‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 196 sur 265 · CHAPITRE IX. — LORUAINS ET BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — LORUAINS ET BOURGUIGNONS

en disant aux magistrats : « Vostre protecteur et deffendeur au temps advenir seray. » Il continua sa route par Neufchâteau, Dombrot et la Bourgogne et, bientôt après, on apprit sa défaite près de Granson (2 mars).

A cette nouvelle, la Lorraine tressaillit et Tespoir revint au cœur de René II. Le bâtard de Vaudémont, Jean de Brin, surnommé le Petit-Jean, et plusieurs hommes aussi vaillants et aussi décidés qu'eux, s'emparèrent de Vaudémont, de Vézelise, de Thelod, de Pont-Saint-Vincent et poussèrent des pointes jusque sous les murs de Nancy. René qui venait d'hériter de 200.000 écus comptants, de sa grand'mère, Marie d'Harcourt, résolut de lever une armée et de se joindre aux Suisses ; il obtint de Louis XI une escorte française pour traverser la Lorraine ; mais sa cause semblait encore si désespérée que, lorsqu'il se présenta devant leur ville, demandant un gîte pour lui et son escorte, les Toulois le supplièrent de se loger dans les faubourgs, pour ne point leur attirer de méchantes affaires, et le prince ne voulant, ni les indisposer contre lui, ni leur créer de fâcheux embarras, crut devoir céder à leurs instances. Dans la crainte d'un coup de main de la part des Bourguignons, les bourgeois réparèrent leurs remparts, nettoyèrent leurs fossés, organisèrent avec le chapitre uu service de guet (1), armèrent leurs milices et admirent dans leur place plusieurs chevaliers lorrains.

René cependant avait gagné la Suisse ; le 22 juin, il était à Morat. Il se fit armer chevalier sur le champ de bataille, eut .sa bonne part à la victoire et reçut, pour butin, l'artillerie bourguignonne.

En Lorraine, le retentissement de cette seconde défaite fut immense ; Petit-Jean et les partisans de René redoublèrent d'audace ; ils inquiétèrent Nancy et Saint-Nicolas, s'établirent à Fontenoy-sur-Moselle et s'emparèrent de Gondreville. Mirecourt, Bruyères, Saint-Dié, Remiremont, Lunéville, Epinal furent repris par les Lorrains ; en juillet 1476, Nancy seul restait aux Bourguignons. Revenu de Suisse par l'Alsace, René en commença le siège et, le mardi, sept octobre, il rentra dans sa bonne ville.

llj Arch. de M.-et-M., G. 74, f" 186.

430 LIVRE IV. — l'agitation communale

Il était temps : Charles accourait avec une armée de secours. Le onze, il était devant Toul, venant de Neufchàteau, et, là seulement, il apprit, en grinçant des dents, que Nancy était aux mains des Lorrains. 11 jura par saint Georges qu'avant la fin de l'année, il serait de nouveau maître de sa capitale, ou que lui et les siens auraient perdu la vie. Il demanda raison aux Toulois de l'asile qu'ils avaient donné à des partisans de René et réclama l'exclusion de ces derniers. Les bourgeois s'en tirèrent par de belles protestations. Charles, dont l'esprit était ailleurs, consentit à ne pas loger dans la ville ; il s'établit dans les deux faubourgs et là il combina son plan pour reprendre Nancy.

Deux jours après, il partait pour assurer ses communications avec Metz et le Luxembourg, et René, après avoir en vain tenté de s'opposer à sa marche, courut chercher en Alsace et en Suisse une armée de secours. Nancy lui avait promis de tenir pendant deux mois et le pays tout entier faisait des vœux et s'imposait des sacrifices pour le triomphe de sa cause. Les chanoines de Toul lui firent parvenir la somme considérable que Guillaume Fillatre leur avait léguée pour la fondation de son anniversaire ; ils lui abandonnèrent le tiers de leurs prébendes et lui permirent de lever dans leurs terres un demi-florin sur chaque feu. Leg bourgeois, de leur côté, lui donnèrent deux mille quatre cents francs ; ils lui prêtèrent ensuite, sans intérêts, une autre somme de six mille francs et ils lui envoyèrent deux canons et quarante arbalétriers.

Nancy fut investi le 25 octobre et le siège, mené avec vigueur. Deux mois s'étaient écoulés et René ne paraissait point ; la ville était réduite à la dernière extrémité ; cependant elle tenait toujours, espérant contre toute espérance. Enfin, le 4 janvier 1477, au soir, un feu brilla sur les tours de Saint-Nicolas : c'était le duc qui arrivait. Le lendemain, une grande bataille se livra sous les murs de la ville ; les Bourguignons furent complètement défaits. René rentra dans sa capitale et, deux jours après, Charles le Téméraire fut retrouvé parmi les morts. La Lorraine était délivrée ! Le duc écrivit aux chanoines et aux bourgeois, pour leur témoigner sa recon-

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