CHAPITRE ÎII. — LE CHAPITRE
refusé de donner des chapes de soie à deux olianoines pour chanter les répons à une fêle : il est taxé à deux llorins d'amende (1) ; un sacristain est peu exact à son service : il est mis au crochet pour un mois (2).
D'aulres, et malheureusement, le cas se renouvellera plusieurs fois, surtout dans la première moitié du xvi* siècle, sont invités à se rendre aux prisons capitulaires et à y demeurer jusqu'à ce que le chapitre le trouve hon, pour avoir été Tobjet de soupçons graves, s'être pris de querelle avec des bourgeois ou des clercs, etc. (3).
D'autres sont envoyés faire une retraite spirituelle, plus ou moins longue, à l'abbaye des Prémontrés de Rangéval, fondée ouplutùt dotée par le doyen Odelric, et devenue une sorte de pénitencier pour les chanoines en faute (4).
Eai'm l'objet le plus important des délibérations du chapitre, c'était, nous l'avons vu, la désignation du vicaire capitulaire, quand le siège devenait vacant, et l'élection de l'évéque.
Les sessions ordinaires ou extraordinaires des chanoines dans leur salle synodale participaient donc au double caractère du chapitre, corps ecclésiastique et souverain temporel: c'était à la fois une réunion de prêtres tenant conseil sur les affaires qui intéressaient leur corporation, et une assemblée politique exerçant le le pouvoir législatif et exécutif dans le ressort de ses prévôtés.
§ III. — Cérémonies extraordinaires.
Telle était la vie des chanoines de Toul : chaque jour, l'office ; chaque vendredi, le chapitre. Mais, dans le cours de l'année, revenaient des cérémonies extraordinaires qui en rompaient l'uniformité.
A PAques, à l'Invention de saint Etienne, à l'Assomption, à la Toussaint, à Noèl, il y avait messe pontificale; l'évoque officiant était assisté de son chapelain, de trois diacres et de trois sous-
(1) Arch. de M.-et-M., (i. 75, V 77.
(2) Ibid., f 51.
(3) Ihid., pas.<iim.
(il Bon.-Pic, l.ii ol ICil.
diacres; le chantre et le sous-chantre se tenaient au lutrin, en chapes, en gants et le bâton à la main, et les cérémonies s'accomplissaient avec une ampleur et une pompe admirables (l).
A la Saint-Étienne d'été (3 août) et à la Saint-Étienne d'hiver (26 décembre), les chanoines de Saint-Gengoult, les moines de Saint- Epvre, de Saint-Mansuy et les chanoines réguliers de Saint-Léon venaient en procession assister à l'office. Les abbés prenaient place parmi les archidiacres, les prieurs claustraux, après les dignitaires et les religieux, entre les chanoines : les stalles en ces jours devaient oflrir un magnifique coup d'œil et les chants, former un ensemble majestueux. Les chanoines de la cathédrale rendaient d'ailleurs cette politesse : aux fêtes patronales de la collégiale et des abbayes, ils allaient en corps à la messe et aux vêpres et recevaient de leurs hôtes les mêmes honneurs. 11 y avait bien parfois quelques légères contestations ; mais ces coutumes de bonne confraternité n'en restent pas moins fort touchantes.
Aux grandes solennités, la procession qui, chaque dimanche, avait lieu dans le cloître, sortait, si le temps le permettait, allait faire station à Saint-Waast et rentrait par le grand portail ; le jour de la Chandeleur, les chanoines de Saint-Gengoult se réunissaient à leurs collègues de Saint-Etienne et tous, en chapes de soie, un cierge à la main, se rendaient à Saint-Waast, pour la visile accoutumée. La môme cérémonie se reproduisait, plus solennelle encore, le dimanche des Rameaux : on s'arrêtait sur le parvis, devant un autel surmonté de la croix, et, après avoir entendu un sermon, on assistait au chant du Gloria laus ; puis, les deux corporations se séparaient : les chanoines rentraient à la cathédrale et les Gengulphins retournaient chez eux. A la Pentecôte, au retour, la procession faisait station au milieu de la nef ; on entonnait le Veni Creator et, pendant le chant de l'hymne, de la voûte tombait doucement une pluie de fleurs et de rognures d'hosties auxquelles, à ces paroles (c Àccende lumen sensibus », se mêlaient des flammèches. Ce spectacle enfantin devait attirer dans l'église une foule énorme, je n'ose point ajouter et recueillie.
(1) Statuta, 10 et sq ; 10 et sq.