saint-Mansuy (1). Malgré toutes ces instances, l'assemblée capitulaire était loin de s'entendre sur la légitimité et sur l'opportunité delà mesure qu'on lui proposait. L'archidiacre de Vittel et un grand nombre de ses confrères voulaient que l'on déférât aux désirs du prince ; l'archidiacre de Port et les autres chanoines trouvaient dans cette pression du pouvoir laïc une dérogation aux lois canoniques et une source de nouveaux malheurs. Ils étaient les plus sages : ils ne furent point les plus forts. Tout ce qu'ils purent obtenir, ce fut qu'on sommerait, à trois reprises, Antoine de venir au prochain synode de la St-Luc. Retiré à Luxeuil, l'évoque envoya, pour toute réponse, un corps de Bourguignons sur les frontières : il comptait intimider ses adversaires ; il ne réussit qu'à mettre le comble à l'exaspération et Jean de Lamballe fut élu: ce fut dans le diocèse un éclair de joie.

Mais Antoine, loin de se considérer comme déposé, mit son Église en interdit. Il venait d'obtenir la riche abbaye de Luxeuil (2) : il y transféra l'oflicialité et se pourvut au Siège-Apostolique. Le pape, comme on devait s'y attendre, confirma l'interdit et frappa d'excommunication Jean de Lamballe, ses électeurs et ses partisans. Ceux-ci se révoltèrent contre la sentence ; ils déclarèrent hautement que le souverain pontife ne pouvait point les obliger à obéir à un Bourguignon, leur ennemi et leur persécuteur ; ils continuèrent les fonctions sacrées et prêchèrent ouvertement la résistance. Le schisme était consommé; de paroisse à paroisse,

(i) Jean do Lamballe, protonotaire apostolique, trésorier de St-Georges, primicier de Metz, archidiacre de Toul, fut nommé abbé commendataire de Sl-Mansuy, le !•' juin 1479, après le décès de Frédéric Vautrin de Llverdun (t 10 mai 1479). Il eut pour successeur en ce bénéfice, vers 1484, Olry de Blâmont, le futur évoque de Toul iGall. ,Xl\l, 1093. — Arch. Vatic, Reg. 473, f»300; S. C, 25. p. 29).

(2) GalL, XV, 159.

426 LIVRE IV. — l'agitation communale

les fidèles de Neufchâtel et de Lamballe se jetaient ranathème. Le prétendu remède était pire que le mal.

Informé de cette situation lamentable, le pape prit enfin en considération les réclamations des Toulois. Il envoya comme légat. Onufre, évoque de Tricarie; mais, pendant que ce prélat travaillait avec les plus louables elTorts à calmer les esprits et à ramener la paix, Henri de Neufchâtel, frère de Tévêque, se jeta sur la Lorraine avec trois mille hommes, y commit des excès sans nombre et rendit tout accord impossible.

Les choses en étaient là, quand on apprit la mort, en Catalogne, du duc Jean de Lorraine (13 décembre 1470). Ce fut une désolation générale, car la noblesse et le peuple aimaient ce prince liardi, franc et loyal, à la belle stature, au noble cœur, aux qualités chevaleresques. Jean de Lamballe perdit en lui son principal appui. En effet, le duc Nicolas, d'humeur moins belliqueuse, parut à peine en Lorraine et se désintéressa complètement de la lutte engagée contre les Neufchâtel. Ceux ci s'étaient retranchés dans la dernière forteresse qui leur restait, Chatel-sur-Moselle, et de là, ils poussaient des incursions hardies et désastreuses. Le peuple se lassait de cette guerre sans issue ;'on commençait à reconuaître que Ton avait fait fausse route ; on savait que Nicolas s'était rapproché de Charles, fils et successeur de Philippe le Bon, qu'il était question de son mariage avec la princesse Marie de Bourgogne, fille du nouveau duc, et l'on se prit à songer à la paix.

Les bourgeois de Toul sortirent alors de leur neutralité ; ils se soulevèrent en masse et exigèrent du chapitre qu'il désavouât son élu. Nicolas, consulté, joignit ses instances aux leurs. Il fut convenu que le prince et les chanoines enverraient des députés auprès d'Antoine, pour le prier d'oublier le passé. Le prélat reçut les délégués à bras ouverts, promit de tout pardonner et l'affaire fut définitivement arrangée par un traité signé à Luxeuil, le 22 septembpe 1472 : il y avait douze ans que sa promotion malencontreuse mettait le pays en combustion ! ce n'était pas la dernière fois que les calculs de l'ambition et les complaisances du pouvoir devaient faire le malheur de l'Église.

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