CHAPITRE II. — l'ÉVÊQLE
naissance de sa souveraineté sur la ville, le comté de Toul, les châtellenies de Tévèché, et la mise en possession des droits, des terres et des revenus de son temporel : ce que l'empereur lui accordait en lui remettant, non plus la crosse et Tanneau, comme avant le pontificat de saint Grégoire VII, mais le sceptre et Tépée, symboles du pouvoir de ce monde, et il lui faisait expédier de cet acte des lettres authentiques (1). Le prélat était dès lors évôque-comte de Toul. Il ne lui restait plus qu'à recevoir, s'il ne Tavait déjà, la consécration épiscopale et à faire son entrée solennelle dans sa bonne ville et dans sa cathédrale.
Le temps était passé où les Brunon de Dagsbourg se voyaient contraints de demander l'ordination au métropolitain. Au xiii*" et •au xiv^ siècles, ou jouit d'une plus grande latitude ; il n'y eut plus de règles intangibles. Nos prélats pourtant se conformèrent ordinairement à l'antique usage, si respectable ; ifs eurent pour eonsécrateur l'archevêque de Trêves et pour assistants leurs deux confrères de Metz et de Verdun ; ainsi les (îhoses se passèrent en famille et chaque sacre d'évôque fut un véritable concile provincial.
Au jour tîxé i)Our son intronisation, l'évéque-comte se rendait dans une localité du diocèse, le plus souvent à Void ; une députalion du chapitre, des notables, plus tard une délégation du Corps de Ville l'y attendait. Ainsi escorté, il arrivait en carrosse jusque sous les murs de la cité ; là, il montait sur une blanche haquenée richement harnachée et se présentait devant la porte \m Place. Le pont-levis était abaissé, la herse levée et, sous la voûte, le maîtreéchevin lui souhaitait la bienvenue, lui offrait les clefs de la cité, lui présentait le dais et l'introduisait dans Toul, au son de toutes les cloches. Le prélat chevauchait ainsi, sous le dais, à travers les rues somptueusement ornées, accompagné des notables et des milices bourgeoises, souvent aussi des ducs, des comtes et des seigneurs de son diocèse, jusque devant une maison située non loin du château épiscopal. Là, il mettait pied à terre, revêtait le rochet, le camail et la barrette et reprenait à pied, toujours sous le dais, le chemin de la cathédrale.
\{\ Voir dans Bcnoîl-Picarl (pr. XLIIÏ). les lettres de Toussaint d'Hocédy.
462 LIVHK V. — LE DIOCKSK
Sur le parvis, les chanoines Tattendaient eu chapes, rangés autour d'un prie-Dieu et entourés de tout le clergé des paroisses et des monastères. Le doyen lui offrait Tencens et Teau bénite et le priait de prêter le serment accoutumé. Se mettant à genoux sur le prie-Dieu, étendant la main sur le livre des Evangiles, Tévèque prononçait la formule traditionnelle (l). Puis, il se relevait, écoutait la harangue du doyen, y répondait en quelques mots et le cortège, se remettant en marche, pénétrait dans Téglise.
Au milieu du chœur, sous la couronne de lumières donnée par Pibon, un prie-Dieu était préparé. L'évéque adorait le Saint Sacrement, taudis que les chanoines, debout, en cercle autour de lui, chantaient VEcce saccrdos magnus et l'antienne de saint Etienne. Après avoir récité la collecte du patron de sa cathédrale, le prélat était conduit par le doyen au maitre-autel, puisa la chaire dite de saint Gérard, enfin a sa stalle d'où il entonnait le Te Deum^ chantait le verset et Toraison et donnait à son clergé et à son peuple sa première bénédiction solennelle.
La procession se reformait alors pour conduire l'évèque à son château. Sur la porte, le comte ou le voué et, plus tard, le bailli de révèché, entouré des oflSciers de rofTicialité et de la maison épiscopale, lui adressait une harangue et le menait à la grande salie. Là, le nouveau prélat admettait les chanoines au baiser de paix et prenait congé d'eux en les reconduisant jusqu'à la grande porte du château. L'installation était terminée.
§ II. — Le Château épiscopal (2).
La première maison épiscopale dont l'histoire ait conservé le sou venir, est celle que bâtit Albaud. huitième évoque deToul et qui fut désignée dans la suite sous le nom de Cour Albaud (curia Albaudi).
(1) Ego... Dei et Sanctœ Sedis Àpostolicœ gratia, Tullensis episcopusjuroufi hœc sancia Dei Evangelia, quod episcopatum, ecclesiam et capitulum tullense, jura, libertates, personas, res et bona, statuta, consuetudines eorumdem, pro posse meoy fideliter conservabo et aUenata, pro passe, recuperabo {l^n. -Pic. G23;,
(2) Sources. — Ben.-Pic, passim. — Olry, Répertoire archéologique de Toul^ dans Mém. Soc. Àrch. lorr., 1870.
