CHAPITRE ni. — LE CHAPITIIK
jeune évoque était terminé : il lui (allait, lui et ses sujets, rentrer dans la vie sérieuse; mais il devait souvent songer à faire l'école buissonnière et à revoir ces rues, théâtres de ses fières chevauchées. Aussi Le Sane conclut-il sagement ce chapitre: « Que les maîtres des écoles veillent à ce que les enfants ne s'appliquent pas aux choses déshonnètes, qu'ils ne courent point dans la ville pendant la nuit ou ne commettent point d'autres désordres, et qu'ils leur appliquent au besoin une bonne correction. » N'eût-il pas beaucoup mieux fait de proposer à ses confrères l'abolition de cette dangereuse parodie ? la jeunesse eût sans doute murmuré ; mais la religion, la piété, les bonnes mœurs et la bourse des prébendiers imposables y auraient considérablement gagné.
Les chanoines de Toul finirent par le reconnaître. Au mois de mars de l'an 1501, après une discussion très vive, la majorité du chapitre vota la suppression de cette fête des Fous et interdit au chanoine Michel Babe .dont c'était le tour, et à ses collègues, à l'avenir, de céder aux réclamations que pourraient élever les Innocents et de leur fournir aucune subvention, en argent ou en nature. Toute contravention à cette défense devait entraîner, pour le chanoine délinquant, une amende de cent florins d'or, payable au maître de la fabrique. Michel Babe avait été l'un des partisans de la suppression : il obtempéra donc sans regret à l'ordre du chapitre et cette coutume disparut (1).
Il en fut ainsi, vers la même époque, des batailles de coqs, spectacles très chers aux étudiants des deux écoles de Toul, mais occasions fréquentes de querelles et de rixes : elles furent interdites par le chapitre du 11 mars 1507 (2).
§ IV. — Situation spirituelle du Chapitre.
Saint Gérard avait accordé à ses chanoines l'autonomie et saint Léon IX la leur avait solennellement confirmée, en iOol (3); mais,
(1) Arch. (le M. -et M., G. 75, mars iim.
(2) Ibid., mars 1507.
(3) L'abb('^ Marchai a retrouvé une copie de cette bulle sur la couverture d'un bréviaire et l'a publiée dans le Journal de la Soc. d'Àrrh. Inrr., 18Ji4, p. 7.
.'ils ÏJVHK V. — LK DIOCKSK
par un abus commun à celte époque, le chapitre de Tout passa insensiblement de l'autonomie à l'indépendance ; il se déroba peu à peu à la juridiction épiscopale et, dès le xin^ siècle, ses membres et ses clercs ne dépendaient et ne relevaient que de lui el de la Cour romaine (1). H était lier de cette indépendance el il la proclamait bien haut. Il commençait ses actes et ses décrets par cette pompeuse formule: « CapitnluTn Ecclesirv Tullensis, Sanctœ Sedi A liostolicœ immédiate subjectum (2) ; il avait soin de faire constater son privilège par chaque prélat, au moment de son installation, et de le rappeler dans toutes les circonstances favorables. Ainsi, il ne versait rien à Tévéque comme droit de joyeux avènement (3) et, quand il Tinvitait aux réunions capitulaires, il le recevait avec les plus grandes démonstrations, le faisait asseoir sur un siège d'honneur, mais ne lui cédait pas la présidence. Il ne lui reconnaissait pas le droit de convoquer le chapitre au château épiscopal (4^ ; de nommer, soit aux prébendes, soit aux dignités, ou de porter aucun règlement concernant ses intérêts spirituels et temporels.
11 prétendait avoir la propriété exclusive de la cathédrale (5) ; il refusait à l'évèque le droit d'en faire la visite canonique, d'en avoir une clef (6), d'y ordonner des clercs au maître autel (7), d'y célébrer à d'autres jours qu'à ceux marqués par les règlements (8), etc.
Tout ceci n'empêchait pas le chapitre d'avoir, dans ses Statuts^ un long article sur les devoirs de l'évoque, « Quœ incumimnt episcopo{9) », non seulement dans ses relations avec le corps capitu-
(1) « Summum pontificem, cui sine medio subjacemus » 'Slatuta^ 01),
(2) Arch. de M.-cl-M., G. 75, discret de mars 1526.
(3) L«m., I, 99 et sq. ^
(4) Statuta, 37.
(5) Arch. de M.-el-M., G. 75 et sq., passim.
(6) (( M. de Tou! n'a pas droit à une clef de iï'glise : ses prédécesseurs n'en ayant jamais eu... il peut passer par le bailliage, pour aller de son hôtel à l'église» (Ibid., G. 104, 25 juillet 16j)7). — « Permis par grâre à .Mgr d'avoir une clef de la chapelle des évéques, pour y prier quand il en aura la dévotion {Ihid., 12 août 1658).
