CHAPITRE m. — LE CHAPITRE
des saints (|ue possédaient les différentes communautés et Ton laisaildes stations dans les églises de la ville et des faubourjçs.
D'autres fois, le chapitre offrait aux fidèles de Toul, la représentation d'un mj/s£ère ou d'une 7nara/ife. En octobre 1458, on donna, sur le parvis de la cathédrale, le jeu de Saint-Nicolas (1) et nous avons tout lieu de croire que ce ne fut, ni une nouveauté, ni une chose exceptionnelle.
A ces pompes religieuses, (car chez « nos dévots aïeux », le théâtre fit, en quelque sorte, partie du culte divin), se joignaient des réunions fraternelles destinées à entretenir des relations cordiales entre les différents membres de la corporation et réglées, elles aussi, avec un soin minutieux, par le cérémonial de l'Eglise tou loise. Aujourd'hui, ces usages paraissent naïfs, puérils, frivoles même; ils semblent peu dignes d'une aussi grave assemblée; mais, avant d'esquisser un sourire dédaigneux, rappelons-nous leur origine et leur but. C'étaient les derniers vestiges de lancienne vie de communauté; c'étaient des réunions intimes, sous le regard et dans la maison du Seigneur. Ce n'est point l'usage qui est blâmable : c'est l'abus que la faiblesse humaine eu peut faire [2).
A certaines fériés, les neuf jours où l'on chante à Magnificat les grandes antiennes de Noi^l, et les samedis de Carême, on faisait après vêpres la collation dans l'église. Dans la chapelle Saint- Gérard qui occupait le bras nord du transept, on préparait une livre de pains d'hostie et quatre setiers de vin, d'un bon cru : « de meliori patria)), ont soin de remarquer les statuts capitulaires. ï^e vin et les azymes étaient fournis, en Avent, par les dignitaires, à tour de rôle ; l'évêque offrait le dernier, mais il devait double ration. En carême, les hosties étaient supprimées et le vin était pris dans les caves du chapitre ; au moment de la vendange, le cellérier avait soin de prélever sur la récolte ce qui était nécessaire pour cela.
Après Toraison de vêpres, on quittait le chœur ; on se rendait en procession à la chapelle Saint-Gérard et l'on se plaçait sur des ban-
ll) Arch. de M.-o.t-M., (î. 74.
(2) Statuta, 50 <H sq.
qiieltes, selon Tordre hiérarchique. L'évéque, quand il venait, avait son fauteuil, au fond, en face de TauteJ. L'un des quatre sousdiacres allait lire au pupitre la leçon préparée par le sous chantre; puis Vépaulier invitait, par une inclination de tête, deux chanoines, deux vicaires et deux chapelains à procéder à la distribution» Ceux-ci quittaient leurs manteaux, mais pas leurs surplis, s'approchaient du buffet, prenaient chacun une coupe et goûtaient le vin : nos chanoines, on le voit, usaient de précautions. Qui sait? en ces temps de luttes, un bourgeois fanatique aurait pu tenter de débarrasser sa ville de ces prêtres encombrants !
Remplissant de nouveau leurs coupes, ils se rendaient de\'ant Tautel, se tournaient vers l'assistance et chantaient: « Jî/ic, lUrnine^ bencdicere. » — « Votum sertorum suorum benedicat liex Angelorum, )) répondait le semainier, et alors, en silence, tandis que la lecture continuait, avait lieu la distribution du vin et des azvmes : les pauvres qui se trouvaient dans l'église (et certes il ne devait pas en manquer pour profiter de cette aubaine), avaient aussi leur part et, s'il restait quelque chose, on procédait à un second tour.
La distribution terminée, les servants reprenaient leurs manteaux ; le sous-chantre donnait le signal du retour, en entonnant le « Tu autem, Domine » que le lecteur achevait par ces paroles {( miserere nost ri)), et l'assemblée, après avoir répondu (( Deo gralias », rentrait au chœur pour compiles.
Le Jeudi-Saint, la même cérémonie se faisait après le Mandatum ou lavement des pieds ; mais, à la place d'hosties, on distribuait des gâteaux, icatelli. Les serviteurs du chapitre et les pauvres étaient si friands de ces pâtisseries qu'un millier ne suffisait pas ; on se pressait, on se bousculait tellement que, par raison de convenances et d'économie, on dut revenir aux pains azymes.
Au jour de la Dédicace des tours de V église cathédrale (22 octobre), rofïice canonial se célébrait à la chapelle érigée dans la tour de l'évéque Pibon, et, quand cette tour eut été démolie pour la construction du portail, dans la chapelle Saint-Michel, sur la galerie, entre les deux tours (1) ; puis, après les vêpres, les jeunes cha-
(l) Où est actuellement l'orgue.