CHAPITRE II. — l'ÉVÊQUE
qui lui était doublement avantageuse (1). Sous prétexte de l'aider à supporter toutes ses charges, le pape unissait, pour la durée de son épiscopat, le grand archidiaconat à la mense de Tévêclié et supprimait ainsi, du moins pour un temps, cette importune jurl diction. Cette union temporaire fut renouvelée, en 1394, par Henoit Xni, en faveur du cardinalJean de Neufchâtel (2). Il y eut ensuite des alternatives : Eugène IV rendit à Tarchidiacre, en 1433, sou existence et ses droits (3); puis rétablit Tunion, quatre ans plus tard, en faveur de Louis de Haraucourt (4). Nicolas V, Pie II et Sixte IV firent de même pour Guillaume Fillàtre (o) et Antoine de Neufchâtel (6). Ce ne fut qu'à la mort de ce prélat que les choses revinrent définitivement à leur état primitif et que Tantagonisme recommença (7).
Les cinq autres archidiacres avaient-ils suivi l'exemple de leur confrère ? je l'ignore; mais je n'en serais pas surpris, tellement les faits de ce genre étaient communs à cette époque.
Le moyen dont les évoques de Toul, comme la plupart de leurs collègues, usèrent pour couper court à tout empiétement nouveau et rétablir dans le diocèse l'unité de pouvoir et de direction, fut d'évoquer à eux toutes les causes ecclésiastiques ou mixtes et d'instituer, pour les juger, le tribunal de V0/ficialité(8). A Toul, ce tribunal fonctionnait déjà au milieu du XI^ siècle: en mars 1156, nous le voyons enregistrer la vente d'une maison (9).
UO/ficialité épiscopale ou générale, nommée souvent Cour de îbw/ (10), était composée, comme toutes les institutions de cette
(1) Arch. Vaiic, Reg. Av., Vvh. V, t. IX, f 190. 12) Ihid., Ben. XIII, t. I, f 117.
(3) Ibid., Àct. Bull. Eug. IV, ami. III, t. II, p. 14.
(4) Bihl. Angolica, ms 11^.
(5| Arch. Vatic, Reg. :J89, f° 233 ot 479, f 77.
(6) Ibid., Act. Bull. SLrt. IV, ann. IV, t. II, p. 214.
(7) Ce régime dura jusqu'à Jacques de Ficux, ii la fin du xvii' siècle.
(8) Sur les officialitc^s, voir Thomassin, Ane. et nouv. dise, de l'Église. Paris, 1725, P. I, L. II, ch. VIII et IX. — Louis de Ih^ricourt, Les Loix ecclésiastiques de la France. Paris, 1771, E. II. — P. Fournier. Les officialilès au Moyen-Age, •Paris, Pion, 1880.
(9) Lemoine, Diplomatique^ p. 199.
(10) Robert, Sigill.y 106 et sq.— Les archives de la Cour ecchvsiaslique de Toul sont en bonne partie conservées aux Archives de M. -et M., G. 1232 et sq.
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nature, d'un officiai et d'un vice-oflicial ou vice-gérant, tous deux docteurs ou licenciés en droit canon, nommés par l'évéque et révocables à son gré; d'assesseurs, clioisi s par les parties, et d'un promoteur, chargé du ministère public.
Elle avait autour d'elle un pénitencter(t), un scelleur, des grefïiers, des avocats, des notaires, prêtres pour la plupart [i], des sergents et des huissiers. Ses prisons se trouvaient dans le château épiscopal. Elle portait, comme sceau, l'empreinte de l'évoque alors siégeant ou celle de saint Etienne, avec cette devise : SIGILLVM CVRIE TVLLENSIS (3).
Sa compétence s'étendait, au point de vue des personnes, à toutes les allaires où se trouvaient impliqués des clercs, des personnes consacrées à Dieu, des veuves, des orphelins, des croisés ou des odiciers de i'Eglise. Sa juridiction s'exerçait, en raison de la matière, dans les causes spirituelles, c'est-à-dire concernant la toi, les vceux, les sacrements, les dîmes, les collations de cures, les élections aux bénéfices; — dans les afiaîres matrimoniales, fiançailles, mariages, séparations, adultères, légitimations; — dans les accusations de blasphème et d'usure, de crimes commis dans les lieux saints, de sacrilège, d'iiérésie, de sorcellerie, de simonie; — dans les cas de lèpre, pour taire constater la maladie et séquestrer les victimes de ce mal redouté. Quelques-unes des ditTicultés qui lui étaient soumises, étaient considérées comme mixtes et pou valent ressortir de la justice séculière. Les tribunaux laïcs, érigés dans les divers états du diocèse, ne manquaient point de crier à
(1) statuts de Bertrand do 1» Tour d'Auvergne, de Hugues dps Mazards, pas-
{i] Un protocote ou reginrc des minutes do Je.in Hugucnin de Àquivilla, notuirc juré auprès de la Cour de Toul. allnnl du 18 septembre lUO au Î8 décembre 1138, est conservé a la Bibllittlitqup nationale |.Vohp. acq. franc., 1Ï81|. — La même bibliothèque possède aussi (Fondit latin. 12.8Ci) un Formulaire à fnnage d'un notaire ilf fofflcialité >te Toul (xvii- siècle).
(3| Robert, op. cil., pi. XXVI. — Le sceau donné ici est le n* 79 de cette plaucho.