‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 232 sur 265 · CHAPITRE III. — LK CHAPITliE i\ll · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LK CHAPITliE i\ll

goûter Ja naïve piété de ces scènes où se plaisaient nos pères, cet usage qui nous paraît à bon droit bizarre et même puéril, semble très édifiant à Le Sane: «Ceci, remarque t-il gravement (1), a été établi de toute ancienneté, en signe de tristesse, puisque, à partir de ce jour, nous devons nous affliger par la pénitence, jusqu'à PAques où l'on reprend V Alléluia dans Tallégresse de la résurrection du Rédempteur (2). »

« Pour récréer quelque peu, continuent nos Statuts (^)^ les ministres et les enfants de l'église, des fatigues qu'ils ont endurées pendant TA vent et la nuit de Noël, nos prédécesseurs ont pris la coutume de les fêter à titre d'innocents.» Tous les frais delà solennité étaient supportés par Tun des chanoines désigné par révéque, un an à l'avance. Cette cérémonie se retrouve, elle aussi, dans la plupart des cathédrales et des collégiales, au moyen-àge ; elle portait, suivant les lieux, le nom de fêle des Fous, de fête de TAne, de fête des Innocents, etc. Dans certains endroits, elle était devenue une parodie grossière et presque sacrilège ; mais à Toul, tout en restant bizarre, étrange, elle se célébrait avec une retenue et une convenance relatives. En voici le programme olliciel:

Le premier samedi de TAvent, les enfants, les clercs et les sousdiacres du cloître se réunissfiient après compiles et se choisissaient entre eux un eV(/ue pour la prochaine fête des Innocents. I/élec tion terminée, on portait, au chant du Te Ikum et au son des cloches, le jeune prélat dans le sanctuaire et on Tinstallait dans le fauteuil où les évêques de Toul étaient intronisés.

L'élu rentrait ensuite dans le rang et se préparait à jouer convenablement son rùle : aussi bien, que de distractions il devait avoir durant les offices, en songeant à son i)rochain triomphe ! Enfin, le grand jour arrivé, il prenait la mitre, les sandales, les gants et tous les insignes pontificaux, faisait porter devant lui le bâton pastoral, s'asseyait au trùne épiscopal, |)résidait les premières et

(\) Statuta/M.

(2) Sur cotlo cj^K'monic dos Adieux à r Alléluia, v. E. Martin, dans Sem, reliij. tir la Lorraine^ ISÎW, p. \£\, et VÀppemlice du prrsonl ouvrage sur Ja Liturgie touloise, à la tiu du second volume.

(.'Ji L(jc. Cit.

les secondes vêpres, les matines et la messe solennelle, tandis que ses confrères occupaient les hautes stalles du chœur; ils étaient environ cinquante. N'étaient admis à la fête que ceux qui avaient porté un cierge à la procession de Noël. Je ne sais qui désignait les heureux céroféraires.

Le matin, iljse rendait à cheval à Saint-Epvreet à Saint-Mansuy, escorté de ses compagnons et des magistrats de la cité, ou plutôt de leurs serviteurs. Aux portes de ces deux églises, on mettait pied à terre; on chantait Tantienne du patron; le prélat disait l'oraison, et il recevait de l'abbé dix huit deniers toulois. Le soir, après les vêpres, la chevauchée recommençait ; cette fois, c'était avec des mimes et des trompettes, à travers la ville, par le chemin des processions. Arrivé à la Croix de Fust, à côté du grand marché, le cortège quittait l'itinéraire traditionnel, allait à l'église Notre-Dame, chantait une antienne à la Sainte Vierge et regagnait son chemin au pont de l'Ingressin. La journée se terminait par un dîner, auquel le chanoine traitant, «s'il était gracieux,» invitait ses confrères, les magistrats et les notables de la cité, les abbés des monastères toulois, ses parents et ses amis. Après quoi, l'on jouait des moralités, des miracles, des farces ou d'autres divertissements analogues, mais toujours honnêtes. Une telle cérémonie devait être, pour le bon chanoine, une véritable ruine !

Le fête avait son lendemain et môme son octave. Le 29 décembre, nouveau dîner sur le produit des amendes encourues pendant l'année, par les membres du clergé, pour les fautes commises dans le chant ou les cérémonies ; puis, cavalcade masquée, farces jouées en plein air et enfin goûter chez le chanoine avec les restes du festin de la veille. Les Innocents avaient-ils toujours assez de sang froid, je ne dis pas assez de réserve, pour observer les recommandations des Statuts et se conduire en toute modestie « omnia cum honestate » ? Je veux bien le croire ; mais il est permis d'en douter.

Le 4 janvier, le cortège se reformait une dernière fois, venait faire ses dévotions à l'église Sainte-Geneviève et prenait la pfiarande chez les prébendes de la Maison-Dieu Le règne du

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