‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 211 sur 265 · CHAPITRE H. — L*KVÊQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE H. — L*KVÊQUE

drale(l). A Wurtzbourg, une série de treize monuments nous présente les transformations successives de cet insigne : le plus ancien date de 1198 ; le plus récent, de 1622 (2). Les princes évéques ont porté lo rational ou surhuméral jusqu'à la sécularisation de leur

siège (3) .

Il nous faut donc renoncer à une légende chère aux Toulois. Nos évoques ne furent pas les seuls dans le monde latin à revêtir le surhuméral ; d'autres églises semblent avoir joui du môme privi lège et, si Ton ne peut rien inférer de faits isolés, comme celui de Saint-Martial, par exemple, en faveur de Limoges, on ne peut du moins contester à Liège, à Wurtzbourg, à Metz (4), peut-être aussi à Ratisbonne, à Poitiers (5), un long usage de cet ornement. Mais il est ^ remarquer que le surhuméral toulois est en général beaucoup plus riche, beaucoup plus orné que partout ailleurs. Quelle est la raison de cette différence ? je l'ignore.

Une autre question se pose ici. Comment cette distinction du surhuméral est-elle devenue un droit spécial à l'Église de Toul ? Les Statuts de Le Sane en trouvent la raison dans le décanat de la province de Trêves : mais alors tous les doyens des circonscriptions métropolitaines auraient pu prétendre au même honneur ; nous savons, du reste, ce qu'il faut penser de ce titre de doyen et ce n'est pas nous qui voudrons appuyer un tel privilège sur une base aussi peu solide.

(1) Bohaultdo Fleury, La Messe^ VIII, 60-74. — l'ne imilalion fidMo do ce rational, faite au xvr siècle, se trouve au Musée national do Munich et a été donnée en gravure dans Miltheilungen der Central-Commis.^i(m fur Krforschnung der Haudenkmale. Vienne, 1871, p. 3«, f" 5.

(2) Salver, Proben des deulschen Reichs Àdels. Wurtzbourg, 177:).

(3) Lettre du IV von Kûhlrs, prévcU du chapitre de \Vurtz»K)urg, à M. l'abbé Démange, 4 septembre 181H. — Voir les planches des pages 472 et 491.

(4) A Metz, les premiers successeurs de saint Ghrodegang ont porté \opaUiuw, d'après une concession aposloli<(ue. — Ce n'est qu'au xiV siècle que nous voyons apparaître un surhuméral qui ne ressemble plus du toul au pallium, mais à un collet jKMirvu de trois fanons, un devant et deux sur les épaules. — A Metz, par conséquent, cet insigne parait avoir subi les mômes transformations qu'à Toul.

i5l Mgr Barbier de Montault, dans sos Particuinritês... de rÉgliae de Poitiers, semble reconnaître trop facilement un surhuméral dans l'insigne porté par la Veille statue de Saint-llilaire et conclure un peu vite en faveur de son Église d'origine. Telle est la raison de ma resiriction.

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La supplique, adressée en 1865, à la sacrée Congrégation des Rites par Mgr Lavigerie, alors évéque de Nancy et de Toul, pour obtenir la reprise du surhuméral, invoquait une tradition qui attribue à saint Léon IX la concession perpétuelle de cet insigne à ses successeurs dans sa chère Église touloise. Cette raison me semblerait très probable, si Ton pouvait démontrer la fausseté de deux monuments cités par Benoît-Picart(l). Le docte capucin affirme en effet avoir vu le surhuméral sur un sceau attaché à une bulle de Dreux, en faveur de Tabbaye de Saint-Martin, et sur un sceau de saint Gauzelin, appendu à la charte de fondation de Bouxières. Mais, comme le sceau de Riquin de Commercy, le plus ancien que nous possédions, ne présente pas cet insigne (2), il serait peut-être possible d'attaquer Tauthenticité des deux empreintes, prétendues antérieures. Les prélats de Toul, comme ceux de Liège, tiendraient ainsi cette marque honorifique d'un privilège pontifical. Ceci n'est qu'une hypothèse. Plus probablement, sommes-nous tout simplement en présence d'une de ces prescriptions comme il s'en rencontre tant dans l'histoire du moyen-âge (3). Peut-être les prélats toulois n'ont-ils pas voulu paraître inférieurs à leurs confrères de Metz, surtout après avoir eu l'honneur de fournir un souverain pontife à l'Eglise de Dieu.

Quanta l'origine de cet insigne, la question est fort obscure : faut-il nous en étonner, lorsque tant de systèmes ont été formés pour expliquer le pallium ? Les uns, Benoît-Picart, Dufresne (4), veulent voir dans le surhuméral un dérivé du pallium, et les monuments de Wurtzbourg, de Metz, comme la majorité des plus anciens sceaux toulois semblent leur donner raison ; d'après d'autres, les pères Cahier et Martin, par exemple (5), cet insigne ne serait autre que le |xavtotxtov, collier honorifique en usage à la

(1) Ben.-Pic, 168.

(2) Robert, .S/gi//., pi. I, 1.

