CHAPITRE m. — LE CHAPITRE
Aux processions de Saint-Marc et des Rogations, le cortège était encore composé des deux chapitres réunis. Précédé d'étendards, il se rendait, suivant les jours, à Saint-Gengoult, à Saint-Léon, à Saint-Mansuy et à Saint-Epvre. Entre les deux rangs du clergé, un chanoine diacre portait la relique de la vraie Croix ; Tun des marguilliers s'avançait ensuite pieds nus avec la grande croix du cha pitre, et enfin, ceci rappelle la Tarasque de Tarascon ou le Grauli de Metz, un laïc portait ungrand dragon en bois, le lundi, en avant des étendards, le mardi, devant là croix, le mercredi, derrière le président du cortège. Que signifiait cette cérémonie, qui était d'ailleurs en usage dans beaucoup d'Eglises, à cette époque? Les liturgistes y voient figurée la victoire de la Croix sur l'ennemi du salut: le monstre, vaincu par Jésus, suit les chrétiens sans oser leur nuire.
A partir du x\^ siècle, une fondation de Thiébaut de Maizières, sous l'épiscopat de Henri de Ville, assura, le second vendredi après Pâques, une procession solennelle en l'honneur du saintClou(l).Au début de Tinstitution de cette solennité, les moines de Saint-Epvre et de Saint-Mansuy avaient répondu à l'invitation du chapitre ; mais ne voulant point établir une tradition qui, à la lin, pourrait leur devenir onéreuse, ils cessèrent de se rendre à la cérémonie : ce qui contraria quelque peu les chanoines. Ils durent dès lors se contenter des Cordeliers et des Frères-Précheurs, plus serviables et plus accommodants (2). La concession du port de l'aumusse persuada plus tard les chanoines de Saint-Gengoult de prêter leur concours à cette cérémonie (3).
Mais, la procession la plus solennelle était celle de la Fèle-Dieu. Tout le clergé de la ville y prenait part. A travers les rues magnifiquement décorées de tentures et de guirlandes, au son de toutes les ch)ches, le cortège se déroulait imposant, dès sept heures du matin: c'étaient les Frères-Mineurs, avec leur robe de bure et leurs pieds déchaux; les Frères Prêcheurs, avec leur robe blanche et leur
( 1 ) Voir paî?o 391».
(2i Statutn, .31.
(3i Voir plus haut, paj^o 501.
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grand nianleau noir ; les Frères du Saint-Esprit, avec leur croix pectorale à six branches et à douze pointes ; les moines de Saint Epvre et de Saint-Mansuy, en chapes de soie ; puis derrière les croix précieuses du chapitre, venaient, mêlés ensemble, les chanoinesréguliers de Saint-Léon, les chanoines de Saint-Gengoult et ceux de Saint-Étienne, les uns portant des chapes, les autres vêtus de tuniques et de dalmatiques. Le dais, tenu par quatre prêtres en chapes de soie, était précédé de toutes les torches des confréries ; des miuistériaux du chapitre, en robes et une verge d'argent à la main ; de joueurs de flCites, d'acolytes et d'enfants de chœur, jetant des pétales de roses, portant des cierges ou agitant l'encensoir, ot enfin de deux diacres et de deux sous-diacres. Derrière le dais, les magistrats de la cité fermaient la marche.
Le Saint-Sacrement était porté i)ar Tévéque et, s'il n'était pas à Toul ou si le siège était vacant, par un archidiacre ou par un chanoine. Quand le chapitre accordait au suffragant de Toul, à un prélat, à l'abbé de Saint-Léon, de Saint Epvre, de Saint-Mansuy, riionneur de tenir la rrumstrance, il avait soin de lui faire signer et munir de son cachet une lettre authentique, déclarant que c'était par pure condescendance de la part des chanoines, qu'il avait exercé cette fonction (1).
De retour sur le parvis, on se groupait devant un autel. Les chanoines de Saint-Gengoult entonnaient Y A ce verum: le célébrant couvrait l'ostensoir d'un grand voile de soie ; puis, clergé et magistrats prenaient place sur des banquettes, les cloches cessaient leurs joyeuses volées et un prédicateur prononçait un sermon sur la fête du jour. Le discours terminé, l'évêque rentrait le Saint-Sacrement à la cathédrale et les différentes communautés, reformant leurs cortèges, s'en retournaient chanter la messe dans leurs églises.
On organisait aussi des processions ou supplications solennelles, dans les nécessités publiques. On portait alors toutes les chasses
(1) Arcli. do M.-ot-M., (}. 75, 15 juin lIjOO et passiw . — Môme certifient était exi}ic pour lo port du saint Clou, ré^rvé, lui aussi, à l'évi^quo ou au chapitre (//;/>/., G. 75, i" 21 et juisaim).