‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 231 sur 265 · CHAPITRE m. — LE CHAPITRE ol · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — LE CHAPITRE ol

noines offraient une collation pendant laquelle Tun d'entre eux faisait la lecture.

L'évoque recevait le chapitre et le clergé de Saint-Etienne, dans son chAteau épiscopal, le Samedi-Saint et le Samedi de la Pentecôte, après compiles. On s'y rendait en procession et les choses se passaient avec les mômes cérémonies que pour les autres collations (1).

Enfin, le jour de l'Ascension, après l'office de none qui fut toujours solennisé à Toul avec une pompe toute spéciale, le chapitre s'offrait un goûter chez l'un des chanoines désigné par Vépaulier, le plus souvent chez le doyen. En l'honneur de cette fête, on se laissait aller à des dépenses plus grandes ; on invitait les notables de la cité ; on servait de grandes hosties, des gâteaux appelés chenetrvlli, des fruits, etc. Au temps de Le Sane, les frais se montaient à quatre-vingt-dix sous, quelquefois même à cent-vingt, et rexcellent chanoine proteste contre cette prodigalité, contraire aux traditions. Il ne réclame nullement la suppression de ces fraternelles agapes: il demande seulement que l'on reste fidèle à la simplicité, à la sobriété antiques : tant il est vrai qu'à cette époque les bons prêtres trouvaient ces usages très utiles et très naturels.

11 était des coutumes plus enfantines que nous avons peine à concilier avec la majesté d'une aussi vénérable corporation: c'était d'abord le jeu de la chèvre. Le quatrième dimanche de Carême, jour où l'Eglise chante l'introït Ijvtare et orne ses autels de ffeurs, l'évêque, les chanoines et les clercs se réunissaient dans le cloître, prenaient chacun, l'un des bâtons qu'avait préparés le dortellier, se partageaient en deux camps et cherchaient, à tour de rôle, à renverser un morceau de bois monté sur trois fourchons : tous les enfants connaissent ce jeu. Le camp qui avait réussi à jeter bas la chèvre quarante fois, était proclamé vainqueur et devait offrir une collation que l'on prenait dans la salle du chapitre (2).

Les autres réjouissances étaient destinées, moins à l'amusement

(1) statu ta, m.

(2) Ben. -Pic, p. VSo. — Los statuts de 1497 ne parlent plus do cette coutume; elle était donc alors tomln^e en désucHudo.

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<les clianoines qu'à celui des cleirs du bas-chœur : c'étaient l'enterrement de r Alléluia et la Fête des Innocents.

Uenterrement de U Alléluia se retrouve dans beaucoup d'Églises (1). Il était d'origine fort ancienne dans la province de Trêves, s'il faut en croire une curieuse dissertation de l'abbé Lebeuf (2). Amalaire, diacre de Metz, qui vivait au ix^ siècle, atteste que, de son temps, on faisait à V Alléluia de joyeuses obsèques et qu'on lui appliquait, en guise d'adieu, tous les passages que l'on pouvait de la Sainte-Ecriture, depuis le « Tempus est ut revertar ad eum qui me misit (3) » jusqu'à 1' « Anyelus Domini bonus comitetur tecum... ut iterum cumgaudio reter taris ad nos (4) ».

A Toul (o), le samedi, veille de la Septuagésime, à l'heure de none, les enfants de chœur et les jeunes clercs se réunissaient à la grande sacristie et, après le Henedicamus des vêpres où, pour la dernière fois jusqu'à Pâques, on chante V Alléluia, ils s'avançaient avec la croix, des torches, l'eau bénite et l'encens, portant une pierre en forme de cercueil, sur laquelle était gravé le joyeux refrain. Us traversaient le chœur, se rendaient au cloître en se lamentant et s'arrêtaient devant une fosse creusée au milieu du pavé. Là, l'un d'entre eux faisait l'aspersion et l'encensement, comme à des funérailles; puis Ton refermait le trou, w Voilà, observe l'abbé Lebeuf (6), avec une indignation peu contenue, un enterrement qui doit vous paraître assez particulier... il se faisait

au vu et au su du chapitre de Toul il fallait de plus que les

enfants de chœur eussent la bonté de pleurer, de se répandre en plaintes et en lamentations... cérémonie qui sans doute devait paraître bien touchante aux assistants ! »

Et, en effet, n'en déplaise au docte abbé, trop de son siècle pour

(1) Dom (iuérangcr, Année liturgique. La Septuagésime, p-éges 124 et suivantes.

(2) Lettre écrite de liourgogne à M. de L. R., sur quelques particularités singulières de deux manusrritft, l'un de Toul, Vautre de Sens.h\h\. d'Amiens, ms. 70 (40;3^i). Fonds Lescalopier.

(3) 11 est temps que je retourne à celui qui m'a envoyé.

(4) Que le bon Ange du Seigneur t'accompagne, alin que tu reviennes à nous dans la joie (Tobic, V, 27).

i.'ii Statu ta, j4.

(6) Loc. cit.

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