CHAPITRE III. — LE CHAPITRE
qui intéressaient la corporation ; on édictait des règlements ; on conférait les prébendes vacantes ; on élisait les dignitiiires ; on nommait les officiers capitulaires : maître de la fabrique, épaulier, prévôts, etc.. les ministériatÂX.., les curés et les chapelains des paroisses ou des chapelles dont le chapitre avait la collation. Un jour, on permet à un sous-diacre capitulaire de dire sa première messe au maître-autel, non 'toutefois à Theure delà grand'messe (1) ; d'autres fois, on accorde des congés, des dispenses à des chanoines, à des vicaires ou à d'aiMres clercs attachés à Téglise. En 1402, l'archidiacre de Port, malade, demande et obtient la permission de venir aux offices en habits séculiers (2) ; un autre jour, un vicaire obtient te la licence de se faire tondre, parce que les cheveux lui tombent tout » (3).
On y décidait les dépenses à faire pour l'entretien, les réparations, la reconstruction de la cathédrale, du cloître, des maisons canoniales, des châteaux ou des autres immeubles capitulaires ; on affermait les maisons, les fermes, les vignes, les droits appartenant au chapitre ; on partageait certains revenus, par exemple, le pain des obits, le produit des pêches ; on examinait les livres des prévôts, du receveur, du trésorier et des autres offiriers ; ou votait des secours et des aumônes aux religieux mendiants, aux sujets du chapitre, aux habitants des villages du temporel. En 1514, on donne deux petits florins à une jeune fille de Pagney, pour Taider à se marier (4) ; à plusieurs reprises, on vote un secours à de malheureux incendiés (5), etc., etc.
Les délibérations n'étaient sans doute pas toujours paisibles, car, en 1541, par exemple, l'assemblée ordonne que nul des Messieurs n'usera de paroles injurieuses au chapitre, ni ne jurera vilain serment, sous peine d'une amende de 10 francs, applicable à la fabrique (6). Cen'estdonc pas d'hier quedatent les mœurs parle-^ mental res.
(1) Arch. do M.-ot-M., G. Tii, f" 107.
(2) Ibid., G. 71, f72.
(3) Ibid., G. 76, f" 173.
(4) Ibid., G. 7:», 17 nov. i;il4.
(5) Ibid., G. 75 et sq.
(b) Ibid., G. 75. 26 octobre 1541. x
oOfi LIVRE V. — LE DIOCÈSE
Parfois, le chapitre s'érige, poUr ses membres et pour les clercs soumis à sa juridiction, en haute cour de justice; il reçoit les réclamations et décide des différends. En 1503, un citoven de Toul, Thiébaut Hémonet, se prétend injurié par le chanoine Jean Babe: il est introduit devant le chapitre, prié de mettre sa plainte par écrit et de livrer cette pièce à la partie adverse, pour qu'elle y pût répondre (1). A la fête de la Pentecôte de Tan 1301, les chanoines Jean Perrin et Michel Babe faisaient les fonctions de choristes. En répétant Vlntrait, ils étaient montéi d'un ton. Le chantre, Jean Carmorin, les insulta tout haut, les traita d'ànes, etc.. Perrin et Babe en réfèrent à l'assemblée capitulaire. Le président fait lire l'article des Statuts relatif aux devoirs du chantre, vote un blâme à Carmorin et exige qu'il fasse ses excuses au chapitre tout entier, qu'il a outragé dans la personne de ses membres. Ce Carmorin était coutumier de ces violentes invectives ; il reprenait les choristes à tout propos et leur adressait des épithètes malsonnantes : si bien que, pour calmer son ardeur effrénée, le chapitre dut, le 16 septembre 1302, le condamner au crochet pour un mois (2). Le croc/i6^ était un tableau infamant, alFiché dans la salle capitulaire. L'inscription à ce tableau entraînait, durant le temps qu'elle durait, la suspense de tous les droits honorifiques et utiles, attachés à la prébende canoniale.
Le chapitre, on le voit, ne se bornait point au rôle d'arbitre : il prononçait des peines contre les chanoines, les vicaires, les clercs délinquants ; contre ceux qui emportaient des livres de la Librairie (3) ; contre ceux qui jouaient aux dés et aux autres jeux de hasard (4), etc. Plusieurs sont condamnés au crochet, pour avoir négligé les fonctions de leur charge (3) ; pour n'avoir pas payé le prix de leur maison canoniale (6) ou acquitté leurs dettes dans les huit jours qui ont suivi un premier avertissement (7). Un contre a
(1) Arch. (le M.-et-M.^ (i. 75, i" ÎX). — .lo n'ai pu savoir la fln de co clifférond.
(2) Ibtd., f" 23 et sq.
(3) ift<d., G. 71, V 72.
14) Ibid., f" 180.
(5) Ibid., 0.75, f 31.
(G) Ibid., (î. 74, f" rSH.
(7) Statuta, 02.