(3) Ce qui semble autoriser cette dernière hypothèse, c'est que les sculpteurs et les peintres toulois donnent le surhuméral à saint Nicolas (vitrail de Vèzelise).

(4) Bull. Soc. Àrch. Moselle^ 1867, p. 110.

(5) Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature^ 185^, II, p. 251 et sq.

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cour de Bj'sance(l). L'absence de monuments antérieurs au x® siècle nous paraît devoir priver cette opinion de preuves péremptoires. D'autres entin, comme Barbier deMontauit(2), inclineraient pour le faire dériver de Véphod du grand prêtre d'Israël et un texte fort curieux de Durand de Mende semble militer en leur faveur (3).

Pour moi, laissant la question aux érudits, je constaterai seulement que, par un long et constant usage, les évoques de Toul avaient acquis, môme à défaut d'autre titre, le droit de porter le surhuméral et que Rome, en autorisant Mgr Lavigerieà reprendre le privilège que possédaient ses prédécesseurs sur le siège de saint Mansuy, a fait œuvre de justice et de réparation envers une Église aujourd'hui morcelée, mais dont le passé n'a pas été sans gloire.

§ IV. — Pouvoir spirituel de l'Évoque de Toul (4).

Officialité épiscopale.

L'autorité spirituelle ^e l'évéque s'étendait, en droit, sur tout le diocèse; mais, en fait, elle se trouvait réduite, dans l'enceinte et la banlieue de Toul, à un rôle presque illusoire de haute surveillance.

Le chapitre de la cathédrale prétendait relever directement du Saint-Siège et il affectait, vis-à-vis du prélat, une indépendance respectueuse (o). L'assemblée capitulaire, ou plutôt son doyen, reconnaissait toutefois tenir d'une délégation épiscopale, mais à titre définitif et inaliénable (6), la juridiction ordinaire sur toute

(1) Dans VÀrt Jiysantin^ de Charles Bayet (Paris, Quanlin), on voit plusieurs exemples d'une sorte de surhuméral : p. G5, Théodora ; p. 165, La Vierge au milieu des chœurs des élus ; p. 305, peinture du cimetière de Générosa, etc.

(2) Revue de VArt chrétien, loc. cit.

(3) Rationale divinorum officiorum, lib. III, cap. XIX.

(4) Sources. Statuta, passim. — Arch. de M.-et-M., G 69 et sq.,pa:isim ; Lemoine, Inventaires. — Lemoine, Diplomatique pratique. — Rcberl, Sigillographie do Tout. — Du Pasquier, Mémoires. — Luchaire, Manuel des Institutions fraw^aises.

(5) Voir plus loin, ch. III.

(6) Episcopo {decanus) in nullo est subjectus; tamen ab ipso animarum cura recipiat et reverentiam sibi impendat manualem (Statuta, 69).

rétendue du chdtel ou oppidum primitif, et aussi à Void, à Vicherey, à Franclieville et à Lay-Saint-Remy (1). Dans la ville, le château épiscopal et la cour Albaud étaient seuls soumis au pouvoir spirituel de révoque.

Le bounj qui s'était formé au pied des vieux remparts, surtout à Test et au sud, et qui, en 1240, fut réuni au chàtel par Roger de Marcey, était, ainsi que tout le ban royal, du ressort du grand archidiacre (2). Ce dignitaire, comme le doyen, n'était pas a la nomination du prélat; tous deux étaient inamovibles et avaient leurs ofTicialités. On conçoit donc que la juridiction spirituelle de révoque dans sa ville épiscopale n'était qu'une juridiction éminente. La cathédrale, cette église où se trouvait sa chaire, était ellemême soustraite à son influence. Le prélat n'y pouvait ofTicier, à un jour non prévu par les statuts, ou bien y conférer les saints Ordres, sans une permission du chapitre. Il n'avait droit, ni à une porte de communication, ni même à une clef de l'édifice (3). Cette situation que nous avons peine à concevoir aujourd'hui, était le résultat des empiétements du chapitre et des archidiacres ; elle s'était produite dans la plupart des diocèses, favorisée par la désagrégation des royaumes carolingiens et les luttes interminables du Sacerdoce et de l'Empire.

Les évêques de Toul la supportaient avec peine; plusieurs tentèrent de ressaisir le pouvoir que leurs prédécesseurs avaient laissé échapper. Ne pouvant ou n'osant rien contre le chapitre, corporation puissante, ils essayèrent de réduire l'autorité du grandarchidiacre. Conrad Probus qui semble avoir engagé le combat, dut s'avouer vaincu et rétablir, en novembre 1291, l'archidiacre dans tous ses droits (4). Thomas de Bourlémont ne fut pas plus heureux en 1331 (5). Mais Jean de Heu qui fut grand archidiacre avant son élection, obtint d'Urbain V, le 28 juillet 1304, une bulle

(1) StaUtta, 69.

(2) Ibifl., 70.

(:J) Voir plus loin, p. 1)18.

(4) Lcm., I. m.

CS) Ibid., 87.

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