CHAPIÏHE 11. — L*ÉVÉQUE 463
Elle était située sur le [rempart, au sud du cloître et de Téglise Saint-Waast (1). Jusqu'à la Révolution, le terrain qu'elle occupait et les bâtiments qui la remplacèrent dans le cours des siècles (2), alTermés à des particuliers, restèrent propriété de Tévêque et territoire de révéché.
A quelle époque nos prélats quittèrent-ils la Cour Albavd, pour se rapprocher^de la cathédrale? il est impossibledele soupçonner; mais, au xiir siècle et depuis longtemps déjà (3), le château épiscopal élevait ses murs et ses tourelles, au nord de Saint-Etienne, dans .Tespace assez vaste qui s'étendait entre Téglise et les murs de la ville. De ce château, il ne nous est resté, ni gravure, ni description.
§ m. ~ Devoirs et prérogatives de l'évoque de Toul lii.
Les Statuts capitulaires renfermaient un long chapitre sur les devoirs de Tévèque, « quœ incumbunt eplscopo (5) »; on sent que les chanoines avaient souci de leur responsabilité et ne voulaient donner leurs suffrages qu'après avoir averti leur candidat de tout ce qu'ils attendaient de lui.
Ils lui rappelaient qu'il devait entretenir en lui la charité, aimer la sobriété, pratiquer l'hospitalité, distribuer de larges aumônes, garder la chasteté, respecter la vérité, veiller avec soin sur son troupeau, mépriser les choses de cette terre, enfln pénétrer sa vie de piété et d'humilité. Ils entraient dans les détails les plus minutieux ; ils lui conseillaient d'avoir le plus grand soin de sa dignité,
(1) Rue Saint-Waast, 12 et 14.
i2) On voit encore sur l'unH <1ps maisons do la rue Saint-Waast, une fem>tre avec l'écusson de Hugues des Hazards : ce qui semblerait indiquer que la Cour Albaud fut reconstruite par ce prélat.
(3) M. Olry croit que ce transfert fut opéré par Conrad Probus, après la ruine de son château par les bourgeois ; mais certainement les citains qui élevaient la tour Qui qu'en grogne avaient l'intention de surveiller le château. 11 faut donc reporter la construction de la seconde maison épiscopale à une époque plus reculée.
(4) SouncEs. Statutorum... Cathedralis tullensis vetusta coUectio... a Nicolao Le Sane adomata, 1497 (Bibl. Nationale, fonds latin, ms. 10,019).
(5) SUttuta, f 66 et sq.
de ne point aller à pied dans sa ville épiscopale sans une cause raisonnable, de n'y paraître qu'en vêtements dignes de son état, et de ne point se rendre à Saint-Élienne, pour les heures canoniales, sans avoir pris l'habit de chœur. Ils l'exhortaient à embrasser chaleureusement les intérêts de sa cathédrale, à les défendre envers et contre tous, à fournir libéralement aux frais de sa construction et de son embellissement et à ne point négliger non plus les églises ou les chapelles dont il avait la collation.
L'évoque, toujours d'après les Statuts, devait donner, ou faire don ner, le sermon aux pénitents, au commencement du Carême et le Jeudi-Saint ; aux fidèles, le dimanche des Rameaux, à la Fête-Dieu et dans certaines processions extraordinaires. Il officiait aux vêpres, aux matines et à la messe, à PAques, à l'Invention de Saint- Etienne (3 août), à l'Assomption, à la Toussaint, à Noël ; il chantait la messe aussi le jour de la Purilication et le Mercredi des Cendres. Le Jeudi-Saint, après la messe, il consacrait les saintes huiles et, le soir, il présidait le Mandatum,
Les jours de cérémonies pontificales, il recevait à sa table tous les clercs qui l'avaient assisté à l'autel, le chapelain, les diacres, les sous-diacres, les chapiers, le sacristain, les contres, les huissiers, les enfants de chœur et ceux qui avaient porté des tuniques ou des dalmatiques.
Il offrait à tous les membres du chapitre une collation, chez lui, le Samedi-Saint et le samedi de la Pentecôte, et au chœur, le :23 décembre, jour où l'on chante à vêpres l'antienne : 0 Emmanuel, Nous verrons plus loin le cérémonial que Ton suivait en ces cir constances.
Les Statuts le mettaient aussi en garde contre la simonie, cette plaie de l'époque ; c'était, sans y chercher d'autre profit que la gloire de Dieu qu'il devait conférer la bénédiction aux abbés et aux abbesses, ratifier l'élection des doyens ruraux, administrer en temps opportun la confirmation aux fidèles et les saints ordres aux clercs, tenir son svnode deux fois l'an et visiter son diocèse.
Ils lui recommandaient enfin de garder la résidence : la place du pasteur n'est-elle point au milieu de son troupeau ? Chaque