(7) Ibid., G. 97, f" a3.
(8) « Permis à Mgr de Toul d'oflicier à la Nativité de la Vierge (Ibid., (}. 104, 1658)... à la Purification (7ftiV/., 1664), etc.
(9) Staluta, (m.
rHAl'ITRR III. — I.K CllAPITnK
;il!»
laire, mais enr»rp diins 1r conduite tie sa vie sacerdotale el daas l'administration de son diocèse. Je ne sais ce que les prélats de ' Tou! devaient penser de la logique de leurs chanoines.
Le chapitre, ou plutiH son doyen, avait la juridiction ecclésiastique ordinaire el indépendante (1), sur toute l'étendue du chiUel ou casirum primitif, entre les murs de l'enceinte gallo-romaine, détruite en i23() par l'évéque Roger de Marcey, et aussi à Void, à Viciierey, à Francheville, à Lay-Saint-Remy. Il faisait, avec deux ou trois chanoines, la visite des deux paroisses du ckâlel, Saiat- Jean et Sainte-Cîeneviève ; il avait son officialité propre, son officiai et son promoteur, pour connaître de toutes les causes matrimoniales, usuraires, testamentaires, ecclésiastiques et mixtes, qui surgissaient sur son territoire. On pouvait appeler des décisions de ce tribunal à l'officialité épiscopale.
Le sceau de la cour capitulaire portail l'image de saint Etienne, accompagnée, ri partir du xvi" siècle, de l'écu aux trois cailloux ; il avait comme léfîende : S. GVRIE DEGANI GAPITVLl TVL- LEN (2).
Le grand archidiacre, fonctionnaire mixte, à la fois épiscopal et capitula ire, avait, de par l'évéque. mais à titre inamovible, la
(I) u Epincopi) fderanuij in nullrt ext nubjeetn» ; tai cnra recipiat et revereatinm illi tmpeniiat iiiaiiuiilfin
lâl Robcrl, SigilL, 196 ni pi. XXXI - Vne parlip tic cliillté se trouve aux archives de Meurlhc-Pt-Mosclld, (
judirîction ordinaire sur le bourg et sur le ban royal (l). Lui aussi avait son ofiicial, choisi parmi les chanoines de Saint Gengoult et siégeant au cloître de la collégiale. Le sceau de sa Cour portait Taigle double, emblème de TEmpire, avec une devise personnelle, par exemple : S. CVRIE JAGOBI ARCHID. TVLL. ; sur le contresceau, on lisait : S. CVRIE ARCHID. TVLLENSIS (2).
g V. — Situation temporelle du Chapitre.
Le chapitre de Toul était alors un grand propriétaire et un puissant seigneur. Il possédait des maisons, des fermes, des bois, des prés, des vignes, dans la ville, dans la banlieue et dans beaucoup de localités du diocèse (3) ; il avait la collation d'un grand nombre d'églises et de chapelles (4) ; il était en quelque sorte suzerain du chapitre de Ligny dont il recevait chaque année une rente de dix livres (3) ; enfin, il jouissaitdes droits de haute, moyenne et basse justice, sur plus de vingt villages. Il était donc souverain temporel et, s'il n'était pas assez puissant pour s'ériger en rival de l'évoque, son suzerain, il était fier de conclure, en sa compagnie, des traités avec les bourgeois ou les adversaires de l'Eglise.
Le territoire capitulaire était réparti en quatre prévôtés : Villey- St-Étienne, Void, Troussey et Vicherey. A la tête de chaque prévôté se trouvait un chanoine, nommé pour un an par ses
(1) Statitta, 70. — Lo.m., I, 87.
(2) Robert, op. cit., 180 et pi. XXVIL — Lo sceau reproduit à la page préc<^dente est le plus ancien que l'on connaisse C'est celui d'.VIbéric de Rosières : il est appendu h un acte de 1283 et ollre cette particulariti'; que l'aigle n'a qu'une tôte sur le sceau, tandis qu'il on a deux sur le contre-sceau.
l'nc partie des archives do ce tribunal se trouve aux Archives de Meurthe-et- Moselle, (i. lâ'W.
(3) Voir les différentes chartes confirmatives des biens du chapitre, publit^es par Do m Cal met et par Benoît- Picart, dans les preuves de leurs Histoires. — Nous n'avons pus de données assez précises pour dresser la liste de tous ces domaines et inventorier les richesses du chapitre à cette époque.
(4) Les cures étaient au nombre de trente-sept. En voir la liste dans lePouiliè 'le 1402 ou dans les Statuts de 1497. — Les vicaires du chapitre, dans les églises où il avait droit de patronage, ne prenaient que la moitié des revenus. Le reste revenait au chapitre. — Les droits synodaux étaient aussi à leur charge iLem., I, <Î7).
(5) Ben. -Pic, Vie de mint Gérard, 84.