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CHAPITRE IX. — LORRAINS ET BOURGUIGNONS

Cet accord statuait que l'évoque rentrerait dans son diocèse quand il le jugerait bon, et qu'il en confierait incontinent à qui il voudrait, Tadministration spirituelle et temporelle ; qu'il pourrait à son gré réparer et fortifier ses places et y mettre des garnisons. Nicolas, de son côté, contraindrait Jean de Lamballe à se désister de toute prétention à l'épiscopat et rendrait à Antoine les archives, les meubles, les munitions et les pièces d'artillerie, prises pendant la guerre. Tous les partis, duc, chapitre, gens de l'évêché, restitueraient les biens dérobés à la faveur de la lutte. Le prélat accorderait à tous pardon et amnistie ; il ferait approuver le traité par la Cour pontificale, lèverait l'interdit quinze jours après que le duc aurait ratifié les conventions, et résiderait désormais dans son diocèse (1).

Nicolas approuva le traité en janvier 1473 (2). Les officiers d'Antoine entrèrent dans les forteresses épiscopales et l'interdit prit fin. Il restait néanmoins une question à résoudre: pendant douze ans, sous le prétexte de fournir aux dépenses de laçuerre, le chapitre et le Conseil de Lorraine avaient perçu les revenus de l'évêché. Le prélat, à court d'argent, réclama ce qu'il considérait comme un dû ; mais Nicolas se chargea de l'indemniser et lui fit compter une somme de six mille florins.

Dès lors, Antoine se tint tranquille. Pour ne pas indisposer ses bourgeois, il refusa d'aider le duc dans un coup de main qu'il tenta, en juin 1473, contre la ville de Metz ; il pleura ce prince, emporté prématurément à l'âge de vingt-cinq ans par une maladie mystérieuse, après trois ans de règne (22 juillet 1473), et il resta fidèle, dans des circonstances bien délicates, au jeune duc René II, fils de Ferry de Vaudémont et d'Yolande d'Anjou, qui se trouvait appelé à recueillir, ou plutôt à revendiquer l'héritage de Gérard d'Alsace.

Menacé par Charles le Téméraire qui rêvait de s'annexer la Lorraine pour réunir en un seul faisceau ses vastes possessions de Bourgogne et des Pays-Bas et ressusciter à son profit le royaume de Lotharingie, René, à peine installé, fut obligé de défendre l'indé-

(1) Ben. Pic, 57!.

(2) Blbl. nal., Coll. lorr., 242 bis, n- 57. - Calmet, VI, ccxxvi et sq.

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pendancede son duché (1). Comptant sur Tappui de Louis XI, il fit alliance avec les villes de la Haute-Alsace qui se révoltaient contre Charles, avec les Suisses, Strasbourg et le duc d'Autriche, et il envoya défier le duc de Bourgogne, alors occupé au siège de Neuss (9 mai 1475).

Il craignait fort qu'Antoine de Neufchâtel ne soutînt son adversaire : ce qui lui eût créé, en plein cœur du pays, de sérieux ennuis. Il envoya le légat du Saint-Siège, Alexandre de Forli, demander au prélat, au chapitre et aux bourgeois de se tenir dans la plus stricte neutralité. Le mandataire réussit pleinement dans ses négociations: le chapitre et la cité s'engagèrent à ne fournir aucun secours aux Bourguignons et Tévêque consentit, pour plus de sûreté, à se retirer momentanément dans son abbaye de Luxeuil.

René eut moins de succès dans sa lutte avec le Téméraire. Il avait eu tort de se fier à Louis XI qui venait de conclure avec Charles une trêve de neuf ans. Réduit à ses seules forces, il ne put empocher son adversaire d'envahir son duché, d'enlever successivement ses places, d'entrer à Nancy, le 30 novembre 1475, de s'y faire acclamer comme duc de Lorraine et d'y établir le siège de son empire.

Le prince bourguignon quitta sa nouvelle capitale, en janvier 1476, pour aller châtier les Suisses révoltés ; il passa par Toul (2) où les habitants, ne voulant pas hasarder une défense inutile et s'attirer de fâcheuses représailles, le reçurent avec les plus grands honneurs. II assista à la messe dans la cathédrale magni fiquement ornée, alla à l'offrande, baisa les reliques et déposa avec ostentation sur le plateau la somme de vingt florins. Il prit part à unsplendide banquet que lui offrit le corps de ville, témoigna hautement son contentement pour cet accueil empressé et partit

(1) Sur l'épopée guerrière de René contre Charles le Téméraire, voir les historiens de Lorraine.

(2) Benoit- Picaft (p. 578) place celte arrivée de Charles devant Toul, en octobre 1475, avant le premier siège de Nancy. N'aurait-il pas fait une confusion avec une seconde venue à Toul, en octobre 1576, avant le second siège de Nancy par le Bourguignon ? — En tout cas, le témoignage de la Chronique de Lorraine (p. 186), contemporaine des événements, m'a paru plus sûr. C'est <lu reste l'avis de Digot {op, rt^JIÏ, 277), et de Pfister (Hist. de Nancy, 162).

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